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  • il y a 2 jours
Suivre les traces du mythique fleuve Yukon à travers le Canada et l'état américain de l'Alaska, en plein hiver : c'est le pari de François Pécheux qui démarre son voyage à la source, en commençant par la descente d'une cascade de glace en rappel. Au cours de son périple, il rencontre des passionnés du Grand Nord et des membres des Premières Nations. Avec eux, il parcourt le fleuve gelé en moto-neige ou en traineau à chiens et partage le quotidien de ses habitants, attachés à leur territoire sauvage, et à qui le froid extrême ne fait pas peur. Son but ultime : un minuscule village Yupik isolé au bout du monde, sur les rives de la mer de Béring.

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Transcription
00:00Sur le plus grand fleuve du Canada et de l'Alaska, le Yukon, un fleuve sauvage et gelé en hiver.
00:07Ceux qui aiment le blanc sont comme des dingues.
00:10Et pour ne pas avoir trop froid dans le Grand Nord, un conseil, couvrez-vous et n'hésitez pas à
00:16briser la glace.
00:18Je crois que j'ai touché quelque chose.
00:20Pour bien voyager sur ce fleuve, je vais naviguer bien sûr, mais pas seulement sur des bateaux.
00:25Ils sont marrants les chiens parce qu'ils cherchent à attraper la neige pour boire un coup.
00:31On pense que dedans, il fait chaud, mais pas du tout.
00:33Attends, je ne mets pas le chauffage.
00:36Par 15 degrés en dessous de zéro, dans le blizzard ou dans la nuit polaire.
00:41Soyez prêts à tout car ici comme ailleurs, il n'y a qu'une seule chose de sûre.
00:46Au bout, c'est la mer.
01:24Sous-titrage Société Radio-Canada
01:40Ah la fâche !
01:43Tu ne lâches pas, hein ?
01:44C'est bon, je te tiens.
01:48Oui, bien.
01:50Tu escalades le fleuve Yukon.
01:51C'est pas banal.
01:54Le Yukon commence ici.
02:03Parce qu'au-dessus, c'est une foultitude de grands lacs qui se resserrent et qui donne naissance à ce
02:16fleuve.
02:17C'est la première zone du Yukon.
02:19Je l'ai.
02:20Dure comme la pierre.
02:27Bien joué, super !
02:29C'est ça qu'il faut faire.
02:31Attends, je ne suis pas...
02:35Bien joué !
02:41C'est la première fois que je démarre un voyage dans la glace.
02:45That's your life !
02:46Voilà mon bureau !
02:49Quand est-ce que ça va devenir de l'eau ?
02:51En avril.
02:53Ok.
02:54C'est bientôt !
02:55Yeah !
02:56Je dis que je vais venir en mars parce que peut-être que je verrai le début du dégel.
03:00Et en fait, pas du tout.
03:01Il faut attendre encore un mois, mais c'est très beau comme ça, c'est super.
03:04C'est comme une cascade de glace.
03:06On dirait que l'eau a été brusquement figée dans le temps.
03:08Parfois, tu peux entendre l'eau couler sous la glace, et parfois, tu peux même la voir couler sous la
03:12glace.
03:13Et il arrive aussi que tu donnes un coup de piolet et l'eau jaillit tout d'un coup.
03:19Et toi, tu ressens quoi à ce moment-là ?
03:21T'as un peu peur, parce que tu fais quelque chose de dangereux.
03:25Tu te sens plus vivant, et tu respires un peu plus vite, et les couleurs deviennent plus vives.
03:32C'est de l'adrénaline pure.
03:34J'appelle ça la peur utile.
03:37Il faut goûter à la mort pour apprécier la vie.
03:40Moi, je suis sûr que les fleuves, c'est un échange avec le vivant.
03:44Ils sont encore plus vivants que nous.
03:49Je prends officiellement le départ ici.
03:53Oui, c'est un super endroit pour démarrer.
03:55Ok, je départs maintenant.
03:56C'est parti.
03:58Ça démarre maintenant.
04:00Ciao.
04:00Ciao, Chris.
04:03J'ai combien en dessous, là ?
04:0520 mètres.
04:0620 mètres ?
04:07Oh là là là là.
04:11C'est donc en crampons et en rappel que démarre ma descente du célèbre fleuve Yukon.
04:16La grande rivière, comme on l'appelle ici.
04:19Si grande qu'elle a même fini par donner son nom à ce vaste territoire du Grand Nord canadien,
04:23qu'elle traverse sur plus de 1000 kilomètres avant de poursuivre sa route dans le pays voisin, en Alaska.
04:30Et de la source à la mer de Bérigny, le Yukon s'étend sur plus de 3000 kilomètres.
04:38C'est trop beau, hein ?
04:40Et puis là, c'est pas dérangé, quoi.
04:45Il est temps pour moi de chercher mon premier bateau.
04:48En faisant le pari un peu fou de descendre le Yukon en plein hiver,
04:51j'ai bien conscience que ça sera pas facile.
04:53Mais je sais aussi que parfois, les grands fleuves réservent de belles surprises.
04:59À côté d'un petit barrage, je n'en crois pas mes yeux.
05:02La glace a fondu, et l'eau du fleuve a repris ses droits.
05:15Juan, vous voulez un coup de main ?
05:17Je vais juste le faire glisser à l'eau.
05:20Je suis en train de prendre conscience qu'il va se mettre dans une eau à zéro degré, là.
05:27Mon nom, c'est Pita, et toi ?
05:28François.
05:30François, enchanté.
05:31Enchanté.
05:31Je suis très content de voir de l'eau.
05:33Oui, je sais, c'est magnifique.
05:35Et vous faites ça souvent ?
05:37Tant que ça ne descend pas en dessous de moins 10, je vais à l'eau.
05:42Pour toi, moins 10, c'est tranquille, ça passe.
05:46OK.
05:49Si tu me poussais, ce serait top.
05:51Pas de problème, je pousse.
05:52J'y vais.
05:53Ah ouais, dis-donc, il y va.
05:55Allez !
05:58Oh, putain, on y est.
06:02Bravo.
06:05Super.
06:14Il adore ça.
06:19Ça me fait penser à ces phoques ou à ces morses ou à ces otaries qui vont jouer dans l
06:25'eau et qui prennent un plaisir fou.
06:27L'eau, elle est gelée et il va s'ébrouer dedans, mais comme un gamin, quoi.
06:33C'est drôle.
06:37Je m'étais préparé mentalement à affronter plus de 3000 kilomètres de glace et de fleuve gelée et de grand
06:45blanc.
06:46Et là, il y a un trou d'eau au début.
06:50Et lui qui vient faire du bateau.
06:53Je ne m'attendais pas à ça, mais c'est bien.
06:55Le truc qui flotte, c'est toujours bien.
06:59Comment tu sors de là ?
07:18C'est pas simple la neige, hein.
07:21C'est pas simple, pas simple.
07:24Qu'est-ce que tu aimes autant là-dedans, là ?
07:28Pourquoi j'aime le kayak ?
07:30Parce que j'ai grandi dans l'Ontario, donc j'ai appris à pagailler avant de marcher.
07:36Sur l'eau, je me sens tout petit.
07:39Je me sens faire partie de la nature.
07:41Comme si Mère Nature, le Créateur, me prenait dans ses bras et me disait
07:45« Tu es chez toi, je prends soin de toi. »
07:49Et tu sens ça ?
07:50On est connecté à chaque chose, tout le monde.
07:54Je me sens spirituellement connecté avec toute personne qui pagaie sur le fleuve.
08:00Et ce lien très fort avec le fleuve, Pita le doit en partie à ses origines.
08:05Il appartient aux Premières Nations.
08:08C'est comme ça qu'on appelle ici les peuples autochtones du Canada,
08:11ceux qui étaient présents avant l'arrivée des premiers colons.
08:17Comment les Premières Nations, elles appelaient l'eau comme ça ?
08:19Il devait y avoir plein de mots pour décrire l'eau, non ?
08:25Malheureusement, j'ai perdu le lien avec ma langue maternelle, le Cré.
08:30Je suis triste parce que, quand j'ai grandi dans cette communauté,
08:34on s'asseyait en cercle dans un tipi.
08:37Et on écoutait les histoires et les blagues des anciens en langue Cree.
08:43Et merde, ça me donne envie de pleurer.
08:46Sur le fleuve, on est comme une grande famille.
08:48Tous ceux qui naviguent sont liés entre eux.
08:52C'est beaucoup d'émotion, hein ?
08:54Oui, voilà.
08:54C'est un lien familial très fort qui unit les voyageurs sur l'eau.
08:58Oui, c'est un lien familial très fort qui unit les voyageurs sur l'eau.
08:59C'est un lien familial très fort qui unit les voyageurs sur l'eau.
09:13Une partie du Yukon débarrassée de sa glace.
09:16L'occasion est trop belle pour moi de naviguer enfin sur le fleuve.
09:20Pita accepte de m'avancer dans mon voyage.
09:25Ok.
09:28Oh là là !
09:30Oh là là !
09:36Véritas aequitas.
09:38Vérité et justice.
09:39C'est beau ?
09:43Ah, ça fait du bien d'être sur l'eau.
09:45Oh, c'est toujours bon d'être sur l'eau.
09:49Ça, c'est bon, ça.
09:59J'ai du mal à y croire.
10:01Je suis en train de naviguer sur le Yukon en plein bois de Mars.
10:04Au rythme de l'eau qui s'écoule enfin librement,
10:07je découvre des paysages incroyables.
10:17Silence, c'est bon.
10:20Mon premier souvenir sur l'eau,
10:22j'étais assis au fond d'un canoë.
10:24Mon père et ma mère étaient là.
10:26Et aujourd'hui encore, j'entends le son de l'eau et des pagaies.
10:30C'est drôle parce que les sons qui s'impriment comme ça,
10:33dans la petite enfance, ils restent toute la vie.
10:35Ouais, je suis d'accord à 100%.
10:42J'essaye d'imaginer à quoi ça peut ressembler l'été, en fait.
10:47L'été, c'est un peu plus vert et tu vois beaucoup plus d'animaux.
10:51Mais ce n'est pas luxuriant.
10:53Ce n'est pas la jungle,
10:54comme on peut voir autour des rivières en Europe.
10:58C'est sec.
11:01Mais du coup, tout semble plus grand.
11:04Tu vois les montagnes, les arbres, la verdure
11:07et ces paysages de toute beauté.
11:16Après une longue navigation,
11:18Whitehorse s'offre enfin à nous,
11:20la première ville de mon voyage.
11:291, 2, 3 !
11:33Pourquoi ça s'appelle Whitehorse alors ici ?
11:35C'est à cause du canyon un peu plus haut.
11:37Il y a des rapides tellement puissants et blancs
11:40que les anciens les appelaient cheval blanc.
11:43Comme la crinière d'un cheval qui saute et qui court.
11:55Encore un peu.
11:57Parfait.
11:59Merci beaucoup.
12:02Merci de m'avoir accompagné.
12:04C'était un bon petit voyage déjà.
12:06Comment vous sentez-vous ?
12:07Bien ?
12:08Bien.
12:12J'aurais bien poursuivi mon voyage en canoë avec Pita,
12:15mais le fleuve est à nouveau gelé.
12:17Je dois trouver un autre moyen de transport.
12:20Incongle ici à Whitehorse,
12:22cet ancien grand port de la ruée vers l'or.
12:25Car avant de devenir la capitale du Yukon,
12:28Whitehorse, c'était une étape importante pour les chercheurs d'or.
12:30C'est de là que partaient ces grands bateaux à Aube,
12:33capables d'embarquer les chercheurs d'or et tout leur matériel,
12:36et d'affronter les eaux sauvages du Yukon jusqu'aux mines d'or de Dawson.
12:41Et pour ça, il fallait une semaine de navigation.
12:48Dommage, j'aurais bien aimé le prendre,
12:49mais là, c'est un musée, il ne bouge plus.
12:53Il est très beau, magnifique.
12:58En plein hiver, la grande ville de Whitehorse n'a pas grand-chose à m'offrir.
13:02La route est encore longue jusqu'à la mer de Béring,
13:05et je retrouve donc très vite la taïga et ses forêts de sapins infinies.
13:10Le lit du fleuve n'est jamais très loin de moi,
13:12mais il reste largement couvert de glace et donc impraticable, voire dangereux.
13:17Et puis totalement désert aussi.
13:21Inutile donc de chercher un bateau, j'en trouverai pas.
13:25Derrière une colline enneigée, j'aperçois enfin une trace de vie.
13:30Et je me demande qui peut bien habiter ici, aussi loin de tout.
13:36Je vais m'en priver, il ne faut pas passer attention aux chiens.
13:41Une petite maison, il y a de la fumée, c'est bon, c'est une déjà.
13:47Il y a des chiens qui abonnent, il faut qu'il y ait un qui arrive.
13:52Bonjour !
13:53Comment tu vas ?
13:55T'as l'air cool, toi.
13:56Comment tu t'appelles ?
13:58T'as l'air cool, toi, dis donc.
14:00Tu m'as fait un peu peur, quand même.
14:02Bonjour !
14:03Ça va bien ?
14:04Oh, you speak English, French.
14:06You speak French.
14:07Oui, oui, yes.
14:08Très bien.
14:09Trop content, c'est un moment que je marche et je suis content de voir un peu de vie, en
14:14fait.
14:14Ah oui ? Vous venez de quel endroit ?
14:16Je viens de Whitehorse, et je vais jusqu'à la mer, mais je ne suis pas rendu.
14:21Jusqu'à la mer ?
14:22Jusqu'au bout du Yukon.
14:24Ah oui ?
14:25Oui.
14:25Ok, waouh !
14:27Tout un voyage.
14:28Tout un voyage.
14:29Comment vous vous appelez ?
14:30Jonathan.
14:31Et votre nom, c'est ?
14:32François.
14:32François, ok.
14:33C'est un pays étonnant.
14:35On peut très vite ne rencontrer personne.
14:38Oui.
14:38En général, on rencontre plus d'animaux que d'humains.
14:42Et vous habitez là ?
14:43Oui, oui, ça c'est chez moi ici.
14:45Vous avez choisi de venir ici ?
14:47Oui.
14:47J'ai été attiré aussi, surtout ici, par l'Ouest, par la culture autochtone, etc.
14:52Et par les chiens aussi, parce que j'ai fait du traîneau au Québec.
14:55Et j'ai eu mes deux premiers chiens, dont un de gâte, qui est le chien de garde très efficace.
15:02Je peux vous présenter les chiens si vous voulez ? Suivez-moi.
15:06Je peux m'approcher, ils sont gentils.
15:09Oui, alors ils vont aboyer, voilà.
15:11Mais ça va passer, mais venez.
15:14Bonjour les chiens.
15:16Allez, on reste.
15:18Allez, venez, venez, n'ayez pas peur.
15:20Venez les petits monstres, venez tout le monde.
15:22C'est drôle parce qu'ils regardent avec un oeil bleu.
15:25Ah bah pour le coup, oui.
15:26Genre, qui c'est celui-là, quoi ?
15:28Comment tu choisis les noms ?
15:30En général, c'est des endroits que j'aime bien, spéciaux.
15:33Il y a des noms bretons et des noms thaïtiens.
15:35D'accord.
15:37Comment elle s'appelle, elle ?
15:38Elle, c'est Iroise.
15:39Iroise, elle a perdu une patte.
15:41Ah oui, alors Iroise...
15:43Iroise, malheureusement, il y a un an et demi, elle a été diagnostiquée avec le cancer des os, ostéosarcoma, ça
15:51s'appelle.
15:52Ah zut.
15:52Et donc la première étape à faire, malheureusement, si ça ne s'est pas propagé, évidemment, c'est l'amputation
15:58pour ralentir la progression.
16:02Et pour l'instant, elle le voit bien, elle est en forme.
16:04Iroise, tu viens me voir ?
16:05Tu viens dire bonjour.
16:06Elle est belle comme tout.
16:07Et tu arrives à la faire courir quand même un peu ?
16:10Elle peut courir...
16:11C'est important de la faire courir parce que c'est...
16:13Oh bah oui !
16:14Parce que c'est ce qu'elle adore, courir.
16:17Donc je la fais courir 5-10 minutes.
16:20Je suis content de te rencontrer, tu sais.
16:22Tu le sais que je suis content de te rencontrer.
16:26Dominique.
16:38Ça, ça va être parfait pour le petit-déj.
16:40C'est quoi ton programme aujourd'hui ?
16:42Il faut que je m'en aille voir un ami autochtone.
16:44Ouais.
16:45Et la femme de cet ami a besoin de prendre des mesures d'Iroise pour lui faire un manteau traditionnel.
16:51C'est quelque chose de très important dans la culture autochtone.
16:55Parce que l'Iroise, elle est spéciale, comme on dit.
16:59Donc c'est ça, je prépare les chiens, les traîneaux, etc. pour l'expédition.
17:03Est-ce qu'il va falloir camper ?
17:04T'as une petite place sur ton traîneau si je veux venir avec toi ?
17:07Parce que moi, j'aimerais faire du chemin aussi.
17:09Ah, ok.
17:10Sans t'embêter.
17:13Dans le traîneau, il n'y a pas de place.
17:15Mais par contre, j'ai d'autres traîneaux.
17:16On peut en prendre un autre.
17:18Puis peut-être répartir le poids dans les deux traîneaux.
17:21Parce qu'il va falloir que je mette des chiens sur ce traîneau-là aussi.
17:24Enfin, vous me donnez un coup de main pour essayer du boulot.
17:26J'ai beaucoup de mal à trouver un bateau, un truc pour me faire avancer.
17:31Eh bien oui.
17:32Ok, bon, on va essayer d'arranger quelque chose.
17:36Trop bien.
17:37J'ai trop content.
17:37Franchement, je suis touché.
17:44S'aventurer dans la taïga sur des traîneaux tirés par des chiens, ça ne s'improvise pas.
17:49Et à peine le premier traîneau sorti, c'est la folie chez les chiens.
17:56Leur bonheur à l'idée de courir dans la neige fait plaisir à voir.
17:59Allez, on y va.
18:07Alors, t'as envie d'y aller ?
18:09T'as envie d'y aller ?
18:09Je vois bien que t'as envie d'y aller.
18:10Je le vois, je le vois, je le vois que t'as envie d'y aller.
18:13On y va, on y va, on y va, on y va.
18:17On y va.
18:18On y va, on y va.
18:18On y va, on y va.
18:19Allez, Yroise, en voiture.
18:23Yroise, assise, cocotte.
18:24Assise.
18:27Voilà !
18:28C'est bien !
18:30Bravo, ma chérie !
18:32Oui, il a sans pot d'air.
18:34Ça va, poulette ?
18:34Oh, t'es bien, là.
18:35Mais voilà !
18:36Trop bien.
18:37Voilà.
18:38Alors, ça, c'est le frein principal.
18:40D'accord.
18:41Ça, en appuyant en-dessus, vous pouvez ralentir ou arrêter.
18:45Vous faites comme si vos mains étaient collées sur la barre, ici.
18:50OK.
18:50Tout le temps.
18:51Tout le temps.
18:52Oui.
18:53La position, la position des jambes, c'est comme en ski.
18:55On reste toujours flexibles.
18:56Parce que des fois, il y a des petites bosses.
18:58Et donc, ce qui va arriver, c'est que le traîneau va se pencher comme ça.
19:01Mais le haut du camp, on ne bouge pas.
19:02Si je suis éjecté, les chiens, ils continuent, ils s'arrêtent pas.
19:04Oui, ça n'arrête jamais.
19:05Attends, je peux juste essayer la position, voir...
19:07Oui, on va faire des petits essais de frein, de façon tantôt.
19:11Donc, je ne bouge pas de là.
19:12L'intérieur.
19:13Voilà, c'est ça, parfait.
19:14Excellent.
19:14Donc, c'est vachement physique, en fait.
19:16Ah oui, c'est physique.
19:16Tu es crevé à la fin de la journée, non ?
19:18Ah oui.
19:19Ah oui, je pensais que c'était tranquille.
19:20Je n'ai pas dit qu'on allait se promener, là.
19:21Ah oui.
19:25Ça tire déjà, je suis des deux pieds dessus.
19:29Oh là là là, c'est parti, là.
19:32Là, je freine d'un pied.
19:34Je freine d'un pied.
19:36Ça va très, très vite, déjà.
19:38Mon Dieu.
19:40Ah, ils y vont au fond.
19:44Pas trop vite, les chiens.
19:45Tranquille.
19:45Ah, c'est bien, c'est bien.
19:51Allez, let's go.
19:52Hop, hop, hop.
19:53Allez.
19:54Nous voilà partis, le long des berges du fleuve.
19:56Ce n'est pas le bateau que j'imaginais, mais ça navigue aussi bien.
19:59Et ça m'avance dans la bonne direction.
20:03Voilà comme c'est sublime d'être tiré par des chiens.
20:10Ça glisse.
20:12C'est comme un bateau, c'est comme sur la mer.
20:15C'est-à-dire, c'est le chien qui dessine.
20:17Le chien veut s'arrêter pour faire pipi, il s'arrête.
20:19Allez, c'est bien.
20:20Le chien veut accélérer, il accélère.
20:24Partez.
20:28Comme ça, je vais mettre le frein.
20:31Allez, les petits.
20:33Allez, on monte cette côte.
20:35Allez.
20:36Oh là là, c'est beau devant.
20:38Les VD qu'elle nous met à l'osement.
20:41Jonathan ?
20:42Oui.
20:43C'est beau, hein ?
20:44Ah bah oui.
20:45Toi, tu ne le regardes même plus, mais moi, ça me remplit, mais jusqu'au fond des tripes.
20:48Ah bah si, je regarde.
20:50Ça nettoie tout l'intérieur, tu es magnifique.
20:53C'est sublime.
20:55J'adore cette sensation.
21:00C'est marrant, les chiens, parce qu'ils cherchent à attraper la neige pour boire un coup.
21:17Je me sens tout petit dans l'immensité sauvage du Yukon.
21:22Mais grâce à ces chiens qui me tirent en silence, j'ai le sentiment d'une parfaite harmonie avec cette
21:27nature qui m'entoure.
21:30En suivant à distance le cours du fleuve, nous arrivons chez Harold et Mita, les amis de Jonathan.
21:35Bien heureux de nous réchauffer après trois heures de glisse.
21:38Bonjour, monsieur.
21:39Monsieur François.
21:40C'est François.
21:40Nice to meet you.
21:42Bonjour.
21:43Harold et Mita sont des personnalités très respectées dans la communauté des Premières Nations.
21:48À notre arrivée, tout est déjà prêt pour Iroise, qu'ils accueillent comme une star.
21:53Je vais te faire un manteau rien que pour toi.
21:59Je sors mon maître ruban et voilà le patron du manteau.
22:03Alors, ça repose sur son dos.
22:06Là, il y a des glands et ces glands seront faits avec des pompons très colorés et des grelots.
22:16Comme ça, quand elle se déplace, elle fait du bruit.
22:21Donc, c'est comme si elle disait, regardez-moi, c'est très musical.
22:26Elle va aimer ça, être musicale.
22:29Elle aime qu'on l'entende.
22:32Ensuite, on va faire deux très grandes fleurs.
22:36Ces fleurs ont une signification spéciale pour vous ?
22:41Ce sont des roses du Yukon.
22:43Des fleurs qui ont un lien très particulier avec toute ma vie.
22:47C'est un grand honneur pour moi.
22:50Elle va adorer.
22:51Oui, c'est sûr.
22:53Hein, Iroise ?
22:54Hein, ma chérie ?
22:55Ils combattent la même chose, eux deux.
22:59Le cancer.
23:01En juin, ça fera un an.
23:06Elle et moi, on est liés spirituellement.
23:10Linked.
23:11Oui.
23:11Et vous le...
23:13Est-ce que vous le sentez ?
23:15Oui.
23:16Ça m'émeut beaucoup quand je la vois.
23:19J'ai suivi de près son parcours.
23:22Et Jonathan a suivi de très près le mien.
23:29Elle est prête.
23:55Et toi, Harold, comment ça va ?
23:57J'ai été occupé ici tout l'hiver.
23:59J'ai travaillé sur ce remblai.
24:02J'ai essayé de construire un autre abri traditionnel, un autre Injol, plus grand.
24:08Et vous avez toujours vécu ici ?
24:11J'ai pas mal voyagé quand j'étais plus jeune, sans jamais vraiment quitter l'Amérique du Nord.
24:17Et vous n'avez jamais peur ici ?
24:20Des loups, des ours ?
24:23Oui, on a parfois des frayeurs.
24:25Mais on ne vit pas dans la peur.
24:29Vous aussi, vous avez des frayeurs en ville, non ?
24:32Mais vous ne vivez pas dans la peur tous les jours.
24:35J'espère.
24:37Qu'est-ce que le paysage vous a appris à vous ?
24:40Il y a tellement d'histoires sur tant de lieux différents.
24:44Il y a des légendes.
24:47Au fond, la Terre a été notre école.
24:50Notre université.
24:52Moi, j'ai fait un tout petit bout, mais ce que j'ai vu, ce que j'ai vu est
24:56dingue.
24:57C'est-à-dire que les paysages sont tellement grands, qu'on a l'impression qu'ils rentrent à l
25:01'intérieur.
25:04Il y a un livre qui a été écrit dans les années 40, 50.
25:09Ce livre s'appelait « Part of the Land and Part of the Water ».
25:16Il a été écrit par une assemblée d'anciens du Yukon.
25:20Parce que c'est ça que nous ressentons.
25:23Nous faisons partie de la Terre.
25:24Nous sommes partie de la Terre.
25:46Je poursuis mon voyage en compagnie de Jonathan et je comprends mieux pourquoi il avait prévu autant d'équipements à
25:52bord des traîneaux.
25:53La nuit s'annonce.
25:55Il va donc falloir bivouaquer.
26:07Donc, il faut que je mette de la neige sur le blanc, ici, c'est ça ?
26:10Voilà, sur le blanc.
26:10Juste sur le blanc.
26:12Je mets des blocs, ça va tenir bien.
26:17La gel, la nuit, ça te solidifie la structure, alors ?
26:19Oui, à partir du moment où on remue la neige et qu'on la tasse un peu, ça va geler
26:22pendant la nuit.
26:23C'est vite froid, quand même.
26:25Oui, ça descend vite.
26:32C'est-à-dire qu'on pense que dedans, il fait chaud, mais pas du tout.
26:35Attends, je ne mets pas le chauffage, non ?
26:42Oh, je l'ai eu.
26:45Excusez-moi.
26:54Oh là là, il fait bon ici.
27:03Wouah !
27:03Bon, le repas a l'air d'être prêt.
27:08Elles sont très bonnes, tes pâtes.
27:09Ah ben, merci beaucoup.
27:12Al dente.
27:13Mais délicieuse.
27:14Vous êtes italien ?
27:18J'essaye de percer.
27:19Pourquoi tu me dis vous ?
27:20Mais je ne comprends pas, mais je vais trouver ce mystère.
27:23Trop bien.
27:23Dans la culture autochtone, les personnes âgées sont très respectées.
27:26Ben, attention, je ne dis pas que vous êtes une personne âgée.
27:28C'est pas ça que je dis.
27:34Mais dans la culture autochtone, je me suis rendu compte que le savoir était transmis par les anciens.
27:40C'est eux qui ont le savoir.
27:41Mais nous, dans notre société à nous, les anciens, on s'en fout, on les oublie.
27:44Ben non, j'exagère, mais c'est presque ça.
27:46On les fout à la maison de retraite, puis c'est terminé, on n'en parle plus.
27:48J'exagère.
27:49Mais en général, c'est comme ça que ça se passe, malheureusement.
27:51Mais ici, les anciens, ça a toujours été dans la culture autochtone, c'est les anciens qui transmettent le savoir.
27:58Parce que la culture autochtone était juste transmise de génération en génération.
28:02Juste à l'oral, ce n'était pas écrit.
28:04Il n'y avait pas d'écrit.
28:08Qu'est-ce qu'ils t'ont appris, les autochtones ?
28:11Tout simplement, déjà, vivre en communion avec l'environnement.
28:15Parce qu'on a souvent cette mentalité quand on vient d'autres pays, etc., qu'on s'installe ici.
28:20Oh là là, j'ai des animaux dans mon jardin, au secours, vite, il faut les enlever.
28:23J'ai un os qui est dans mon jardin, vite, vite, vite.
28:26Ben non.
28:27On apprend à partager les animaux, parce qu'on est chez eux, au final.
28:31On n'est pas chez nous.
28:32Mais est-ce que tu te sens plus riche avec ça, toi ?
28:34Ah ben oui.
28:35Moi, je dis toujours, quand je passe une journée, ou même une demi-journée, en forêt avec Harold ou Mita
28:41ou les deux,
28:43peu importe, j'en apprends bien plus qu'une année à l'école, par exemple.
28:48Ah oui.
28:48Et juste avec un sapin, on peut faire tout un tas de médicaments, on peut faire des sortes de thé,
28:54on va dire,
28:55des ongans pour mettre sur les lèvres, pour mettre sur des blessures, juste avec un arbre.
28:59Et toutes les plantes, c'est comme ça.
29:02En tout cas, merci beaucoup.
29:04C'est une belle journée, hein ?
29:05C'est impunis.
29:06Alors, oui, en train de me finir toutes mes pâtes.
29:07Non, t'enlèges la moitié.
29:09Je t'enlèges la moitié.
29:10La moitié du quart.
29:13Allez, au lit.
29:16Oh, écoutez.
29:20Coyote.
29:20Coyote ?
29:21Oui.
29:22J'ai pas.
29:23Vous avez de la chance, on ne les entend pas tout le temps.
29:25Il répond.
29:27C'est trop dingue.
29:40Je n'oublierai jamais ce voyage incroyable avec Jonathan et sa joyeuse bande de chiens.
29:45Mais le fleuve m'appelle et je dois poursuivre lentement, mais sûrement, ma route vers le nord.
29:51Je pense que l'eau doit être là, en dessous, là.
29:56Mon but désormais, c'est Dawson, la ville historique de la ruée vers l'or.
30:01Le lit du fleuve reste inaccessible et toujours aussi désert.
30:05Alors j'imagine ces nuées de chercheurs d'or, accourus du monde entier, qui affrontaient ici les rigueurs de l
30:12'hiver Yukonais.
30:25Je suis sur une toute petite rivière, tout à côté du Yukon, là-bas.
30:30Toute petite rivière.
30:32Et ici, en 1896, il y a une femme de la région qui s'appelait Kate.
30:41Et elle trouve à cet endroit une pépite d'or dans le lit de la rivière.
30:46Et cette pépite d'or a peut-être déclenché la plus grosse ruée vers l'or que l'histoire de
30:52l'homme a connue.
30:57La ruée vers l'or du Klandyke n'a duré que quelques années à peine,
31:01mais son ampleur a inspiré de nombreux auteurs, comme Jules Verne ou Charlie Chaplin.
31:09Aujourd'hui, en dehors de quelques vestiges soigneusement conservés, il ne reste plus rien des mines de l'époque.
31:17Et si le paysage porte encore les traces de cette folie de l'or,
31:20c'est parce que les aventuriers de l'époque ont été remplacés par de grandes exploitations industrielles.
31:39Une ambiance de western dans la neige.
31:51Il y a quelqu'un ?
32:02C'est-à-dire qu'il y a deux raisons pour lesquelles j'ai peu d'espoir.
32:07La première, c'est que c'est l'hiver, ils n'ont pas encore commencé l'activité.
32:10Et la deuxième, c'est samedi.
32:14Un samedi d'hiver, j'y crois moyen pour voir de l'or.
32:19Ah ! Il y a un bruit quand même.
32:29Je crois que j'ai trouvé mon or.
32:35Qu'est-ce que je peux faire pour vous ?
32:36Oui, je cherche quelqu'un qui pourrait me montrer une pépite d'or.
32:41Ici, là.
32:45Je suis seul à travailler aujourd'hui.
32:47T'en as une, toi ?
32:49Est-ce que j'ai une pépite d'or ?
32:50Non, pas moi, non.
32:52Non.
32:53Ok.
32:55Merci beaucoup.
32:56Désolé, chef.
32:59La saison de l'or va bientôt reprendre dans la région,
33:01mais je serai déjà loin quand les mineurs trouveront leur prochaine pépite.
33:07Un peu plus bas, sur le fleuve,
33:09j'arrive enfin à Dawson,
33:12la deuxième ville du territoire,
33:14avec ses airs de village du Far West.
33:17mais un Far West tout blanc
33:19et frigorifié.
33:34J'ai l'impression de rentrer dans une ville de Lucky Luke, un peu, là.
33:38Apparemment, le seul bâtiment qu'ils ont vraiment laissé en état,
33:42à l'intérieur,
33:45comme c'était en 1900,
33:48et bien, c'est la banque.
33:51C'est là où ils venaient poser leur or, j'imagine.
34:11Je regarde cet immeuble parce que c'est un des premiers de la ville, construit ici.
34:14Alors, le bois n'a pas bougé, hein.
34:181890, ça tient bien.
34:20Mais alors, le sol, la couche du sol,
34:23avec le réchauffement climatique, ça bouge en dessous,
34:25et...
34:28et l'immeuble penche.
34:30Ça penche un peu, monsieur, là.
34:36Il est temps pour moi de me rapprocher du fleuve.
34:38À Dawson, à la grande époque,
34:40il pouvait y avoir plus de 250 bateaux amarrés,
34:43ici, le long de la berge.
34:47Je perçois des bateaux.
34:49Des beaux bateaux, hein.
34:51Beaux bateaux d'époque qui ont dû naviguer,
34:53qui naviguent peut-être encore.
34:57Je me disais, peut-être, peut-être que je vais trouver de l'eau.
35:01Mais là, l'eau n'a pas gagné, c'est la glace.
35:05Encore beaucoup de glace.
35:08Et ça commence quand, l'eau, ici ?
35:11Mi-mai, juste avant mi-mai.
35:13Ça dépend de la météo.
35:15S'il fait chaud, ça va fondre plutôt en avril.
35:18Mais globalement, c'est mi-mai.
35:21Tu vois ce trépied, là-bas ?
35:23Oui.
35:24Il y a un câble qui est tendu du trépied jusqu'au rivage.
35:27Et dès que la glace bouge au printemps,
35:29le câble se tend et arrête une horloge.
35:31Donc, tu peux prendre des paris et gagner de l'argent.
35:34Et il faut trouver le mois, le jour et l'heure de l'arrêt.
35:38Si tu as bon, tu peux gagner 4 000 dollars.
35:42Ah, quand même ?
35:43Ah oui, d'accord.
35:45J'adore l'idée.
35:46On parie sur tout, c'est dingue.
35:56Comment vous vous appelez ?
35:57Tom Saylor.
35:58Comme un marin, quoi.
35:59Le marin Tom Saylor.
36:01C'était prédestiné.
36:02Il prédestiné.
36:05Ce bateau est arrivé ici en 1967,
36:09depuis Vancouver.
36:10Vous vous faites quoi sur ce bateau ?
36:12Moi, j'étais capitaine du bateau pendant 32 ans.
36:15Je suis parti à la retraite en 2023.
36:18Félicitations.
36:19Congratulations.
36:19Thank you.
36:21Et pourquoi il est si important en été, ce ferry ?
36:24Il n'y a pas de pont.
36:26C'est le seul moyen de traverser en été.
36:29Tu vois cette entaille dans la colline, là-bas ?
36:32Oui.
36:33C'est la célèbre route du toit du monde.
36:35Et il va où, cette route ?
36:37En Alaska.
36:37Il n'y a qu'une route, elle est en face.
36:39Et si tu n'as pas le ferry, tu es coupé du monde.
36:43C'est le cordon ombilical, alors.
36:45Si il n'y a pas ça...
36:46C'est le seul moyen de transport.
36:47Si ça casse, tu restes bloqué de l'autre côté.
36:55En hiver, les deux rives du Yukon sont malgré tout reliées entre elles par un grand pont de glace.
37:02Mais pas besoin de pont pour Tommy.
37:04Sa motoneige permet d'avancer dans mon voyage sur le lit du fleuve.
37:18Le froid est toujours aussi glacial.
37:20Moins douze, apparemment.
37:21Plutôt moins dix-huit, à mon avis, avec la vitesse.
37:23Et on avance vite sur le ski doux de Tommy, le marin.
37:26La frontière de l'Alaska ne devrait plus être très loin, maintenant.
37:34Il y a des kilomètres, et des kilomètres, et des kilomètres de blanc.
37:46Qu'est-ce que c'est ça ?
37:51Ce sont des bateaux à aube.
37:53Ou du moins, ce que les eaux du Yukon ont bien voulu nous laisser.
37:58Et quand est-ce qu'ils se sont échoués comme ça ?
38:00En 1925, il me semble.
38:11Ah, c'est beau, c'est très émouvant.
38:15Ça porte une mémoire colossale.
38:18Il faut imaginer ce qu'étaient les gens ici.
38:21Ce moment de navigation,
38:23c'était la fin d'un long, long périple,
38:26long voyage harassant,
38:27avec l'idée, peut-être, de trouver de l'or.
38:31L'idée, peut-être, que l'avenir sourit un peu.
38:40À la belle saison, mon voyage se poursuivrait en bateau sur le Yukon,
38:44depuis Dawson jusqu'à l'embouchure du fleuve, à travers l'Alaska.
38:47Mais là, en plein hiver,
38:49il doit l'accepter, c'est complètement impossible.
38:51Le fleuve reste impraticable.
38:53Et les routes qui le suivent sont closes, fermées.
38:57Et surtout, pour entrer en Alaska,
38:59le 49e État des États-Unis,
39:01il n'y a qu'un seul poste frontière.
39:03Et lui aussi, il est fermé tout l'hiver,
39:04trop isolé et glacé
39:05pour y maintenir une équipe de douaniers.
39:10Alors, comme tout le monde ici,
39:11pour voyager vers l'ouest
39:12et atteindre, contre vents et marées,
39:14l'embouchure du Yukon,
39:16il faut prendre l'avion.
39:31On va survoler des terres vierges
39:34et la seule petite groupe de maison,
39:38ce qui s'appelle Nunamikwa,
39:39et c'est là qu'on va.
39:41Donc là, c'est vraiment le saut dans l'inconnu total.
39:45Il fait froid là-haut ?
39:46Moins 15 degrés Celsius.
39:48Ah oui ?
39:49Pas trop mal.
39:50Il faisait moins 25 ces deux derniers jours.
39:53Ok.
40:10Se rendre aux confins de l'Alaska,
40:13c'est aussi survoler des étendues de glace
40:15à perte de vue.
40:17C'est embarquer dans une succession
40:19de petits avions-taxis.
40:20C'est atterrir,
40:22puis décoller à nouveau.
40:28Et enfin, finir par entrevoir au loin
40:31une minuscule piste d'atterrissage,
40:33comme une aiguille dans une botte de fond.
40:47Je suis maintenant tout près du bout de mon voyage,
40:50dans l'un des plus grands estuaires du monde,
40:53là où le fleuve Yukon finit sa course
40:55pour se jeter dans la mer de Béring.
40:58perdu dans cet océan de glace,
41:00à une vingtaine de kilomètres de l'embouchure,
41:03ce petit îlot de vie m'intrigue.
41:08Il y a beaucoup de bateaux,
41:09je ne m'étais pas rendu compte,
41:10mais il y en avait des dizaines.
41:12C'est-à-dire que c'est une zone de grosse navigation ici.
41:15C'est des bateaux costauds,
41:17coq-alu, gros moulins.
41:19Tu sens que c'est fait pour naviguer loin.
41:22Loin et solide.
41:26Carrément, il n'y a que le bout du moteur
41:29qui dépasse de la neige.
41:31Donc j'imagine qu'il y a un bateau
41:33dans le prolongement du moteur.
41:35Et là,
41:38drôle de façon de faire son hivernage.
42:00Je ne sais pas vers où aller.
42:03Je ne sais pas,
42:04je ne vois pas de centre,
42:05je veux aller au hasard.
42:07Je ne sais pas où il habite, notre ami, là.
42:10Le village semble désert,
42:12j'ai froid.
42:13Heureusement, je suis attendu
42:14par un certain Léo,
42:15le maire du village.
42:16Il a 26 ans à peine,
42:18il en est à son deuxième mandat.
42:21Oula, craque.
42:29On m'a dit la maison violette.
42:31On m'a dit la maison violette.
42:34Bonjour, bonsoir, hello.
42:36Nice to meet you.
42:37Enchanté.
42:38Nice to meet you.
42:38Je ne vais pas laisser ouvert,
42:40il fait froid.
42:42Hello.
42:43Je te présente ma femme.
42:45Nice to meet you.
42:47What's your name?
42:47What's your name?
42:49Michel.
42:50Michel, wow.
42:50Et voilà ma fille, Ella.
42:52Salut, Ella, comment ça va?
42:55Et vous vivez là toute l'année?
42:57Oui, toute l'année.
42:58OK.
42:59C'est un endroit très spécial,
43:01très isolé.
43:03Oui, mais pour rien au monde,
43:05je ne quitterai ici.
43:06Je ne veux pas vivre en ville ou ailleurs.
43:07Et vous êtes nés ici?
43:09Vous êtes nés ici?
43:10Oui.
43:11Oui, il fait froid ici.
43:15Aujourd'hui, il a fait 13 degrés Fahrenheit.
43:18Ça fait combien en Celsius?
43:19Environ moins 27.
43:21Moins 27?
43:22C'est plutôt normal.
43:24C'est normal.
43:24Pour toi, c'est normal,
43:25tu restes en t-shirt.
43:30Quand même, je me dis,
43:31les premiers qui sont arrivés ici,
43:34il y a très très longtemps,
43:35ils ont dû quand même traverser
43:37des périodes très dures,
43:38parce que nous,
43:39on sait lutter contre le froid,
43:40mais à l'époque,
43:40c'était plus dur.
43:42Avant d'habiter dans ces maisons,
43:45les gens d'ici vivaient dans des cabanes.
43:49Elles étaient faites avec du bois flotté.
43:52Le bois flotté était tendu de boue et de mousse,
43:55et ces huttes leur servaient l'été.
43:58Et l'hiver,
44:00ils construisaient des igloos
44:01et des cabanes aussi.
44:06Comment on les appelle,
44:07la communauté d'ici?
44:09Nunam Ikua.
44:11En youpik,
44:13ça veut dire le bout de la tundra.
44:17Autrefois,
44:18les familles ici se déplaçaient en groupes
44:20et échangeaient d'endroits tout le temps,
44:23jusqu'à ce que le gouvernement
44:25décide de les regrouper
44:28et de leur enseigner la religion.
44:32Et d'envoyer les enfants
44:34loin de là,
44:35dans des pensionnats,
44:37et leur enseigner l'anglais.
44:45Malgré les blessures de l'histoire encore à vif,
44:47je suis touché par la chaleur
44:49de l'accueil de Léo et de sa petite famille.
44:51Il me rassure aussi,
44:53dans ce froid polaire
44:54qui enveloppe les maisons en bois
44:56de Nunam Ikua.
45:07Pour Léo,
45:08rien de tel qu'un petit trajet en motoneige
45:10pour terminer sa journée en Alaska
45:12par 15 degrés
45:13en dessous de zéro.
45:16Il m'a proposé de l'accompagner
45:17pêcher.
45:18On sait jamais,
45:19le printemps approche
45:20et les premiers poissons
45:20pourraient déjà être arrivés.
45:44Maintenant, il faut faire le trou.
45:55Il commence à bouger, là.
45:59Et les poissons, en dessous,
46:00ils font quoi ?
46:01Ils dorment ?
46:02Ils ont de l'oxygène ?
46:03Ils font leurs affaires de poissons.
46:11Il faut le faire assez gros
46:12parce qu'on va prendre un gros poisson.
46:15Il faut qu'il passe par le trou.
46:21Il ne finit jamais.
46:27Le poisson, il doit venir rigoler en dessous, là.
46:29On devrait bientôt y être, là.
46:31On n'est pas loin, là.
46:40Et voilà l'eau.
46:43Ok, ça fait du bien de voir l'eau, quand même.
46:46Il faut que l'appât soit environ
46:47à 30 cm de la glace.
46:50Donc, pas trop profond.
46:52D'accord.
46:52Et on le fait nager un peu
46:53ou on l'a juste trempé ?
46:54Il faut bouger, oui.
46:58Et c'est quel genre de poisson
47:00qu'on risque d'attraper, là-dessous, là ?
47:02Brochet et chifiche.
47:04Ah.
47:05Du brochet.
47:06Ma femme est une grande fan
47:08de la pêche sur glace.
47:10Est-ce que tu te souviens
47:11de la première fois
47:11où tu as pêché ?
47:12Je me souviens
47:13que la première fois
47:14que j'ai pêché un poisson,
47:15je n'arrivais même pas
47:16à le sortir de l'eau tout seul.
47:18Mon oncle a dû m'aider
47:19à le sortir.
47:22C'est pas gagné.
47:26Le printemps est dans l'air.
47:28Je peux le sentir.
47:30L'air est beaucoup moins sec.
47:32Est-ce que tu ressens
47:34des choses ici spéciales ?
47:36Parce que c'est ta terre à toi.
47:37Je ne dirais pas
47:38que c'est ma terre.
47:39C'est plutôt notre terre.
47:42Vivre ici,
47:43ce n'est pas une vie facile.
47:46Parfois,
47:47les gens n'ont pas assez
47:48à manger pour l'hiver.
47:50Ils doivent lutter.
47:52Ici,
47:54on est une petite communauté,
47:57comme la plupart
47:58des communautés en Alaska.
48:00Et donc,
48:01chacun aide les autres,
48:02prend soin des autres,
48:03et on partage la nourriture
48:05que nous offre la terre.
48:07C'est quelque chose
48:08de très important
48:09dans notre mode de vie.
48:12Bon,
48:13ça ne mord pas,
48:13chef.
48:15Oui,
48:15tu peux rester ici
48:16des heures,
48:17des jours
48:17et ne rien attraper.
48:19Et le lendemain,
48:20tu sors les poissons
48:20les uns après les autres.
48:23Je vois.
48:24Oh là là là.
48:27Oh là là là là là là là là là.
48:30C'est honteux.
48:31Trop facile.
48:33Les brochets,
48:34regarde !
48:35Combien il y en a ?
48:37Oh là là là là là !
48:38Lui,
48:38il est énorme !
48:40Mais non !
48:42Mais pour aujourd'hui,
48:43ce sera bredouille,
48:44désespérément bredouille.
48:46Cette fois,
48:46c'est sûr,
48:47il va falloir
48:47que je revienne
48:48descendre le Yukon
48:49à la belle saison
48:49pour goûter
48:50le brochet du Grand Nord.
48:52En attendant,
48:53je vais passer la nuit ici
48:54et demain matin,
48:55je partirai vers l'embouchure.
48:58Entre,
48:58François.
49:01C'est ta chambre.
49:03Ok,
49:03super.
49:04Parfait.
49:05La salle de bain
49:06est là-bas,
49:07à droite.
49:08Ok.
49:09C'est le seul hôtel
49:10à Nunamikwa.
49:12Le seul endroit
49:13pour les visiteurs ici.
49:14C'est parfait,
49:15Léo,
49:16super.
49:16Merci beaucoup.
49:16Super.
49:18Thank you very much.
49:18A demain,
49:19François.
49:19See you soon.
49:31Léo me propose
49:32de me conduire vers la mer.
49:33Une légère brume
49:34s'est maintenant formée
49:35et j'ai l'impression
49:36de flotter en apesanteur
49:38dans un grand nuage blanc.
49:42Tout au bout de l'estuaire
49:43du Yukon,
49:44j'arrive au bord
49:45de la mer de Béring.
49:46Enfin.
49:48Je fais confiance à Léo
49:50parce qu'ici,
49:50en hiver,
49:51il faut pas mal
49:52d'imagination
49:52pour voir autre chose
49:53que du blanc.
49:55Wow.
49:56On y est.
49:59Tout au bout
50:00du Yukon.
50:02Merci Léo.
50:03Merci.
50:04Merci beaucoup.
50:06Trop content.
50:08Wow.
50:10Donc là,
50:14c'est la fin du voyage.
50:18Yukon,
50:19je te remercie
50:19pour ce beau voyage
50:20pour m'avoir montré
50:22que c'est très difficile
50:24d'effacer
50:26la mémoire
50:27et les racines.
50:29C'est un magnifique voyage.
50:31Je te présente
50:31la mer de Béring.
50:34Allez.
50:36Bougez par en dessous,
50:37mariez-vous.
50:41Ceux qui aiment le blanc
50:42sont comme des dingues.
50:45Car même
50:45si l'on trace
50:46si fièrement
50:47une ligne infinie
50:48dans le grand blanc
50:49entre les montagnes
50:50et les forêts sauvages,
50:51même si l'on a offert
50:52ses rives aux Premières Nations
50:53et qu'on a fait rêver
50:55des générations
50:55de chercheurs d'or,
50:57au bout,
50:58c'est la mer.
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