- il y a 2 ans
Difficultés de lecture, expression écrite ou orale, calcul, concentration… les troubles « DYS », concernent 5 à 7% des enfants. Mieux les comprendre et savoir y répondre, Véronique Mounier et ses invités en parlent sur le plateau de "La Santé D'abord"
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00:00 Prenez soin de vous avec le groupe Vive
00:02 et votre programme La Santé d'abord.
00:04 Groupe Vive pour une santé accessible à tous.
00:07 Bonjour à tous.
00:08 Bienvenue sur le plateau de La Santé d'abord,
00:10 l'émission qui préfère prévenir plutôt que guérir.
00:13 Votre enfant a des difficultés à lire,
00:16 il inverse les sons, il oublie les lettres,
00:18 il a du mal à comprendre ce qu'il lit,
00:20 et s'il souffrait de dyslexie.
00:22 Alors, 15 à 20 % des enfants sont confrontés
00:25 à des difficultés d'apprentissage
00:26 qui peuvent concerner aussi bien la lecture,
00:28 l'écriture, le calcul ou encore la concentration,
00:31 les troubles d'idées.
00:32 On en parle aujourd'hui sur le plateau de La Santé d'abord.
00:57 Alors, savez-vous quel est le point commun
00:58 entre Steven Spielberg, Albert Einstein,
01:00 Walt Disney, Agatha Christie, Leonardo da Vinci
01:03 et même Tom Cruise ?
01:04 Eh bien, hormis leur célébrité, tous sont dyslexiques,
01:07 ce qui ne nous a pas empêché de se distinguer
01:08 dans des domaines aussi variés que les sciences ou que l'art.
01:11 Alors, peut-être parce que ces troubles de l'apprentissage
01:14 leur ont donné justement une force de caractère
01:16 et une capacité de travail supérieure à celles des autres.
01:20 Héloïse Bideau, bonjour.
01:22 Alors, vous avez 22 ans,
01:23 vous êtes étudiante en design à Paris.
01:25 Vous suivez également un second cursus management à Grenoble
01:29 et vous êtes porteuse de troubles dys,
01:31 dyslexie, dyscalculie, dyspraxie.
01:33 Et effectivement, cela ne vous a pas empêché de réussir vos études.
01:38 En tout cas, vous allez nous raconter
01:39 comment vous cohabitez au quotidien avec ces troubles dys.
01:43 Isabelle Vray, bonjour.
01:44 - Bonjour. - Merci également d'être avec nous.
01:47 Vous êtes responsable de service
01:49 au centre Charlotte Blouin, Vif 3, Pays d'Aloires,
01:53 un établissement qui accueille des enfants déficients, auditifs,
01:56 voyant des troubles de l'apprentissage,
01:58 en tout cas des troubles du langage oral,
02:00 de leur naissance jusqu'au terme d'un parcours de formation.
02:04 Donc voilà, un grand merci à toutes et à tous
02:06 d'être sur le plateau de la santé d'abord,
02:08 de venir nous partager votre expérience
02:10 sur ce problème de santé publique
02:13 qui touche en moyenne un à deux élèves par classe, c'est beaucoup,
02:16 et qui pose des défis d'organisation des soins à l'échelle nationale
02:20 avec des disparités de prise en charge selon les régions.
02:23 Nous y reviendrons avec notre chroniqueuse
02:25 dans la deuxième partie de cette émission.
02:27 Mais tout de suite, pour prendre en charge
02:30 ces troubles de l'apprentissage, il faut déjà bien les comprendre.
02:32 Alors, que savent réellement les Français de ces troubles-ci ?
02:35 C'est un reportage de Mathieu Guillot.
02:38 Je connais quelques exemples,
02:45 dyslexie, dyspraxie, dysorthographie, dyscalculie.
02:50 Est-ce que ça... sur quoi ça renvoie précisément ?
02:53 Pas vraiment, c'est peut-être lié à des troubles...
02:56 En tout cas pour dyslexie, dysorthographie,
02:57 il y a des troubles langagiers, peut-être.
03:00 C'est reconnu, me semble-t-il, comme une maladie.
03:03 Mais à part ça, non, je ne pourrais pas rentrer dans le détail.
03:05 Ce qui est le plus connu, c'est la dyslexie,
03:07 c'est le fait de ne pas réussir à lire
03:10 comme la majorité des autres personnes.
03:13 Et donc ça entraîne des troubles de la compréhension.
03:15 Et du coup, vu qu'on n'arrive pas à comprendre les questions,
03:18 le grand second lit, on a des problèmes d'apprentissage,
03:20 on apprend beaucoup plus lentement.
03:22 Ça peut se faire par la lecture.
03:25 Il y a des personnes qui sont dyscalculiques aussi, je crois.
03:29 C'est des personnes qui ont plus de mal à voir les chiffres, etc.
03:32 Il y a plein de facteurs différents dans les troubles dys.
03:37 Les gens ne sont pas tous atteints différemment.
03:39 Un trouble dys, c'est un trouble de l'apprentissage.
03:42 En fait, c'est un enfant qui n'automatise pas l'orthographe d'un mot.
03:46 Donc pour lui, c'est toujours des mots nouveaux quand il lit.
03:50 Donc c'est un peu comme vous et moi, quand on se retrouve en Chine.
03:54 On a toute notre intelligence,
03:55 pareil que si on est en France et qu'on va en Chine,
03:59 on garde cette même intelligence,
04:00 sauf qu'on ne comprend absolument pas ce qui est écrit autour de nous.
04:03 Bon, ils sont plutôt calés, les Français que nous avons rencontrés.
04:08 Ils maîtrisent plutôt pas mal le sujet.
04:10 Isabelle, qu'est-ce qu'une personne dys ?
04:12 Que se passe-t-il précisément au niveau de son cerveau ?
04:15 Alors, une personne dys, c'est avant tout une personne
04:18 qui présente un trouble du neurodéveloppement.
04:21 Qu'est-ce que c'est ? C'est une personne, simplement,
04:23 un jeune, un enfant, un adulte,
04:26 qui a du mal à absorber de l'information,
04:31 à l'entreposer, c'est-à-dire à l'emmagasiner,
04:35 à la mémoriser, tout simplement,
04:37 et puis à la récupérer de manière habituelle.
04:40 Chez un enfant dys, tout cela prend énormément de temps
04:45 et est problématique,
04:47 et crée, ce qu'on a vu dans le reportage,
04:50 des parcours scolaires plutôt chaotiques, de manière générale.
04:55 Donc, il n'y a pas de lésion cérébrale, à proprement parler.
04:58 C'est vraiment un fonctionnement cérébral atypique.
05:00 Tout à fait. Je préfère parler d'atypie, de singularité.
05:04 Effectivement, il n'y a pas de lésion cérébrale,
05:07 mais simplement une façon d'aborder les choses
05:11 et d'aborder le monde très particulière.
05:14 Et personne ne porte la responsabilité de ces troubles,
05:17 ni les parents, ni l'école, ni les enfants, ni le système scolaire.
05:21 Tout à fait.
05:22 On ne connaît pas les causes, forcément, de ces troubles ?
05:26 On a des pistes, des hypothèses ?
05:28 Les causes sont plurifactorielles.
05:30 Alors, on a des pistes.
05:32 On a des pistes, et elles sont très larges, ces pistes.
05:34 Alors, effectivement, il y a des pistes d'ordre neurologique,
05:38 un fonctionnement cérébral atypique.
05:41 L'environnement neuronal est présent,
05:45 mais il est réparti différemment,
05:47 et on pense que c'est ça qui créerait les confusions de son,
05:51 les confusions de l'être, entre autres, etc.
05:53 Mais ce sont souvent des personnes beaucoup plus intelligentes que les autres.
05:56 C'est ce que vous avez remarqué dans votre pratique.
05:58 Tout à fait. Les capacités intellectuelles de ces enfants
06:01 sont préservées, voire même au-dessus de la moyenne.
06:06 Eloïse, vous êtes porteuse de troubles dits.
06:08 Est-ce que vous vous sentez atypique,
06:09 au-delà d'être peut-être plus intelligente que la moyenne ?
06:12 Avec tout votre parcours scolaire...
06:16 Je ne sais pas si j'arriverais à dire ça de moi-même,
06:18 d'être plus intelligente que la moyenne,
06:20 mais c'est sûr que je me qualifie comme différente,
06:25 parce que j'ai dû apprendre à m'adapter à chaque moment,
06:27 surtout de ma scolarité,
06:29 où je ne comprenais pas pourquoi les autres ne comprenaient pas moi.
06:32 Et donc, du coup, j'ai dû me faire mon chemin dans la dyslexie.
06:38 Mettre en place des stratégies de compensation, c'est ça ?
06:40 Tout à fait.
06:41 Ce sont des jeunes qui, très vite, vont rencontrer
06:44 de multiples problématiques.
06:46 Et on va les accompagner,
06:49 puisque je suis dans un service qui accompagne des jeunes dys,
06:53 notamment des enfants dysphasiques, on le verra tout à l'heure.
06:57 On les incite, dans l'accompagnement,
06:59 à développer leur propre stratégie personnelle,
07:03 justement, face aux difficultés.
07:05 Parce qu'on ne peut pas les accompagner...
07:07 Et surtout, chaque dys va être différent, en fait.
07:10 Chaque dys est unique.
07:11 Chaque dys est unique,
07:13 chaque enfant est atypique, singulier...
07:16 Donc, chaque solution sera différente.
07:18 Voilà, et c'est à nous aussi, professionnels,
07:21 de nous adapter dans les outils qu'on va proposer à ces jeunes-là.
07:26 Parmi les troubles dys, il y a trois grandes familles.
07:28 On va peut-être les citer,
07:30 même si on a vu que dans le reportage, les Français les connaissaient bien.
07:34 Il y a tous les troubles du comportement du langage oral.
07:37 Ça, c'est la dysphasie, c'est ça ?
07:39 Oui, le langage oral dysphasique.
07:41 - Écrit, c'est dyslexie et dysorthographie. - Tout à fait.
07:45 Il y a tous les troubles du développement de la coordination motrice,
07:48 dyspraxie.
07:50 De l'écriture, dysgraphie.
07:52 Et puis, les troubles du développement du calcul,
07:55 ça, c'est la dyscalculie 1.
07:56 D'accord, et ces trois familles peuvent s'ajouter des troubles de l'attention.
08:00 C'est ce que vous aviez, Loïse ?
08:02 Des troubles de l'attention, non.
08:04 Mais vous vous souffriez de dyslexie et dyspraxie ?
08:07 Dyslexie, dyscalculie, dysorthographie, dyspraxie, notamment.
08:11 - La totale. - Oui.
08:13 Et j'ai eu du mal à me concentrer en cours,
08:18 mais j'étais pas, par exemple, un enfant perturbateur.
08:21 J'ai essayé de faire au mieux pour comprendre et rester concentrée.
08:25 Donc, on l'a dit, ces troubles sont très fréquemment associés.
08:28 C'est votre cas, Loïse.
08:30 Il est difficile de savoir aussi précisément combien de personnes
08:33 sont concernées par ces troubles dys.
08:34 Les chiffres varient vraiment beaucoup d'une étude à l'autre.
08:38 Pourquoi c'est si difficile que ça à diagnostiquer ?
08:41 C'est pas tant le diagnostic qui est compliqué,
08:45 c'est plutôt qu'est-ce qu'on cherche dans les études,
08:49 quels sont les profils qu'on prend dans ces études-là,
08:53 de quel type de dyslexie parle Tom,
08:56 parce que dans chaque dys, en fait, il y a une pluralité de modèles.
09:02 Donc, c'est difficile d'avoir un chiffre juste,
09:06 mais vous avez raison, on va dire que c'est entre 8 et 10 % à peu près
09:10 de la population qui a un trouble dys.
09:14 Et concernant la dyslexie, qui est le trouble le plus fréquent,
09:17 à en croire les chiffres de France Dyslexia,
09:19 elle concernerait 80 % de toutes les personnes
09:21 qui souffriraient de troubles de l'apprentissage.
09:24 Donc, c'est un trouble, on l'a dit, qui touche essentiellement la lecture.
09:26 Alors, justement, on va se mettre en situation,
09:29 voilà ce que voit une personne dyslexique quand elle lit
09:32 un texte.
09:33 C'est des lettres qui se chevauchent, qui s'inversent,
09:37 on l'a dit, chaque cas est différent, et surtout, ça bouge, c'est ça.
09:41 Je crois que vous aviez un petit garçon
09:43 qui vous racontait ça tout à l'heure, qui bougeait sa feuille.
09:46 Voilà. Pour vous donner un petit exemple rapide,
09:51 la semaine dernière, par exemple,
09:53 nous avons eu un petit garçon de 6 ans
09:57 qui prenait son texte pour lire,
10:01 et avant de prendre son texte, il pose la feuille sur la table
10:05 et il fait mine d'ajuster la feuille sur la table.
10:09 Et son enseignante lui demande "Qu'est-ce que tu fais ?"
10:13 et le petit garçon répond "J'attends maîtresse que les lettres ne bougent plus."
10:18 Alors, qu'est-ce que ça veut dire ?
10:20 Ce que vous avez vu à l'écran, là, c'est une simulation.
10:24 Alors, les lettres ne bougent pas autant que ce qu'elles ont l'air...
10:27 Oui, c'est très rapide.
10:29 En fait, c'est pour nous donner à nous, non dyslexiques,
10:34 la sensation que peut ressentir un jeune face à un écrit.
10:38 C'est comme sur un appareil photo.
10:40 En fait, ce qui se passe,
10:41 c'est que vous avez besoin de zoomer d'abord sur le texte
10:45 et puis, selon les polices d'écriture,
10:49 vous pouvez avoir un encombrement perceptif.
10:51 C'est-à-dire que vous pouvez avoir un doute.
10:54 Est-ce que c'est un P ? Est-ce que c'est un B ?
10:57 Est-ce que c'est un Q ? Etc.
11:00 Une lettre qui a une verticale et un arrondi,
11:05 selon la façon dont elle est présentée,
11:07 elle change de son.
11:09 Alors, justement, Héloïse, vous, comment se manifeste votre dyslexie ?
11:14 Aujourd'hui, ça va mieux.
11:16 J'adore lire, en plus, donc c'est assez contradictoire.
11:18 Mais une anecdote que ma maman m'avait racontée
11:21 quand je lui avais demandé
11:23 "À quel moment vous vous êtes rendu compte que ça n'allait pas ?"
11:26 C'est quand elle m'a fait faire un exercice de grammaire
11:28 où il fallait mettre soit "mais", M-I-S, soit "mais", M-E-S.
11:33 Et j'ai rempli toutes les cases, sauf une.
11:36 Et ma mère me dit "Pourquoi tu n'as pas rempli la case ?"
11:39 Elle me fait "Bah, il y a déjà marqué 'mais'".
11:41 Et en fait, le premier mot de la phrase était "ami".
11:44 Et c'est les mêmes lettres, mais tout mélangé.
11:46 Et pour moi, le "mais" était déjà là.
11:49 C'est là qu'elle s'est dit "Ouh là, il y a un problème".
11:52 Ah, mon Dieu.
11:53 Confusion de lettres.
11:55 Des lettres qu'on va inverser.
11:57 Et aujourd'hui, la lecture ne vous pose plus de problème ?
12:00 Vous avez mis en place toutes ces stratégies de compensation.
12:04 Je pense que j'ai fait beaucoup d'orthophonie et de psychomotricité.
12:11 J'ai dû apprendre à lire,
12:12 à me chronométrer en train de lire, etc.
12:15 Après, je pense que je lis toujours moins vite que la moyenne,
12:18 mais ça ne m'a pas empêchée.
12:19 Vous n'avez plus ces lettres qui s'inversent,
12:23 ou qui chevauchent, ou qui dansent.
12:24 On parlera de tout le travail qu'on peut faire avec des orthophonistes,
12:28 mais on imagine bien combien ça a dû être un cauchemar pour vous,
12:31 l'apprentissage de la lecture.
12:34 On imagine surtout combien ces troupes peuvent être handicapants au quotidien.
12:38 Ce sont surtout des handicaps invisibles.
12:40 C'est ça, le souci.
12:41 C'est des handicaps invisibles.
12:44 C'est des véritables pourvoyeurs d'échecs,
12:46 notamment d'échecs scolaires.
12:48 C'est la première plainte des enseignants.
12:53 La difficulté de rentrer dans l'écriture et dans la lecture.
12:58 Si bien qu'au service,
13:01 jusqu'à il y a une dizaine d'années,
13:05 on accueillait les jeunes,
13:07 ils arrivaient à l'âge de 8-9 ans,
13:08 donc ils avaient déjà un premier CP, un CE1,
13:13 et ils étaient en échec.
13:15 C'était très compliqué de les aider en tous les cas,
13:18 d'enlever les faux plis qu'ils avaient pris.
13:21 Aujourd'hui, on travaille de manière plus précoce.
13:24 En tous les cas, c'est le pari qu'on a fait dans notre service,
13:28 en prenant les jeunes à partir de la maternelle,
13:30 sur la tranche de petite, moyenne et grande section,
13:35 où déjà...
13:36 Quels sont les signes qu'ils peuvent nous mettre sur la voie
13:39 dès la maternelle ?
13:41 On peut se dire qu'à l'apprentissage de la lecture,
13:43 on peut voir qu'il y a un problème,
13:44 mais dès la maternelle, comment on peut dépister ces troubles ?
13:47 La maternelle est très axée sur le travail du langage oral.
13:51 Déjà, les trois années,
13:53 des enfants qui manipulent mal les sons,
13:55 qui commencent à confondre les sons,
13:58 qui ont des difficultés dans l'apprentissage,
14:00 par exemple, de l'écriture,
14:02 qui ont du mal à former correctement les lettres,
14:05 à les mémoriser, à mémoriser le patron de la lettre,
14:08 comment on fait un L, comment on fait un U, etc.
14:13 Donc ça, ce sont des petits signes prédicteurs.
14:16 Alors, il y en a toute une flopée, on va dire,
14:20 que nous, professionnels, on s'est repérés,
14:23 et on sait que quand ils sont présents,
14:26 si on ne les travaille pas de manière précoce,
14:29 l'entrée dans la lecture, dans l'écriture,
14:32 dans le calcul vont être compliquées.
14:34 D'accord. Vous, Héloïse, vous avez eu la chance
14:36 d'être diagnostiquée très jeune, finalement.
14:38 À quel âge ? C'est votre maman, hein ?
14:40 C'est ma maman, effectivement.
14:41 C'est même ma maîtresse, mon premier CP,
14:43 parce que j'ai redoublé mon CP,
14:45 qui a dit à mes parents, "Elle comprend rien,
14:48 mais c'est dû à quelque chose,
14:49 donc faites-lui faire des tests pour comprendre."
14:52 Donc j'avais six ans, à peu près.
14:55 Donc vous avez été prise en charge très précocement,
14:58 ce qui fait que, finalement, à partir du collège,
15:01 ça s'est un peu mieux passé.
15:03 Oui et non.
15:04 L'entrée au collège sixième, cinquième a été compliquée,
15:08 parce que j'étais sur des profs qui ne comprenaient pas
15:11 et qui ne voulaient même pas faire l'effort,
15:13 alors que j'avais mis en place un PAI,
15:16 et ils ne voulaient pas en entendre parler.
15:19 C'est pas un PAI, pardon ?
15:21 Un PAI, c'est... J'ai plus l'acronyme,
15:24 mais c'est en gros des mises en place pour adapter le travail.
15:28 Par exemple, pour le brevet,
15:30 j'avais eu un texte à trous pour la dictée.
15:32 Donc il fallait que je remplisse les trous
15:34 au lieu de faire la dictée entière,
15:35 parce que c'était trop long pour moi.
15:37 Et même les profs devaient me donner moins d'exercices
15:40 pour les contrôles ou plus de temps.
15:42 Donc on a adapté l'enseignement scolaire.
15:45 Exactement.
15:46 Mais c'est dans tous les établissements qu'on peut...
15:48 Alors, il existe à l'Éducation nationale
15:51 plusieurs dispositifs d'adaptation, comme ça,
15:54 aux enfants qu'on dit ont besoin particulier.
15:56 Alors le PAI, c'est un projet d'accompagnement individualisé.
16:00 Voilà, projet d'aide. Merci.
16:02 Projet d'aide individualisé, pardon.
16:06 Qui permet justement de mettre en place,
16:09 durant la scolarité, des aides spécifiques
16:13 pour aider le jeune adulte.
16:14 Ça peut être une dictée à trous,
16:16 ça peut être de la reformulation de consignes
16:20 par une personne spécialisée le jour de l'examen.
16:22 Ça peut être un tiers-temps supplémentaire.
16:26 On a bien entendu Héloïse tout à l'heure,
16:28 elle a dit que la scolarité était longue,
16:31 elle ne faisait pas les choses au même rythme que les autres,
16:35 notamment la lecture, elle pense qu'elle lit moins vite
16:38 que quelqu'un qui n'est pas dyslexique.
16:41 Donc, dans les examens,
16:43 on peut avoir un tiers-temps supplémentaire,
16:46 un tiers de temps en plus par rapport à la durée de l'épreuve.
16:50 Et en parallèle de ces PAI,
16:53 vous avez vu régulièrement ce que vous nous disiez tout à l'heure,
16:57 un orthophoniste, c'est ça ?
16:59 Il y a d'autres professionnels de santé qui vous ont aidés ?
17:03 Une psychomotricienne aussi, pendant cinq ans, je pense.
17:08 Et je crois que j'étais allée voir une...
17:11 C'est pas une sophrologue, mais c'était une professionnelle de santé,
17:15 je n'ai plus le terme exact,
17:17 mais qui est là pour savoir la façon dont les enfants
17:21 mémorisent les choses.
17:23 Du coup, elle m'a dit que j'avais une mémoire visuelle
17:25 après m'avoir fait passer plein de tests.
17:27 Et ça m'a beaucoup fait comprendre ma façon de penser
17:31 et d'apprendre mes cours, par exemple, encore aujourd'hui.
17:34 - Une neuropsychologue aussi ? - Exactement.
17:37 Il existe également des centres de référence
17:40 de ces troubles du langage, aujourd'hui.
17:41 Mais il n'y en a peut-être pas assez, pour pouvoir faire le dépistage ?
17:45 Alors, le dépistage, aujourd'hui,
17:48 il s'organise de mieux en mieux, je dirais.
17:52 Alors, le centre de référence est en bout de chaîne, on va dire.
17:57 Ce sont les cas les plus complexes
17:59 qui vont devant un centre de référence
18:01 pour avoir la photographie d'une équipe pluridisciplinaire,
18:06 on va dire.
18:07 Le premier acteur de repérage,
18:10 c'est, dans le cas des troubles du langage,
18:13 c'est l'orthophoniste.
18:15 - D'accord. - Voilà.
18:16 Il n'y a aucune diagnostic qui ne peut être posée, aujourd'hui, en France,
18:19 par une seule personne, par un seul professionnel de santé.
18:23 Parce que, comme on a vu,
18:25 Héloïse est ce qu'on appelle une multidis.
18:28 Et on a besoin d'un regard croisé de professionnels,
18:32 alors orthophonistes, psychologues...
18:34 Du coup, ces établissements spécialisés
18:36 peuvent être tout à fait pertinents
18:39 pour faire ce diagnostic
18:42 et que certains enfants ne passent pas à travers les mailles du filet.
18:46 Malheureusement, leur fonctionnement actuel
18:47 ne permet pas de répondre à toutes les demandes,
18:49 sans compter les inégalités territoriales.
18:51 On va faire le point sur la situation avec Aude Ferbos,
18:54 qui va venir me rejoindre,
18:56 qui est journaliste pour le journal Sud-Ouest.
19:00 (Générique)
19:03 ---
19:06 - Aude Ferbos, bonjour. - Bonjour, Féronique.
19:09 - Merci de nous avoir rejoints sur le pateau de la santé.
19:11 Je rappelle que vous êtes journaliste pour le journal Sud-Ouest.
19:14 Si vous êtes là, c'est parce que les troubles 10
19:17 sont invités dans votre quotidien de journaliste ces dernières semaines.
19:20 - Absolument, oui.
19:22 Les troubles 10 se sont invités à mon planning,
19:24 avec l'histoire de Sacha.
19:27 Sacha, c'est un enfant qui vit à Bordeaux.
19:30 Dès le CP, pour lui, l'école, c'est très compliqué.
19:35 Il a du mal avec l'écriture, avec la lecture,
19:38 avec le calcul.
19:40 À la maison, c'est compliqué aussi, les horaires, les dates.
19:44 L'ordre des mois, c'est pas simple.
19:46 Et puis, au bout de deux ans d'échec scolaire,
19:49 ses parents finissent par obtenir un rendez-vous
19:52 chez l'orthophoniste, enfin, chez le neuropsychologue.
19:55 Et là, le diagnostic tombe.
19:57 Il est 10, donc il a 3 10.
20:00 Dès l'entrée en 6e, là, c'est l'enfer pour lui,
20:04 parce que le collège, ça veut dire un prof différent à chaque heure,
20:09 une salle différente.
20:11 Du coup, il décroche complètement.
20:13 Et là, il y a un élan de solidarité qui se produit.
20:16 Les parents d'élèves soutiennent les parents de Sacha,
20:21 la famille de Sacha,
20:22 et les encouragent à créer une structure
20:25 qui serait peut-être plus spécialisée.
20:27 C'est ainsi qu'un an plus tard, le collège,
20:29 un collège spécifique, entièrement spécifique,
20:31 dédié aux enfants de 10,
20:33 est créé à Bordeaux, à côté de Bordeaux,
20:36 sur la commune des Zines,
20:37 qui accueille une vingtaine d'élèves 10,
20:40 de la 6e à la 3e.
20:43 Et ça a sauvé la scolarité de Sacha.
20:46 C'est la troisième rentrée en 2023 de ce collège.
20:50 Aujourd'hui, Sacha a 16 ans.
20:52 Il a trouvé sa voie et il va super bien.
20:55 C'est une bonne nouvelle pour Sacha.
20:57 Isabelle, qu'est-ce que vous pensez
20:59 de ces établissements spécialisés pour les élèves 10 ?
21:02 On travaille, dans mon service,
21:04 adossé à ce type d'unité,
21:07 que ce soit des Ulysses ou que ce soit des collèges spécialisés,
21:10 tel que vous l'avez décrit.
21:13 Bien évidemment que ce réseau doit se déployer de plus en plus.
21:17 On doit élargir le plus de dispositifs possibles,
21:22 les plus larges possibles,
21:23 parce qu'on l'a dit tout à l'heure,
21:25 un enfant de 10 est toujours singulier.
21:29 Donc, il faut multiplier ce genre de dispositifs,
21:36 continuer, parce qu'il y a des besoins énormes aujourd'hui.
21:40 Et on voit très bien que ça a des impacts sur...
21:44 Alors, c'est un trouble des apprentissages, certes,
21:47 mais qui a aussi des impacts sur la vie sociale,
21:52 la vie affective de ces jeunes...
21:53 Et la future vie professionnelle de ces jeunes.
21:55 Et surtout, la réinsertion professionnelle.
21:57 Merci, en tout cas, Audin, pour ces informations.
21:59 Alors, on l'a évoqué tout à l'heure avec Héloïse,
22:00 il existe aussi des outils informatiques
22:03 qui peuvent aider les personnes 10 à surmonter leurs difficultés.
22:06 À l'occasion de la Journée nationale des 10,
22:08 c'était le 15 octobre dernier,
22:09 nous avons découvert, "Can'to scream",
22:11 une solution inclusive et innovante
22:14 pour les élèves atteints de troubles de l'apprentissage.
22:17 Regardez.
22:18 Accompagnée de ses parents, Marcel, 10 ans,
22:27 présente des troubles 10.
22:29 Dyslexie, dyspraxie ou encore dysgraphie,
22:32 6 à 8 % des élèves en France ont des troubles de l'apprentissage.
22:36 Des difficultés qui entraînent bien souvent un retard à l'école.
22:39 On observe vraiment un décalage entre sa vitesse
22:42 et sa capacité à lire et à écrire par rapport à l'âge qu'il a
22:45 et donc il est en retard sur le volet écriture et lecture.
22:50 Et donc, on est au stade où on cherche des outils
22:52 qui peuvent lui permettre de répondre aux questions
22:56 qui lui sont posées sans que ce soit amoindri
23:00 par sa capacité et ses difficultés à formuler des phrases.
23:04 Pour les aider, Mina Chtelvam et François Billou
23:07 ont fondé le logiciel "Can'to scream",
23:09 une boîte à outils personnalisée pour accompagner l'élève
23:12 dans toutes les matières.
23:13 En fait, ça permet de proposer des outils
23:15 qui peuvent compenser leurs difficultés.
23:17 Et du coup, par exemple, cet élève qui est dyslexique,
23:19 qui a du mal à lire, en fait, il peut mieux lire
23:22 s'il a des outils, par exemple, pour changer la police,
23:24 pour lui donner une police simplifiée,
23:26 pour lui permettre des couleurs, pour lui permettre de séparer les syllabes.
23:28 Donc tout ça, en fait, va permettre d'aérer le texte
23:31 pour qu'il puisse avoir un plus grand confort de lecture
23:34 et qu'il puisse, voilà, mieux lire.
23:36 Correcteur orthographique, dictée, mais aussi opération mathématique,
23:40 27 outils sont proposés pour s'adapter à chaque besoin.
23:43 Un logiciel testé par Marcel et ses parents.
23:46 - C'est les couleurs. - Exactement.
23:49 - On peut changer. - Oui.
23:50 Soutenue par l'Education nationale,
23:52 la start-up lilloise accompagne déjà plus de 10 000 élèves
23:54 dans une cinquantaine d'établissements.
23:57 Voilà, en tout cas, un outil intelligent.
23:59 Héloïse, qu'est-ce que vous avez utilisé, vous,
24:00 comme outil numérique pour vous aider à surmonter vos difficultés ?
24:05 Au début, je pense que c'était le début de numérique
24:09 pour l'aide dyslexique.
24:11 Donc, on avait juste une tablette et on faisait des mind maps dessus
24:15 - et ça nous aidait à... - Des quoi, pardon ?
24:17 Des mind maps, des cartes mentales.
24:18 Ah, des cartes mentales, oui.
24:20 Mon anglais est très mauvais, hein, désolé.
24:22 Ça nous aidait à mettre sur table,
24:26 ou mettre à l'écrit ce qu'on avait en tête
24:28 et apprendre de nous-mêmes et notre savoir.
24:31 Et donc, on avait ça, mais je ne connaissais pas du tout
24:34 ce logiciel qui a été développé et qui a l'air vraiment super.
24:38 En tout cas, tous ces outils ne doivent pas faire oublier
24:40 que le premier conseil qu'Isabelle a donné aux parents,
24:42 c'est de valoriser le plus possible son enfant.
24:45 J'imagine que c'est ce que votre maman a fait,
24:46 lui montrer qu'on le soutient et qu'on croit en lui, surtout.
24:50 Tout à fait, parce que ces enfants-là
24:52 manquent énormément de confiance en eux
24:54 et l'estime de soi peut être vite atteinte
24:57 quand on est notamment multidis
25:00 et que tout est difficile à l'école, entre autres,
25:03 et dans la vie de tous les jours aussi.
25:07 Donc, il faut encourager, valoriser ces enfants-là
25:10 dans leur réussite.
25:12 Voilà, et puis, pour conclure cette émission,
25:14 sur une note optimiste, je voudrais souligner
25:16 les quatre grandes forces que vont généralement présenter les enfants,
25:20 disent comme leur persévérance,
25:22 leur capacité à ne jamais se décourager,
25:24 leur logique, leur faculté à résoudre les problèmes,
25:27 parce que du coup, il faut trouver des stratégies,
25:29 comme on l'usait tout à l'heure,
25:30 leur imagination, leur capacité à s'évader,
25:33 leur empathie aussi,
25:34 et leur faculté à écouter les émotions des autres.
25:36 Louise, vous vous retrouvez un peu dans ce bordel ?
25:38 Tout à fait. C'est vraiment une description de moi-même
25:41 que vous venez de faire.
25:42 Un grand, grand merci à toutes les trois.
25:44 Merci à tous ceux qui m'ont aidée à préparer cette émission.
25:46 Quant à moi, j'aurai le plaisir de vous retrouver très bientôt
25:48 pour un prochain numéro de La Santé d'abord.
25:50 D'ici là, prenez soin de vous.
25:53 (Générique)
25:56 ---
26:12 - Le groupe Vive vous a présenté La Santé d'abord,
26:15 le programme qui prend soin de vous.
26:18 Groupe Vive, pour une santé accessible à tous.
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