00:00 On n'avait pas biscuité en fait, on est vendeurs de souvenirs.
00:01 On a même eu des gens qui pleuraient sur les marchés
00:04 parce qu'ils retrouvaient à un bout le biscuit d'autrefois,
00:08 le biscuit de la grand-mère.
00:10 On a eu des jeunes qui pleuraient, qui disaient
00:13 "Ma grand-mère est décédée, je n'avais pas remangé ce biscuit
00:15 depuis qu'elle était décédée."
00:16 On appelle des escalettes, c'est vraiment le patois de biscuits de chez nous.
00:21 Mais en fait c'est le biscuit que tout le monde a connu dans son enfance
00:26 parce que c'est le biscuit le plus ancien au monde qu'on ait en fabriqué.
00:30 Le biscuit de la grand-mère
00:34 Donc on a créé la biscuiterie artisanale il y a 4 ans ?
00:38 Ah ben ça c'est sûr que c'est une madeleine de Proust.
00:40 Après je pense que moi personnellement j'ai toujours connu ce biscuit
00:45 donc c'est pas quelque chose que j'ai retrouvé parce que je ne l'ai jamais perdu.
00:48 C'était le biscuit qu'on faisait pour les fêtes de Noël.
00:51 Chaque année avec mes grands-parents, que ce soit mon frère, ma soeur ou mes cousins,
00:55 on faisait ces biscuits.
00:58 Parce que c'est vrai que ça rappelle énormément de souvenirs chez les gens.
01:01 Des fois en fait c'est pas le biscuit mais c'est le goût, le parfum, la texture.
01:10 En fait c'est un biscuit comme il est fait avec des ingrédients simples,
01:15 du beurre, du sucre, de la farine.
01:17 On n'est plus habitué à manger des choses comme ça aujourd'hui.
01:19 Ça aurait été peut-être plus simple de partir sur des moules modernes, quadrillées,
01:24 mais ça n'aurait pas eu de charme.
01:26 Faut procurer une sensation de souvenir, de biscuit d'autrefois.
01:30 C'est vrai que ça fait plaisir de voir qu'on ne fait pas ça pour rien
01:35 et de garder vraiment la recette authentique, même la cuisson.
01:40 C'est vrai qu'on aurait pu très bien faire des biscuits dans un four traditionnel,
01:45 mais là on n'est plus du tout sur la tradition de ces gaufres.
01:49 Ça c'est le moule de la grand-mère, donc de Mamie Alix, qui nous a été transmis,
01:55 qui nous a été donné la recette et ce moule.
01:58 On a commencé avec ce moule pendant 6 mois.
02:00 Et effectivement à l'époque on le tournait et on le retournait dans la cheminée.
02:04 C'est vraiment comme ceci qu'on confectionnait les biscuits,
02:08 donc qui donnait le terme du coup "bicuit", "biscuit", "cuit deux fois".
02:12 Donc on appelle ça ici un fer à escalette.
02:16 [Bruit de moule]
02:18 Le support que l'on a aujourd'hui, c'est un gaufrier forain
02:30 qui a été récupéré en Belgique par un bijoutier joualier
02:35 et qui a reproduit les moules comme ceux-ci, du moule de la grand-mère qui date du 19ème.
02:42 Là on peut constater qu'on a une cuisson qui n'est pas forcément homogène.
02:47 On est vraiment sur… Je trouve que l'escalette est vraiment unique.
02:52 Les brûleurs ne sont pas identiques et là pour le coup on est vraiment sur une escalette authentique.
03:01 Mamie Alix, dont on a pris la recette, les faisait sur le feu.
03:11 Il y a des méthodes qui se conservent et il ne faut pas perdre.
03:18 C'est quand même vous qui nous avez tout appris.
03:20 Eh oui !
03:21 Je me rappelle, on était ici, vous avez tout sorti sur la table là,
03:26 vous avez dit "allez, on va faire des escalettes".
03:28 Vous avez sorti le moule, on était dans la petite cuisine là.
03:32 Et c'est vous, vous m'avez montré sur le gaz dans la petite cuisine là.
03:36 Ce n'était pas comment faire.
03:38 Et t'es contente qu'on fasse des escalettes ?
03:40 Oui, enchantée !
03:43 En plus, vous avez vu dans le journal encore hier.
03:45 C'est Mamie Alix qui est contente d'Adrien.
03:48 Ah mais là il y a votre nom, le jeune couple a remis au goût du jour la recette d'Alix Favier,
03:55 la grand-mère d'Adrien, native du village.
03:58 Je suis contente de voir que ça a pris, que ça a marché.
04:04 Il faut savoir que cette tradition remonte au XIVe siècle.
04:08 Les hommes ont utilisé au tout début des fers à hosties pour fabriquer les premiers biscuits.
04:13 Et du coup c'était des hosties non consacrées.
04:16 Les femmes on les appelait les marchandes de plaisir.
04:21 Quand elles ont affiné ces biscuits, elles déambulaient dans les rues,
04:26 elles disaient "Voilà les petits plaisirs, voilà les petits plaisirs".
04:30 C'était vraiment le plaisir qu'on s'autorisait pendant le carême.
04:34 Dans la région de Paris, on appelait ça les oublis.
04:38 L'anecdote, c'est tellement léger qu'après les avoir mangés, on les oublie.
04:46 Que ce soit vraiment le plus esthétique possible, on refait un petit nœud.
04:53 Et pour aller même jusqu'au bout, c'est vraiment ce qu'on fait chaque jour,
04:59 on fignole.
05:02 Et là on a notre paquet tout fini.
05:05 On fait ça, et on fait à peu près 240 paquets comme ça par jour.
05:13 Tout a été réfléchi, notre logo, tout a eu je ne sais combien de mois de recherche pour le historique.
05:22 La femme qui présente le logo de notre marque, c'est là une marchande de plaisir
05:26 qui a été dessinée par notre graphiste,
05:28 qui tient une escalette dans la main.
05:31 Tout a été calculé, tout a été réfléchi, on a vraiment replongé dans l'univers de ces biscuits.
05:38 Il faut qu'on continue pour préserver cet univers.
05:43 Merci à tous !
05:46 Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
05:49 [Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org]
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