00:00 - Bonjour Romain Barras. Alors ça y est, on peut le dire ?
00:03 - On dit quoi ?
00:04 - Que c'est le lancement des Jeux Olympiques.
00:06 - Oui, ça s'est lancé déjà il y a depuis un moment, mais là c'est vrai qu'on va rentrer réellement dans la préparation pour ces Jeux Olympiques.
00:12 - Parce que ce soir, vous partez trois semaines en Afrique du Sud pour un stage justement pour préparer ces JO de Paris.
00:17 Alors vous, vous avez été champion de participation aux Jeux Olympiques, vous les avez vécus ces stages-là, cette ambiance ?
00:23 On est dans quel état d'esprit, quelques heures avant le départ ?
00:26 - Oui, je les ai vécus effectivement, c'est des stages très importants parce que c'est des grands moments d'entraînement.
00:31 On part en Afrique du Sud parce que c'est sur la même latitude, on n'a pas de décalage horaire.
00:34 On s'adapte très très rapidement pour s'entraîner le plus vite possible et dans des conditions qui sont excellentes,
00:40 autant au niveau des infrastructures que du climat, parce qu'il fait 30-35 degrés, donc pour toutes les disciplines explosives,
00:45 c'est hyper important d'avoir ce genre de température. À Paris en ce moment, vous voyez, ce n'est pas tout à fait le cas.
00:50 Et donc c'est vraiment un stage où l'équipe de France pratiquement au complet se retrouve.
00:54 Il y a un esprit de cohésion qui se met en route. L'esprit de cohésion, ça n'a jamais fait gagner des médailles,
00:58 mais quand il n'est pas là, ça peut en faire perdre.
01:00 - Justement, on va parler des médailles. Combien de médailles on vise, clairement, en athlétisme ?
01:04 - On va partir à 75 qualifiés, je pense que nos 75 athlètes vont viser une cinquantaine de médailles.
01:09 - 50 médailles ? - Non, mais ça c'est une blésentrie.
01:11 - Je me disais, c'est génial ! - Tu ne m'engages jamais sur les nombres de médailles
01:14 parce que c'est un peu faire injure à ceux que je ne citerai pas ou que je ne prévorai pas.
01:19 - Et en athlétisme ? - En athlétisme, on peut avoir des surprises.
01:22 Alors, effectivement, j'ai eu un rendez-vous avec Madame la Ministre au retour de Budapest, immédiatement après.
01:27 On en est convenu que la France n'a jamais été une grande nation d'athlétisme.
01:31 On n'a jamais visé 10, 15 médailles, mais par contre, ça nous est arrivé de faire 3, 4, 5, 6 médailles.
01:36 Et aujourd'hui, on a des chances de médailles, on a des exploits possibles.
01:40 Néanmoins, il faut que les athlètes se servent de l'ambiance du Stade de France, du "home advantage" pour aller...
01:46 - "Home advantage", ça veut dire qu'on est chez nous, à Paris.
01:49 - On est chez nous, on va avoir quelques avantages pour pouvoir aller découvrir le Stade de France en amont.
01:54 Et ça, il faut que les athlètes se servent aussi de la ferveur populaire pour se transcender le jour J,
01:59 aller augmenter leurs résultats possibles.
02:01 - Alors, vous parlez de la ministre des Sports, Amélie Odea-Casterat,
02:04 qui vous a convoquée pour vous remettre un petit peu les pendules à l'heure.
02:08 Elle l'a dit, vous l'avez dit, qu'on n'était pas une grande nation d'athlétisme. Est-ce que vous êtes d'accord avec ça ?
02:13 - Moi, on n'est pas. - Parce qu'il y a quand même des grands champions en France.
02:15 Il y en a eu des grands champions, il y en a eu des meilleurs, la Mélanie.
02:18 - Oui, il faut faire la différence entre avoir des grands champions et être une grande nation d'athlétisme.
02:20 Une grande nation d'athlétisme, ce serait avoir beaucoup, beaucoup de médailles à chaque édition. Ce n'est pas le cas.
02:24 Par contre, effectivement, on a eu des grands champions, on a encore des grands champions.
02:28 Le niveau olympique, aujourd'hui, il est stratosphérique en athlétisme.
02:31 On a une mondialisation de l'athlétisme, avec énormément de nations qui sont concurrentielles pour aller chercher des médailles.
02:36 - Donc, ça veut dire qu'on n'est pas au niveau ?
02:38 - Non, ça veut dire qu'on a une génération qui est en train d'émerger, qui est en train de se faire connaître,
02:44 qui est en train de gagner des médailles, en tout cas de s'en rapprocher.
02:48 Les Thibaut Collet, vous l'avez vu certainement cet été, Déhalys Finaud, Kevin Maillard, qui était absent cet été pour blessure,
02:54 mais qui va tenter de se qualifier la mi-décembre en Australie.
02:58 Nos collectifs, les relais, qui peuvent aussi aller chercher des médailles.
03:02 Toutes ces épreuves sont des... et j'en oublie certainement, mais ils peuvent aller chercher, s'approcher d'une médaille ou aller en chercher une.
03:09 - Alors, on a quand même raté les Mondiaux de Budapest cet été 2023 avec une seule médaille.
03:13 Qu'est-ce qui s'est passé selon vous ?
03:15 - Alors, l'interprétation que j'en ai, encore une fois, c'est peut-être qu'on était encore un peu frais
03:22 et certains athlètes n'ont pas réussi à élever leur niveau de jeu, le jour J.
03:28 Quand on arrive à la 7e, 8e place des bilans, 10e place, forcément on est réduit à l'exploit,
03:34 réduit à vraiment augmenter son niveau le jour J, à se transcender le jour J pour aller chercher une médaille.
03:38 - Et ça n'a pas été le cas. - Et ça n'a pas toujours été le cas.
03:40 - Comment on explique qu'on ne se transcende pas sur des Mondiaux ?
03:43 - Parce que le niveau est exceptionnel. Et quand on arrive, et quand on découvre ça et qu'on est un petit peu trop passif,
03:48 qu'on n'a pas vraiment cette joie d'être là qui fait qu'on se surpasse, ou alors cette volonté de tout déchirer ce jour-là,
03:57 eh bien malheureusement... - Et vous trouvez qu'on n'a pas cette volonté de tout déchirer ?
04:00 - Non, il ne faut pas généraliser. - Alors, comment on fait pour retrouver cette envie-là ?
04:05 - Eh bien, là, on essaie de mettre des choses en place, on essaie de mettre des choses en place dans le suivi des athlètes,
04:10 dans ces stages dont je parlais, qui ne sont pas les seuls stages que l'on met.
04:14 On a eu des regroupements aussi, on a fait un à Saint-Malo en début d'année, on va en refaire un certainement à Tignes au printemps,
04:19 où on fait venir des personnages du sport, inspirants, qui vont nous parler des expériences olympiques.
04:24 - Comme qui, par exemple ? - Alors, Jean Galfion est venu me parler de sa quête olympique de 1996.
04:28 - Rempertchiste. - Rempertchiste, champion olympique en 1996.
04:31 C'est un athlète qui a été très inspirant pour les athlètes, très parlant, avec beaucoup d'anecdotes et beaucoup de faits des années 90.
04:38 Et puis, c'est aussi toute la mise en place d'une cellule optimisation de la performance.
04:43 - Vous faites appel à des préparateurs mentaux ? - Oui, bien sûr. On s'est staffé depuis quelque temps à la Fédération.
04:49 Alors, beaucoup d'athlètes ont ces préparateurs mentaux, ils les ont dans leur staff au quotidien.
04:53 Nous, on s'est staffé dans la cellule optimisation avec des préparateurs mentaux, avec des diéticiens nutritionnistes,
05:00 avec aussi tout ce qui est analyse de la performance vidéo et puis physiologique, parce que ça, on avait du retard.
05:07 Et on s'est staffé depuis un an, un an et demi. Je suis à la Fédération avec l'ODTN Patrick Ranvier
05:11 pour réussir à mettre en place et donner aux sportifs les maximums de chance.
05:16 - Alors, on a entendu que les jeunes n'avaient peut-être plus envie de faire de l'athlétisme au haut niveau. C'est le cas ?
05:23 - Alors, à haut niveau, je ne pense pas, parce qu'à partir du moment où on arrive à un certain niveau, on a envie d'en faire à haut niveau.
05:29 Quelqu'un qui commence la compétition, son plus grand rêve, c'est quoi ? C'est de faire les Jeux Olympiques.
05:33 Donc ça, ce n'est pas un problème. Par contre, aujourd'hui, on se rend compte qu'effectivement, l'athlétisme est un sport qui est difficile,
05:39 qui demande des qualités physiques, qui demande beaucoup d'entraînement, où on ne peut se reposer que sur soi-même.
05:43 Et avec peut-être la sédentarisation des enfants, c'est un sport qui devient de plus en plus dur.
05:48 Et les enfants ont parfois du mal, pas à s'y lancer, parce que c'est un sport qui attire, mais à y rester.
05:55 À un moment, au niveau de l'adolescence, quand les copains prennent un peu la place, on quitte un peu l'athlétisme.
06:01 Mais nous, on fait tout un travail à la Fédération pour les fidéliser.
06:04 - Qu'est-ce que vous faites justement pour redonner envie aux jeunes ?
06:07 - Déjà, c'est déjà par l'exemple. Il faut forcément que nous, je dirais la haute performance, on ait des résultats,
06:14 que les athlètes puissent faire des médailles, que le sport soit toujours aussi beau à regarder, parce que c'est très joli à regarder à la télé, l'athlétisme.
06:21 - C'est tellement génial à suivre.
06:23 - Ça donne envie d'aller voir. Et puis après, pour garder nos sportifs, c'est aussi de les détecter.
06:28 Donc, il y a tout un travail qui commence à être mis en place à la Fédération, où on va faire de la détection des talents,
06:34 pour qu'ils ne s'échappent pas vers notamment les autres sports.
06:36 On a la chance d'avoir une nation où on a énormément d'offres. Le basket, le foot, le handball, le rugby.
06:42 Mais tout ça, c'est volé. Mais tout ça, ce sont des talents qui, potentiellement, pouvaient être à l'athlétisme, mais qui vont vers les sports co.
06:48 Alors, c'est très bien pour eux. Pour nous, c'est un petit peu dommage.
06:51 - Mais à 235 jours des Jeux, est-ce que vous êtes confiant ?
06:54 - Oui, je suis confiant. Parce que je vois des choses qui se mettent en place. Je vois une dynamique énorme au sein de cette équipe de France.
07:00 Je vois des athlètes qui ont un projet qui est clair, qui est structuré, avec des entraîneurs qui sont hyper investis.
07:05 Et puis, une fédération, la haute performance, qui va vers ces athlètes, qui les accompagne.
07:10 On est de façon de plus en plus proximale avec ces athlètes.
07:14 - On embarrasse, dernière question. Combien de médailles minimum ? Allez, minimum !
07:18 - Minimum ?
07:19 - En athlétisme ?
07:20 - Je pense que si on ne fait pas une médaille, on sera moins bien qu'à Tokyo.
07:24 - Une ? Ah, bon non ! On va dire cinq !
07:25 - Cinq ?
07:26 - Cinq médailles en athlétisme.
07:27 - Vous êtes plus ambitieuse que moi, mais c'est bien.
07:28 - Vous reviendrez nous en parler ?
07:29 - Bien sûr, avec grand plaisir. Si il y en a cinq, je reviens.
07:31 - Merci beaucoup Romain Barras d'avoir été avec nous.
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