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00:02 RTL matin
00:06 RTL il est 7h43, excellente journée à vous tous qui nous écoutez. Amandine Bécaud vous recevez donc ce matin la chef de l'Office des mineurs
00:13 la commissaire Gabrielle Hazan.
00:15 Bonjour Gabrielle Hazan.
00:17 Bonjour.
00:17 Et merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur RTL. Vous êtes commissaire et c'est la toute première fois que vous prenez la parole depuis
00:22 la création de l'OFMIN, l'Office des mineurs que vous dirigez donc.
00:26 Office qui a été créé à la fin de l'été,
00:28 inauguré la semaine dernière par la première ministre. Concrètement, quel est son rôle ?
00:32 L'Office mineur c'est un service de police judiciaire avec la particularité c'est qu'il a une compétence nationale.
00:38 C'est la première fois qu'on a créé un service de police judiciaire avec une compétence nationale
00:43 qui est défini non pas en fonction de la qualité de l'auteur mais en fonction de la qualité de la victime. Et ça c'est très
00:49 important puisque on vient dire ainsi que les violences qui sont faites aux enfants
00:53 sont des violences qui sont spécifiques et qu'elles appellent donc un traitement
00:56 particulier de la part des forces de l'ordre. Pour qu'on comprenne bien, ça va des violences
01:00 intrafamiliales, les coups, les incestes, à la lutte contre la pédocriminalité sur internet, en passant par le harcèlement, c'est extrêmement vaste. Il y a un travail,
01:08 vous nous le disiez, d'enquête, d'anticipation, de formation aussi.
01:12 À terme cet office, il regroupera 80 policiers et gendarmes.
01:18 C'est suffisant, 80 policiers, quand on voit l'immensité de votre champ d'action ? C'est pas 85 enquêteurs qui vont pouvoir à eux seuls
01:25 prendre en compte les 160 000 enfants et adolescents qui sont victimes de violences sexuelles chaque année.
01:30 Mais ce qui va changer, c'est la façon qu'on va avoir de travailler,
01:32 puisque l'office va venir en appui des services territoriaux. On travaillera avec eux dans leur dossier,
01:37 en caussésine, pour les aider et pour les faire monter en
01:41 expertise sur ces dossiers. Et on mettra aussi à leur disposition des outils d'aide à l'enquête
01:46 pour qu'on soit capable, partout en France, dans tous les services de police comme de gendarmerie,
01:50 de mieux prendre en compte les victimes.
01:52 Gabrielle, vous rappelez ce chiffre, 160 000 enfants victimes de violences sexuelles. Ils sont terrifiants ces chiffres.
01:57 Un enfant est victime de violences sexuelles toutes les trois minutes en France.
02:01 Le temps de cette interview, neuf minutes, il y aura trois enfants victimes de violences sexuelles.
02:05 Qu'est-ce qu'il faut faire concrètement pour arrêter ça ?
02:08 Depuis que j'ai pris mon poste, je suis marquée
02:12 par un constat. C'est dire que dans la moitié de nos dossiers, on constate qu'un internaute qui va visualiser
02:17 des contenus pédocriminels en ligne, est passé ou passera à l'acte ensuite, en commettant à son tour
02:24 des abus sexuels sur mineurs. En fait, la pédocriminalité en ligne et l'inceste, c'est aujourd'hui le même phénomène criminel.
02:31 Ça veut dire, pour être très clair et très cru, que
02:33 l'homme qui viole sa fille,
02:36 il est d'abord passé par internet.
02:38 Très souvent, dans la moitié des cas, il aura visionné des contenus à outrance, qui auront aussi amené une banalisation
02:44 de cette criminalité. Il sera passé ensuite à l'acte. Pour certains, ils iront même jusqu'à filmer leurs abus
02:51 et les diffuseront en ligne et les échangeront auprès d'autres pédocriminels.
02:55 C'est pour ça que la lutte finalement contre la pédocriminalité sur internet, elle est au moins aussi importante que
03:01 la lutte contre les violences du quotidien intra-familial, par exemple.
03:05 Elle n'est pas aussi importante. En réalité, on parle des mêmes violences.
03:07 C'est bien ça qu'on a aujourd'hui du mal parfois à se figurer. J'ai moi-même été assez marquée
03:12 par ce constat lors de ma prise de poste. Ce sont les mêmes auteurs auxquels on fait face.
03:16 De même qu'on se dirait qu'on ne laisserait pas un adolescent
03:19 seul dans la rue, entouré de dix adultes malveillants, en réalité, il est confronté aujourd'hui au même risque qui est bien réel
03:27 dans la vie virtuelle. C'est pour ça que s'il y a un message à faire passer, c'est d'appeler à la même précaution
03:31 dans nos vies physiques et dans nos vies virtuelles.
03:34 Le travail de l'Office, justement, sur ces images qui circulent sur Internet, ça va consister en quoi ?
03:40 À l'Office, on reçoit chaque jour 700 signalements
03:43 qui sont faits sur Internet de contenus pédocriminels qui sont échangés en ligne en France.
03:49 700 signalements chaque jour, c'est énorme. Comment vous arrivez à traiter tout ça ?
03:53 On fait un travail de tri, d'analyse, d'exploitation.
03:57 Et ces signalements, ensuite, sont partagés. Les signalements les plus sensibles vont faire l'objet d'enquêtes au cœur
04:02 de l'Office et les autres signalements, et c'est tout l'enjeu d'ailleurs de la création d'un Office central,
04:07 c'est d'arriver à les communiquer aux services territoriaux pour qu'ils soient traités aussi par les autres services.
04:11 Ce ne sont pas les 85 policiers, gendarmes et personnels administratifs de l'Office
04:15 qui vont pouvoir à eux seuls prendre en charge toutes les victimes.
04:17 En revanche, il faut qu'on impulse une véritable dynamique et qu'on arrive à spécialiser
04:21 les autres services d'enquête partout en France
04:24 pour qu'ensemble, on puisse prendre en compte mieux ce qu'on fait aujourd'hui, cette délinquance.
04:29 700 signalements par jour, et vous nous le disiez, c'est hyper important d'y attacher de l'importance
04:34 parce que c'est souvent comme ça que commencent les auteurs de violences.
04:38 Exactement. Nous, à partir de ces signalements, on nous signale un contenu.
04:42 L'enjeu pour nous est d'arriver à identifier parmi les internautes qui visionnent ces contenus ceux qui les ont également produits.
04:48 Et pour le dire de façon un peu plus transparente, et j'en suis désolée,
04:52 des gens qui ont abusé et violé des enfants qu'ils auront trouvé très souvent dans leur entourage.
04:57 A 80% dans un entourage familial, c'est très souvent difficile pour un enfant d'aller dénoncer un adulte
05:02 qui fait partie de son cadre de confiance, qui est un adulte référent.
05:06 Et lorsqu'ils le font, ils sont encore aujourd'hui insuffisamment crus et écoutés.
05:10 Donc l'Office, on ira participer à des actions de formation des professionnels qui sont au contact des mineurs
05:15 pour essayer de détecter parmi eux de potentielles victimes.
05:18 Il y a eu ce week-end un papa qui a avoué avoir tué ses trois filles, 4, 10 et 11 ans.
05:24 Ça s'est passé à Alfortville. On a appris que cet homme avait été condamné pour des violences intrafamiliales,
05:28 pour des violences conjugales. Il avait fait l'objet de mesures d'éloignement.
05:32 Cette mesure, elle avait été levée et une garde alternée a été mise en place.
05:36 Je sais bien, vous ne pouvez pas à votre poste commenter une décision de justice, et ce n'est pas ce que je vous demande.
05:42 Mais est-ce que vous comprenez que le grand public soit complètement halluciné de découvrir une affaire comme ça ?
05:47 On a un monsieur qui tue ses trois filles, alors même qu'il a été condamné,
05:51 et qu'on lui a finalement donné la garde alternée de ses enfants.
05:55 Il n'y a pas un moment où il faut qu'on se pose des questions ?
05:58 Je ne poserai pas le travail de la justice et celui de la police,
06:01 surtout que je ne connais pas en l'occurrence les éléments de ce dossier.
06:04 Simplement, je pense que sur ce dossier-là, ça peut être un bon exemple pour nous, pour l'Office,
06:09 d'intervenir, de se poser des questions, de voir comment on aurait pu traiter différemment l'enquête ci-à-matière,
06:15 et de proposer à l'avenir un outil à la disposition de tous les services
06:20 pour obtenir une décision qui nous soit plus favorable à l'issue de la procédure.
06:24 Ces violences contre les mineurs, on l'a souvent dit, elles ont lieu, et vous le redisiez, dans l'affaire familiale.
06:29 C'est d'ailleurs sans doute pour ça que c'est aussi tabou dans notre société.
06:32 Est-ce que finalement, on n'a pas tous un rôle à jouer ? Toute la société ?
06:35 J'en suis convaincue, on a tous un rôle à jouer.
06:39 Vous savez, quand on dit que chaque jour, il y a près de 440 enfants et adolescents
06:42 qui sont victimes de violences sexuelles en France,
06:45 au final, il n'y aura qu'une cinquantaine de faits qui seront portés à la connaissance des forces de l'ordre.
06:49 Donc on a tous un rôle à jouer pour prévenir et surtout pour détecter ces violences.
06:54 Si vous détectez un contenu illicite en ligne, vous pouvez le signaler,
06:59 et c'est même un devoir de citoyen, je dirais, de le signaler aujourd'hui sur la plateforme Pharos.
07:03 Si vous êtes témoin de violences qui se déroulent devant vos yeux,
07:07 le réflexe qui reste à faire, c'est d'appeler le 17.
07:09 Et vous pourrez aussi mettre fin, vous, en tant que citoyen,
07:12 et je pense que ça fait partie de notre mission de citoyen, à des faits qui sont en train de se commettre.
07:16 Et enfin, si vous êtes victime cette fois, ou alors témoin et que vous avez besoin d'échanger,
07:21 il y a un numéro d'écoute, K119, qui est mis à disposition
07:24 et qui fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
07:27 - Gabrielle Hazan, ce ne sont pas des sujets que vous découvrez,
07:29 puisque vous avez été responsable au sein de la Police nationale de la lutte contre les violences intrafamiliales.
07:33 J'imagine qu'on ne s'habitue jamais à ça.
07:35 - Non seulement on ne s'habitue jamais, mais je n'ai aucune envie de m'y habituer.
07:39 Mais en ce qui me concerne, c'est aussi ce qui fait...
07:43 C'est aussi pour ça que je suis rentrée, que j'ai choisi de rejoindre la Police nationale.
07:46 C'est pour avoir un sens au quotidien dans mon métier.
07:50 Donc à chaque fois, c'est vrai, j'ai choisi des postes sur lesquels la recherche de sens était primordiale.
07:56 Et je continuerai à le faire.
07:58 - Merci beaucoup, Gabrielle Hazan, d'avoir été avec nous ce matin.
08:02 Vous dirigez donc, je le rappelle, l'OFMIN.
08:04 Et effectivement, on rappelle ce numéro, le 119, ça c'est pour les violences sur les mineurs.
08:10 Et puis la plateforme Pharos pour signaler tous les contenus sur Internet.
08:13 - Et le 17. - Et le 17, mais ça c'est...
08:14 Le 17, en fait, voilà, on pourrait presque retenir que le 17 qui nous guidera vers autre chose.
08:18 [SILENCE]
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