00:00 C'est notre ressource pour l'année et ce sera réutilisé, recyclé sans aucun problème.
00:03 - On fait tout, on fera tout, oui, il faut tout faire avec.
00:05 - On fait tout avec. - Se laver, tout.
00:07 - Oui, oui, mais vous allez voir, il y a un système de recyclage assez ingénieux.
00:09 Eric Servat, directeur du Centre international UNESCO sur l'eau de Montpellier, est notre invité ce matin.
00:14 - Bonjour Eric Servat. - Bonjour.
00:16 - On est ravis de vous recevoir ce matin dans le 6/9. Vous êtes hydrologue de formation.
00:19 Vous avez dirigé le laboratoire Hydro-sciences de Montpellier de 2001 à 2014,
00:24 créé l'Institut Montpellierain de l'eau et de l'environnement en 2015.
00:27 Et vous avez également été vice-président du pôle compétitivité sur l'eau depuis 2012.
00:34 Quel curriculum !
00:35 Et depuis deux ans et demi, vous dirigez le Centre international UNESCO de l'eau à Montpellier.
00:42 - Absolument. - Un centre international UNESCO à Montpellier.
00:45 Je vais être très franc avec vous, on est beaucoup à l'avoir découvert.
00:47 C'est vous qui avez eu l'idée de la création de ce centre international ?
00:51 - Oui, absolument. Il se trouve qu'il y a quelques années de ça, on s'est dit
00:56 avec un autre de mes collègues, qu'il y avait une opportunité indiscutablement
01:03 pour faire en sorte que la communauté des sciences de l'eau ici à Montpellier,
01:07 qui est une communauté importante, puisse bénéficier d'un logo qui est celui de l'UNESCO,
01:12 qui est un logo extraordinaire, qui est connu dans le monde entier.
01:14 Et donc on a monté un projet avec le soutien de l'université et des organismes de recherche
01:20 ici sur Montpellier pour créer ce centre international.
01:22 - Quelle différence, j'ai envie de vous demander, avec un pôle de compétitivité traditionnel ?
01:27 - Le pôle de compétitivité s'adresse principalement aux entreprises.
01:32 Un centre international UNESCO tel qu'on l'a conçu, nous c'est un rassemblement,
01:37 une fédération de 17 laboratoires qui sont des laboratoires de recherche.
01:42 Donc c'est le monde académique.
01:44 - Que des laboratoires sur Montpellier ?
01:46 - Non, il y a 13 laboratoires sur Montpellier et on a élargi un petit peu.
01:51 Et donc on a des collègues de Perpignan, de Narbonne, d'Alesse et de Nîmes.
01:56 - Oui, alors 17 laboratoires membres de votre centre international et 13 établissements partenaires.
02:02 Je vais en citer quelques-uns, l'INRA, l'Institut Agro, Agro-ParisTech, CIRAD, il y en a énormément.
02:08 Même l'école des mines d'Alesse est partenaire de votre centre international.
02:13 L'idée c'est quoi ? C'est de mettre en commun les travaux, les réflexions de tous ces scientifiques
02:18 et de tous ces chercheurs, des universitaires aussi puisque je crois que l'université de Montpellier
02:22 vous soutient beaucoup également.
02:24 - Absolument.
02:25 Donc l'idée, oui c'est ça, c'est le constat si vous voulez que nous avions fait,
02:29 c'est que la communauté académique dans le domaine de l'eau,
02:33 on va dire à Montpellier, quand je dis à Montpellier c'est Montpellier au sens large,
02:36 était importante, nombreuse et de qualité.
02:40 - Et que les gens ne se parlaient pas forcément ?
02:42 - Mais que les gens...
02:44 Vous savez, quand on est dans une dynamique de laboratoire par exemple,
02:48 on a des objectifs qu'on s'est fixés ou que nous ont fixés les tutelles de nos laboratoires.
02:54 Et en fait ce dont on se rend compte très souvent, c'est qu'on a ici à Montpellier,
02:57 à travers l'ensemble des compétences dans différents domaines scientifiques,
03:01 on a cette capacité à mettre autour de la table des gens qui ont des profils très différents.
03:06 C'est ce qu'on appelle la plurie et l'interdisciplinarité.
03:09 - Oui parce que dans vos domaines de recherche, il y a à la fois l'aspect scientifique,
03:12 santé, chimie, pharmacologie, biologie, écologie,
03:15 mais il y a aussi, j'ai vu, sociologie, mécanique des fluides, robotique,
03:20 cartographie, géosciences, hydrologie, économie,
03:23 il y a énormément de choses, c'est très divers, tout ça,
03:25 mais toujours en rapport avec l'eau, quoi, finalement.
03:27 - Toujours en rapport avec l'eau, c'est ça qui est vraiment très intéressant.
03:30 On comprend bien, en particulier depuis quelques années,
03:32 toute la complexité des sujets qui sont liés à la question de l'eau.
03:36 Et finalement le meilleur moyen d'arriver à traiter cette complexité,
03:40 c'est d'être capable de faire travailler ensemble des gens
03:43 qui viennent de domaines scientifiques différents.
03:45 - Et des géographes par exemple, parce que là où on va manquer d'eau
03:48 quelque part dans le monde, ça va aussi, on commence à l'oublier,
03:50 provoquer peut-être aussi des réfugiés climatiques demain,
03:53 donc qui arriveront ici en Europe ?
03:55 - La question de l'eau est une question universelle.
03:58 Alors en revanche, très souvent, la mise en œuvre des solutions est locale.
04:03 Mais la question de l'eau est universelle.
04:05 Partout dans le monde, on est confronté à des problématiques d'eau,
04:08 que ce soit à cause du manque de ressources
04:10 ou que ce soit à cause d'une eau qui est trop abondante
04:13 et qui notamment, avec des inondations parfois dévastatrices.
04:16 - Oui, on vient de le voir dans le nord de la France,
04:18 parfois on n'en a pas assez et ça on en a trop d'un coup.
04:20 Alors, vous avez une feuille de route, un cahier des charges
04:22 qui est tracé par l'UNESCO, c'est ça ?
04:24 - On a en tout cas de grandes orientations qui sont effectivement tracées par l'UNESCO.
04:29 Quand l'UNESCO a créé le centre de Montpellier,
04:31 c'est le seul centre qui existe en France.
04:33 Il y a des chaires UNESCO, c'est plus petit.
04:35 - Vous êtes unique en France.
04:36 - En France, il y a un seul centre international sur l'eau.
04:38 - Et parmi les premiers centres UNESCO sur l'eau dans le monde aussi.
04:42 - Absolument.
04:43 - Il n'y a pas rien au bout de deux ans d'existence qu'a fait l'UNESCO.
04:45 - Absolument.
04:45 Aujourd'hui, on doit compter parmi les trois ou quatre centres
04:48 les plus importants et les plus actifs
04:50 dans ce que l'UNESCO appelle sa "water family".
04:53 Donc, oui, oui, c'est vraiment...
04:56 Il y a une vraie dynamique ici sur Montpellier qui s'est enclenchée.
05:00 Et l'UNESCO nous a demandé de regarder trois choses en particulier.
05:03 Le monde de la francophonie,
05:05 le monde scientifique de la francophonie et les problématiques liées à l'eau,
05:09 le bassin méditerranéen et le continent africain.
05:12 Et donc, ça n'est pas exclusif,
05:15 mais principalement, nos efforts portent dans ces domaines-là.
05:18 - Alors, quel constat vous faites aujourd'hui, Eric Servat,
05:21 vous et tous les chercheurs et scientifiques avec lesquels vous travaillez ?
05:25 L'eau, c'est devenu véritablement un vrai problème
05:28 et ça va devenir un problème aigu dans les années qui viennent ?
05:31 - Ça va devenir un problème aigu.
05:32 - Un peu une évidence, ce qu'on dit là, mais...
05:33 - Voilà, et si vous voulez, ce qu'on vit depuis deux, trois ans
05:37 va de fait devenir la norme dans les années et les décennies qui viennent.
05:40 On va se trouver confrontés à des sécheresses,
05:43 notamment des sécheresses estivales beaucoup plus intenses,
05:46 des chaleurs fortes, des épisodes qui vont durer plus longtemps que ce qu'on connaissait,
05:51 et des périodes de recharge qui sont moins productives qu'elles ne l'étaient précédemment.
05:56 - Bon, ça on le sait déjà, d'autres avant vous le disent,
05:58 mais là où votre discours est intéressant et diffère un petit peu de celui des autres scientifiques,
06:03 c'est que vous, vous êtes un optimiste.
06:05 Comment il dit l'autre jour au téléphone ?
06:07 - Alors, je pense qu'il faut être optimiste par nécessité.
06:09 Je me définis comme ça, je suis optimiste par nécessité.
06:11 Ce que je crois surtout, c'est qu'il faut être lucide,
06:14 mais que cette lucidité ne doit pas conduire à un renoncement.
06:18 Et donc, il faut être lucide.
06:21 - Qui renonce aujourd'hui ?
06:22 - Alors, vous avez quand même des discours qui sont assez négatifs
06:26 et qui traitent plutôt de l'anxiété,
06:29 et exclusivement de l'anxiété que peuvent générer des difficultés liées à l'évolution du climat,
06:34 sans pour autant mettre en avant le fait qu'il y a des équipes de recherche
06:39 et beaucoup de gens qui travaillent pour faire en sorte que les choses se passent le mieux possible.
06:44 - Parce que l'anxiété, elle est contre-productive ?
06:46 - À mon sens, oui. L'anxiété est contre-productive.
06:48 Encore une fois, il faut être lucide. Il ne faut rien cacher aux gens.
06:51 - Mais vous dites qu'il y a des solutions.
06:52 - Bien sûr qu'il y a des solutions.
06:53 Il y a des solutions qui sont alors d'abord des solutions comportementales.
06:57 Il faut que notre regard change par rapport à l'eau.
07:00 On a invisibilisé l'eau depuis des décennies, puisque on en a jamais manqué.
07:03 Et l'eau est partout. Si vous êtes partout, vous n'êtes nulle part.
07:06 Et donc, ça, il faut que ça change.
07:08 Il faut qu'on soit plus efficace dans notre utilisation de l'eau.
07:10 Et puis à côté, vous avez dans les laboratoires et dans les services techniques, des régies, etc.,
07:15 vous avez une multitude de gens qui, tous les jours,
07:18 travaillent pour trouver des solutions, identifier des voies de passage dans cette complexité qui est devant nous,
07:23 et donc qui travaillent vraiment de manière très positive.
07:26 - Réutiliser des eaux, des processus de désalinisation de l'eau de mer aussi,
07:31 on en parle beaucoup depuis longtemps, mais on a l'impression que ça ne aboutit pas, ces histoires-là.
07:34 - Alors, la réutilisation des eaux usées, la France était très en retard.
07:37 Les choses devraient s'améliorer.
07:39 En tout cas, on nous a dit que petit à petit, les contraintes réglementaires allaient se desserrer.
07:43 Mais là, il y a un potentiel, effectivement, pour réutiliser les eaux usées traitées.
07:48 J'insiste sur le terme "traitées". Elles sont déjà traitées quand on les réutilise.
07:52 Parce que parfois, ça pourrait faire peur un peu aux gens.
07:55 Mais, et puis, vous avez d'autres techniques.
07:56 On parle de la recharge artificielle des nappes,
07:58 on parle de la désinperméabilisation des sols,
08:01 de façon à privilégier l'infiltration et la recharge des nappes.
08:05 On parle de ralentir les écoulements, là aussi, pour favoriser l'infiltration.
08:10 Donc, il y a énormément de techniques et de sujets sur lesquels les scientifiques travaillent
08:15 pour essayer d'identifier des solutions.
08:16 - Mais ça ne se met pas en place, tout ça ne se met pas en place, évidemment, du jour au lendemain.
08:19 - Non, c'est long.
08:20 - Oui, mais sur l'aspect comportemental, ce que nous, au quotidien, on peut faire,
08:24 on dit "ouais, bon, allez, je vais arrêter de laisser que l'eau couler quand je me brosse les dents", par exemple.
08:27 - Par exemple.
08:28 - Mais certains disent aussi "ouais, mais c'est pas à mon niveau que ça se joue".
08:32 Mais c'est une erreur de penser ça, de se comporter comme ça ?
08:36 - Oui, c'est une erreur parce que, effectivement, les marges principales
08:40 ne sont pas dans l'utilisation domestique de la ressource en eau.
08:44 Mais il y a quand même des marges.
08:45 Et donc, il faut être conscient de ça.
08:47 Et je pense que ce qu'il faut, c'est revenir sur cette notion d'efficacité.
08:51 On dit sobriété.
08:52 Disons d'abord efficacité, c'est-à-dire que chaque goutte d'eau utilisée
08:56 doit être utilisée de la manière la plus efficace qu'il soit.
08:59 - Pardonnez-moi, mais c'est quoi la différence entre sobriété et efficacité ?
09:01 - La différence ? La sobriété, ça va être "il faut économiser 10%", ok ?
09:04 Et on économise 10% où ? Partout, de manière...
09:07 Tandis que si vous êtes efficace dans chacune des gouttes d'eau que vous allez utiliser,
09:12 vous viendrez à la sobriété.
09:13 Et donc, vous allez être... L'efficacité, il va falloir l'atteindre par différents moyens,
09:19 selon que vous êtes chez vous, effectivement, selon que vous êtes agriculteur,
09:23 selon que vous êtes industriel, vous avez des process à mettre en place qui ne vont pas être les mêmes.
09:28 - Eh bien, il y a du pain sur la planche pour le Centre International UNESCO de Montpellier.
09:33 - Absolument.
09:34 - Merci d'être venu nous en parler.
09:35 Éric Servat, quelque chose me dit que vous reviendrez dans ce studio.
09:38 - Avec plaisir, merci à vous.
09:39 - Merci beaucoup.
09:40 Vous retrouvez cette interview sur notre site internet FranceBank.
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