00:00 [Musique]
00:09 Bonjour à toutes, bonjour à tous.
00:12 Très heureux de vous retrouver pour ce nouveau numéro de Parole Directe.
00:17 Dans cette émission aujourd'hui, nous nous intéressons au statut précaire des auxiliaires de vie scolaire,
00:24 mais aussi celui des employés de vie scolaire.
00:27 Leur statut est précaire car le contrat est renouvelable tous les ans pour une durée maximale de 6 ans.
00:35 Véronique verra le sien s'interrompre dans quelques mois.
00:40 Elle a accepté de répondre à mes questions.
00:43 Dans la troisième partie de l'émission, elle nous fera justement le bilan de son expérience.
00:50 Une deuxième partie nous permettra de revenir sur la conférence de presse qui s'est tenue au Trinqué moderne de Bayonne le 13 mai dernier
01:01 et qui revenait sur le statut précaire justement des AVS et EVS.
01:08 Mais tout de suite, Véronique va nous faire son parcours.
01:12 [Musique]
01:14 Véronique, bonjour.
01:15 Bonjour Hugues, je voulais vous faire parvenir que j'étais ravie de répondre à vos questions.
01:20 Merci à vous d'avoir accepté mon invitation.
01:23 Alors expliquez-moi en quelques mots ce qui vous a donné envie de devenir AVS.
01:29 Lors d'un stage de sensibilisation au monde social, j'ai eu l'opportunité d'assister à un atelier cuisine avec des adultes handicapés.
01:37 Cette activité a été menée par une conseillère en économie sociale familiale de la maison de la vie citoyenne de Bayonne
01:43 en partenariat avec une éducatrice spécialisée.
01:46 J'ai trouvé cette expérience très enrichissante, notamment dans l'approche relationnelle avec le public handicapé.
01:51 Les échanges étaient authentiques et réciproques.
01:54 Et comment s'est passé votre recrutement plus précisément ?
01:59 Donc suite à cette expérience, j'ai postulé pour un poste de remplaçante AVS.
02:04 À ce moment-là, c'était en 2002, les auxiliaires de vie scolaire étaient recrutés par une association de PAU,
02:11 l'AGPI, Association Guidance Parentale Infantile.
02:13 Étant donné que je recherchais un emploi dans le social et que je n'avais pas de qualification précise dans ce secteur,
02:20 mis à part les expériences professionnelles précédentes comme aide à domicile auprès de personnes âgées,
02:25 stages que j'avais effectués dans un centre d'éducation et une maison de quartier,
02:29 je ressentais quand même une attirance vers les métiers du social.
02:34 Donc suite à ma candidature, j'ai été convoquée à un entretien pour ce poste.
02:38 L'entretien s'est bien déroulé.
02:39 J'ai été retenue et de là a commencé l'émission d'AVS.
02:44 En 2003, lorsqu'il y a eu suppression des contrats emploi jeunes sous lesquels étaient recrutés les AVS,
02:50 c'est l'Éducation Nationale qui a repris la gestion du dispositif.
02:53 Donc par la suite, j'ai été recrutée par l'Éducation Nationale, donc j'ai eu un autre entretien.
02:58 Et avez-vous reçu une formation ?
03:01 Lors de mon poste avec l'association, donc dans mon premier poste,
03:05 j'aurais pu accéder à une formation qualifiante d'aide médico-psychologique.
03:08 Toutefois, ayant un statut de remplaçante, je n'ai pas pu faire la formation.
03:12 Ensuite, lorsque j'ai été recrutée par l'Éducation Nationale,
03:15 j'ai pensé pouvoir accéder à une formation qualifiante,
03:18 mais notre statut est précaire et les formations sont très rares.
03:21 Je le disais en ouvrant cette émission et vous nous le répétiez à l'instant,
03:26 votre contrat est précaire, tout comme celui des employés de vie scolaire.
03:32 Mais dites-nous, quelle est la différence entre ces deux contrats, car il y en a une quand même ?
03:38 Alors effectivement, le statut des AVS et EVS reste précaire,
03:42 en sachant que les premiers postes ont été des postes d'oxygène de vie scolaire, donc AVS,
03:47 et par la suite, il a été mis en place au départ pour des interventions
03:52 et des accompagnements au niveau des maternelles,
03:55 et pour compléter un petit peu, pour aider les collèges et lycées
04:01 dans tout ce qui était tâches administratives.
04:04 Je remarque que nos postes d'AVS diminuent et les postes d'EVS augmentent,
04:10 mais sous des statuts plus précaires.
04:12 Donc les AVS sont recrutés sous un statut d'assistant d'éducation,
04:16 le même statut que les surveillants de collèges et lycées,
04:19 avec une mission spécifique d'accompagnement des élèves handicapés.
04:23 Cela correspond, selon les inspections académiques des départements,
04:26 à un contrat de trois ans renouvelable deux fois,
04:28 ou alors un contrat de un an renouvelable six fois,
04:31 en sachant que le contrat peut à chaque fois changer
04:35 selon l'élève que l'on accompagne et la décision de la maison départementale
04:40 des personnes handicapées de la commission.
04:42 Nous avons des missions spécifiques en milieu scolaire,
04:44 et malgré cela, nous n'avons aucune possibilité d'évoluer au long de notre parcours,
04:49 et la reconnaissance de nos missions est très limitée.
04:52 Une loi existe depuis février 2005, effectivement,
04:55 favorisant l'intégration des élèves handicapés en milieu ordinaire
04:58 avec un accompagnement prévu si besoin.
05:00 Malgré cela, les postes d'auxiliaires du scolaire n'ont pas été pérennisés,
05:03 et le ministère de l'Éducation nationale ne donne pas de moyens financiers suffisants
05:07 pour faire évoluer le dispositif,
05:09 et ainsi faciliter le quotidien des élèves et des parents.
05:12 Nous avons assisté ensemble, le 13 mai dernier,
05:18 à une conférence de presse au trinquet moderne de Bayonne,
05:24 qui revenait sur le statut précaire des AVS et EVS.
05:29 La question des heures de formation avait été abordée,
05:34 avec le chiffre de 60 heures.
05:37 Pour vous, est-ce que c'est suffisant ?
05:40 Ce n'est pas vraiment une formation.
05:42 Pour moi, c'est une information.
05:44 Donc, ça consiste en des renseignements,
05:46 par des sessions, le mercredi après-midi,
05:48 avec des interventions de spécialistes.
05:51 Moi, je pense que c'est une information
05:55 que l'on peut se procurer personnellement,
05:59 par Internet, ou par des livres,
06:02 ou on peut faire des recherches personnellement.
06:04 Je tiens à préciser quand même qu'avant ces modules d'information,
06:08 on est souvent affecté sur des missions sans connaître beaucoup d'éléments,
06:11 seulement le nom et le prénom de l'élève.
06:13 Il est judicieux quand même de s'informer au préalable quand c'est possible.
06:16 Parfois, on connaît son infectation très peu de temps avant le début de l'accompagnement,
06:20 et cela reste difficile,
06:22 car on est quand même isolé sur nos postes.
06:25 Pour moi, cette formation n'est pas suffisante.
06:27 À la demande des auxiliaires de vie scolaire,
06:29 des formations au premier secours ont été mises en place,
06:32 car je trouve, et beaucoup de collègues trouvaient que c'était indispensable
06:36 pour effectuer des missions d'accompagnement de publics jeunes et handicapés.
06:39 Personnellement, je pense qu'il faudrait mettre en place des formations sous forme de modules.
06:44 Par exemple, un module "Comment communiquer avec les parents",
06:47 l'approche psychologique d'un enfant handicapé,
06:49 les gestes techniques, la relation d'aide, la relation accompagnant/accompagnée.
06:54 Après, ces modules, si c'était mis en place,
06:57 ça nous permettrait de faire une validation des acquis de l'expérience
07:00 ou d'obtenir des équivalences pour accéder à des diplômes qualifiants.
07:04 Bien sûr, en reconnaissant notre mission comme une profession à part entière
07:07 qui demande des compétences dans de nombreux domaines.
07:11 Quel message voudriez-vous faire passer aux ministres de l'éducation nationale,
07:18 si jamais ils nous écoutent ?
07:20 Malgré les besoins qui augmentent au fur et à mesure des années,
07:23 le ministère de l'éducation nationale n'a pas la volonté financière
07:26 de mettre plus de moyens pour favoriser l'accueil des élèves handicapés,
07:29 ça je tiens à le dire.
07:31 Ils ne prennent pas assez en compte la pertinence d'un suivi
07:34 et le travail effectué par l'auxiliaire durant quelque temps,
07:37 car la relation aidée/aidant ne se fait pas en un jour.
07:40 De plus, selon le parcours scolaire de l'élève,
07:43 cela nécessite tout de même des capacités intellectuelles développées.
07:47 Et le salaire est très inférieur par rapport à ce que l'on exige de nous
07:50 parfois sur certains accompagnements.
07:52 Par exemple, vous, combien vous touchez par mois ?
07:59 Je touche 1095 euros par mois.
08:04 De combien il faudrait l'augmenter à peu près ?
08:07 Je pense qu'il faudrait l'augmenter dans la mesure où on nous donnerait
08:11 l'opportunité de nous former.
08:13 Là, c'est vrai qu'ils ne peuvent pas prétendre nous augmenter
08:16 car on n'a pas vraiment de formation spécifique.
08:19 Donc après, là-dessus, je ne sais pas trop m'avancer.
08:22 Je pense que 1300 euros seraient décent.
08:25 Quel conseil voudriez-vous donner, prodiguer à une personne
08:30 qui voudrait devenir AVS ?
08:33 Je dirais qu'il faut être dynamique, il faut être positif, toujours positif,
08:39 et solide psychologiquement.
08:41 Il faut aussi aimer travailler en équipe et en réseau.
08:44 C'est très important pour que l'élève se sente à part entière
08:49 intégré dans l'établissement.
08:51 Est-ce que ça vous est déjà arrivé de vous dire,
08:55 vu toutes les contraintes que vous nous expliquez à travers cette interview,
09:00 "Merci, j'arrête, je démissionne" ?
09:04 Ça m'est arrivé, surtout par rapport à la non-reconnaissance de nos missions.
09:09 Après, par rapport aux missions que j'effectue, au travail que j'effectue,
09:14 j'ai toujours pris plaisir à venir accompagner l'élève
09:19 et à avoir des contacts et des relations très enrichissantes
09:24 avec les élèves, les enseignants, mais aussi les spécialistes.
09:29 Votre contrat prend fin dans quelques mois.
09:33 Quels souvenirs garderez-vous de cette expérience ?
09:38 Alors, j'en retiendrai déjà beaucoup de bonnes choses,
09:42 en sachant que j'aime ce que je fais et que j'arrête malgré tout,
09:48 malgré moi en fait, pour expliquer.
09:51 Si ce n'était que moi, je continuerais à accompagner des élèves.
09:56 Chaque élève est particulier, mais il y a un échange qui se fait
10:02 et c'est très enrichissant.
10:04 De plus, avec les équipes, ça permet aussi d'aller de l'avant
10:09 pour arriver à ce que l'élève soit bien.
10:13 Voilà, moi, j'en retire que des bonnes choses.
10:16 Alors, quels sont vos projets ?
10:18 Actuellement, je suis en BTS, deuxième année, Economie sociale et familiale,
10:24 justement pour pouvoir continuer à accompagner les personnes en difficulté.
10:28 Par contre, cet accompagnement sera plus axé sur la gestion de la vie quotidienne de la personne.
10:32 En fait, j'ai choisi cette filière car je ne voyais pas trop comment évoluer
10:36 sans un diplôme reconnu et n'ayant pas la possibilité de continuer
10:40 à être auxiliaire de vie scolaire.
10:42 Donc, j'ai choisi de me former dans ce sens-là parce que j'y tiens.
10:47 A l'heure d'aujourd'hui, je sais que je veux travailler dans l'accompagnement des publics en difficulté.
10:54 Par rapport à mon contrat qui arrive à échéance,
10:57 je tiens quand même à préciser qu'il arrive à échéance le 16 novembre 2009,
11:01 donc en cours d'année.
11:03 Actuellement, j'accompagne un élève en terminale bac pro secrétariat
11:07 qui passe le bac en juin.
11:09 Je reste tout de même sur un sentiment d'abandon et d'inachevé
11:14 quant à la finalité imposée de mon contrat.
11:16 Et bien sûr de ma mission auprès de l'élève.
11:18 Merci beaucoup Véronique d'avoir répondu à mes questions.
11:22 Et merci beaucoup à vous, chers auditeurs, d'avoir suivi cette émission.
11:28 Je voudrais également signaler que j'avais invité à ce même micro
11:33 le proviseur du lycée Paul-Bert de Bayonne,
11:36 où exerce Véronique en tant qu'AVS depuis l'année dernière.
11:40 Mais il a décliné mon invitation.
11:43 Voilà, c'est à présent terminé.
11:46 Je vous retrouve très vite pour un nouveau numéro de Parole Directe.
11:51 Bonne fin de journée.
11:53 [Musique]
12:21 *musique*
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