00:00 Oui parce que l'actualité nous l'a montré encore récemment, il y a une semaine on n'apprenait qu'un sénateur
00:05 avait, il y a une enquête, drogué une collègue à l'Assemblée en vue de l'agresser sexuellement.
00:10 Cette femme a parlé, elle a raconté. Bonjour Bérangère Couillard.
00:14 Bonjour.
00:14 La clé c'est la prise de parole des femmes.
00:16 Oui, que les femmes puissent parler. Elles ont beaucoup voulu parler, mais c'est qu'on ne les écoutait pas.
00:22 Et donc la société en tous les cas évolue, c'est bien heureux, et on met aussi tout en place, le gouvernement met tout en place,
00:32 pour faire en sorte que la parole puisse être libérée et pour ça on forme notamment nos forces de l'ordre au recueil de la parole
00:40 et au fait qu'ils puissent être évidemment à l'écoute des femmes qui viennent les voir.
00:44 Alors c'est ainsi qu'on peut expliquer d'ailleurs le nombre de condamnations pour viol qui a augmenté de plus de 40% entre 2017 et 2021.
00:51 Plus on parle, plus on déplace plainte, plus on punit.
00:54 Exactement, c'est tout à fait ça parce que justement elles se sentent rassurées, elles peuvent parler,
00:59 et donc quand on a des dossiers bien constitués aussi, des plaintes bien faites,
01:04 forcément ça a plus de chances d'aboutir quand on passe en justice.
01:07 Alors, et on le disait, il y a un autre chiffre qui a stagné hélas cette année, Bérangère Couillard, 118 femmes tuées en 2022,
01:15 parmi elles 24 avaient signalé des violences. À quel niveau de la chaîne cela a pêché selon vous ?
01:21 Écoutez, les problématiques sont diverses. 118 femmes, déjà vous dire évidemment nous ne sommes pas satisfaits des résultats,
01:27 95 depuis le début de l'année, c'est pour ça qu'on continue à déployer des dispositifs.
01:32 Lorsque nous avons fait le Grenelle des violences conjugales, on a mis en place beaucoup, beaucoup de choses.
01:36 On est en train de regarder quatre ans plus tard, qu'est-ce qu'on peut encore améliorer justement pour faire en sorte que les femmes puissent partir par exemple plus facilement.
01:44 Par exemple aujourd'hui, c'est 7 allers-retours en moyenne pour que les femmes partent de leur domicile.
01:48 C'est énorme.
01:49 On sait à ce moment-là qu'il y a le passage à l'acte et que les féminicides arrivent.
01:54 Et donc c'est pour ça qu'on déploie notamment le Pacte Nouveau Départ, c'est dans cinq départements pilotes.
02:00 Ça va permettre d'avoir un agent de la CAF qui va coordonner le départ des femmes avec l'aide des associations locales.
02:06 Parce qu'en fait aujourd'hui, vous savez, une femme si elle ne part pas, il y a évidemment la notion d'emprise,
02:10 mais c'est aussi parce qu'il y a des contraintes administratives pour trouver un logement, pour la garde des enfants, pour les démarches juridiques.
02:16 Et donc ça va être facilité justement avec cet agent de la CAF qui va leur faciliter le départ.
02:21 Et donc ce qu'on souhaite, c'est limiter le nombre d'allers-retours et faire en sorte de sauver des vies.
02:25 Est-ce qu'il y a une somme déjà allouée à ces femmes, Bérangère Couillard ?
02:28 Ça démarre le 1er décembre, si je ne dis pas de bêtises, ce pacte.
02:32 Alors le Pacte Nouveau Départ, c'est déjà en place dans cinq départements.
02:36 Donc ça c'est une chose.
02:38 Et il y a également l'aide d'urgence.
02:40 Cette aide d'urgence, c'est dans tous les départements à partir du 1er décembre.
02:44 C'est une aide qui va aller de 243 euros à plus de 1300 euros en fonction de la situation familiale
02:50 et de revenus de cette femme qui souhaite quitter le domicile.
02:54 Et donc il suffira simplement d'avoir une plainte ou une ordonnance de protection.
02:58 Et la somme se débloque par la CAF en trois à cinq jours ouvrés, ce qui est très rapide.
03:04 Et ce qui permet justement d'advenir aux premières dépenses nécessaires au départ de ces femmes.
03:10 C'est sans restriction en termes de dépenses ? On peut dépenser comme on veut ?
03:13 On a cette aide et après on en fait ce qu'on veut.
03:17 Et ces femmes, vous savez, ce dont elles ont besoin, c'est des fois de racheter un matelas,
03:21 de racheter des éléments pour leurs enfants.
03:22 Parce que quand elles partent, malheureusement elles partent souvent avec quelques affaires seulement
03:26 parce qu'il faut partir dans l'urgence.
03:27 Il faut partir très vite et puis vous l'avez évoqué,
03:29 cet aller-retour en moyenne, ce qui est colossal.
03:32 Et on imagine à quel point il doit être difficile d'être pragmatique,
03:35 de penser à la logistique quand on veut partir justement.
03:37 C'est ça, on part avec quelques affaires.
03:39 Souvent on demande aux enfants de choisir aussi les quelques affaires qu'ils préfèrent prendre.
03:43 Donc c'est vrai que leur redonner un cadre de vie agréable,
03:47 dans 8 cas sur 10, ce sont des femmes avec des enfants.
03:50 Et donc évidemment il faut qu'on pense à tout ça et c'est pour ça qu'on permet cette aide.
03:54 En plus du Pacte Nouveau Départ, vous savez, on essaye de penser à tout ce qui manque
03:58 pour faire en sorte que les femmes puissent être sauvées
04:01 et donc baisser le nombre de finici... de façon vraiment significative.
04:05 De façon significative, on en reparlera peut-être dans un an pour faire un nouveau bilan.
04:09 Alors Elisabeth Borne a pris le métro hier soir à Paris
04:13 pour lancer une campagne contre les violences sexistes, sexuelles dans les transports.
04:17 Là qu'est-ce qu'on peut faire ? Parce que c'est vrai qu'il n'y a pas une Parisienne qui a coupé.
04:21 Pas une Parisienne et pas beaucoup de Françaises non plus.
04:23 Vous savez, dans 9 cas sur 10, une femme a subi une agression sexiste ou sexuelle
04:29 dans les transports en commun.
04:31 Donc on peut dire quasiment toutes les femmes.
04:33 Des propos vraiment désagréables à beaucoup plus grave.
04:35 Des propos désagréables, voire agressions sexuelles ou même viols.
04:39 Et donc ce que nous souhaitons, c'est faire réagir ceux qui entourent ces femmes.
04:45 Vous savez, quand une femme est victime de ce type d'agression,
04:50 souvent il y a des personnes dans le même wagon de métro.
04:54 Et aujourd'hui, je comprends, il y a une certaine appréhension d'intervenir,
04:58 mais en fait ce qu'on veut leur faire comprendre, c'est de lever les yeux.
05:01 Lever les yeux, c'est lever les yeux sur un smartphone,
05:03 souvent parce que beaucoup, évidemment, se replient sur eux-mêmes.
05:06 Et c'est aussi de s'impliquer.
05:08 C'est-à-dire quand on est plusieurs à venir auprès de l'agresseur et à le cerner,
05:13 c'est beaucoup plus facile, en tous les cas, de le faire reculer.
05:16 Et donc il faut aussi s'imprégner de ça et se rendre compte
05:19 que chacun peut avoir un rôle à jouer.
05:21 Et au-delà de ça, levons les yeux, c'est aussi d'avoir un lien,
05:24 ce lien sur une application qui permet d'avoir les premières indications.
05:28 C'est-à-dire que la personne, évidemment, si elle ne peut pas intervenir
05:31 parce qu'elle se sent en danger, et on peut tout à fait le comprendre,
05:33 elle peut par contre le signaler.
05:35 Et le signaler à les agents de sûreté de la RATP,
05:38 à la police, gendarmerie, en fonction d'où elle est.
05:40 Et donc c'est très important que chacun s'implique,
05:43 au moins dans le signalement de faits qu'ils peuvent voir.
05:46 - Vous êtes optimiste, Bérengère Coyard,
05:48 vous croyez vraiment que les gens vont parvenir
05:50 à regarder un peu davantage autour d'eux, de signaler ?
05:53 - Oui, parce que je crois qu'il y a l'envie d'agir, en fait.
05:57 Et c'est qu'on est en train vraiment de...
05:59 La société est de plus en plus sensibilisée à ces questions.
06:02 Et donc pour beaucoup, ça devient de plus en plus insupportable,
06:05 ce genre d'agissement.
06:07 Mais certains ne savent pas quoi faire, et sont pris aussi par la peur
06:10 de savoir qu'est-ce que fera l'agresseur.
06:13 Et donc je pense qu'en donnant collectivement une responsabilité,
06:17 c'est beaucoup plus facile pour chacun d'agir.
06:19 - Et on vous remercie d'être venu en parler ce matin sur Europe 1,
06:22 Bérengère Coyard, j'imagine que vous avez une longue journée
06:25 - C'est une belle journée. - Merci à vous.
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