00:00 ça peut être un soulagement et une joie d'être lesbienne.
00:02 Je m'appelle Iris Bray, je suis la réalisatrice de la série Split
00:06 qui sort le 24 novembre sur France TV Slash
00:08 et je viens parler de la visibilité des lesbiennes dans les médias,
00:12 et au cinéma, et dans les séries.
00:13 Je pense que le cinéma lesbien, il est méconnu du grand public
00:17 parce qu'on a manqué d'œuvres qui ont pu vraiment
00:20 fédérer un grand nombre de personnes.
00:22 Je pense par contre que pour les séries,
00:24 on a connu un grand succès qui est The L Word
00:27 et je pense que c'est plus à travers le médium sériel
00:29 qu'on s'est fait connaître.
00:30 Pourquoi est-ce qu'on a très peu de récits lesbiens au cinéma ?
00:33 Je pense que c'est parce que nos récits sont considérés
00:37 comme minoritaires, comme des sujets niches
00:40 et comme des sujets qui ne pourraient pas intéresser
00:44 les spectateurs et les spectatrices hétérosexuelles,
00:47 sauf quand c'est réalisé par un homme,
00:50 comme Kéchiche qui va avoir une palme d'or.
00:52 Je pense que c'est triste qu'on ait assez peu de récits
00:56 portés par des réalisatrices lesbiennes
00:59 et je pense que c'est assez triste que les personnes
01:01 qui soient les personnes décisionnaires
01:03 dans la chaîne de cinéma ne fassent pas confiance
01:06 aux femmes lesbiennes pour leur donner la place,
01:09 pour qu'elles racontent leurs séries.
01:11 Aux États-Unis, il y a certains films lesbiens
01:14 qui sont vraiment cultes et ces films lesbiens cultes,
01:16 ils n'ont pas forcément circulé jusqu'en France.
01:19 Je pense par exemple aux films Watermelon Woman
01:22 de Cheryl Darnier ou Go Fish de Rose Trochet
01:25 ou But I'm a Cheerleader de Jamie Babbitt.
01:29 Ce sont des films qui ont vraiment connu
01:32 une très grande exposition aux États-Unis
01:34 et qui sont devenus cultes.
01:35 Je n'ai pas l'impression qu'en France,
01:37 on ait des films cultes à part peut-être le film Olivia,
01:41 qui est le premier film lesbien français,
01:43 mais ça date déjà un peu.
01:44 Je ne sais pas si c'est une de mes luttes
01:46 que les films lesbiens aient leur place
01:48 dans le monde du cinéma.
01:50 En fait, je pense qu'ils ont eu leur place dès le début,
01:52 mais c'est juste qu'on n'avait pas compris
01:54 que c'étaient des films lesbiens.
01:56 Parce que si on regarde par exemple une cinéaste
01:58 qui s'appelle Germaine Dulac,
01:59 qui est la première personne à avoir fait un film surréaliste,
02:03 dans tous ses films, on comprend qu'elle critique
02:07 l'hétérosexualité et l'hétéronormativité.
02:10 Et pourtant, elle ne pouvait pas dire qu'elle était lesbienne,
02:13 ce n'était pas su.
02:14 On l'a compris après, grâce à des correspondances,
02:17 grâce à un travail théorique qui a été redécouvert.
02:19 Mais si on regarde l'histoire du cinéma,
02:21 tous ces films-là existaient,
02:23 de la même manière que Chantal Ackerman
02:25 a fait des très grands films.
02:26 Et elle a un peu disparu du canon
02:28 jusqu'à ce que Jeanne Dillman, cette année,
02:31 retrouve sa place.
02:32 Alors Jeanne Dillman n'est pas un film lesbien,
02:33 mais Je tue il/elle/lais.
02:35 Et Chantal Ackerman est une cinéaste lesbienne
02:38 qu'ils revendiquaient,
02:39 et qui pour moi est aussi importante que Jean-Luc Godard,
02:42 pourtant est beaucoup moins connue que Jean-Luc Godard.
02:44 C'est vraiment une cinéaste qui a réinventé la forme filmique,
02:48 et pourtant, aujourd'hui, elle n'est pas enseignée
02:51 partout dans le monde, et surtout pas en France.
02:53 Et on a très peu de rétrospectives de films de Chantal Ackerman.
02:57 Alors cette année, c'est la 29e édition du Festival Chéri Chéri,
03:01 qui essaye de mettre en avant les productions de court-métrages,
03:04 de longs-métrages, de documentaires,
03:06 consacrées aux personnes LGBTIQI+.
03:09 Le festival commence le 18 novembre et se termine le 28 novembre.
03:13 Je présente Split le samedi 18.
03:15 On pourra retrouver une parité dans la programmation
03:18 entre les films lesbiens et les films gays.
03:20 Ma série s'appelle Split.
03:22 Elle raconte l'histoire de Anna, qui est une cascadeuse de 30 ans
03:25 qui va tomber amoureuse de la star de cinéma qu'elle double,
03:29 qui s'appelle Eve, pendant le temps d'un tournage.
03:32 C'est une série où j'avais envie qu'il y ait très peu de conflits externes,
03:35 où elles n'avaient pas besoin de se battre contre tout le monde pour s'aimer.
03:39 J'avais envie qu'elles aient l'espace, en fait, vraiment, de se rencontrer.
03:43 Et donc, c'est une série un peu utopique,
03:46 parce que j'avais envie que ce soit une série qui fasse du bien
03:49 et qui donne envie de tomber amoureuse d'une fille.
03:52 Je pense que le message que je souhaite faire passer dans Split,
03:56 c'est que la joie des lesbiennes est politique.
03:59 Et comme le dit le personnage d'Eve, et c'est une citation tirée d'Alice Coffin,
04:03 que ça peut être un soulagement et une joie d'être lesbienne.
04:05 Je ne sais pas quel est le futur du cinéma lesbien,
04:08 mais j'ai déjà l'impression qu'on voit une vague de réalisatrices lesbiennes en Angleterre,
04:13 qu'on est déjà en train de nommer la nouvelle vague du cinéma anglais.
04:16 Donc, je crois que j'ai assez d'espoir.
04:19 Pour ce qui se passe outre-Atlantique.
04:21 Et je pense que j'ai aussi beaucoup d'espoir pour ce qui se passe en France.
04:24 Parce que j'ai vu qu'il y avait plusieurs premiers longs-métrages
04:27 de réalisatrices lesbiennes qui étaient en train d'être financées.
04:30 Et donc, je pense que les années à venir vont être plus riches
04:34 en termes de récits lesbiens.
04:35 En tout cas, je l'espère.
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