00:00 Il y avait quand même une homophobie d'État.
00:02 Les PD, on les aime dans les placards.
00:04 Morts, c'est parfait quand ils sont morts,
00:06 mais surtout qu'ils ne sortent pas des placards
00:09 et qu'ils n'aillent pas draguer dans l'espace public.
00:11 J'ai vraiment été accusé, culpé, condamné trois fois.
00:25 Le Manhattan, c'est le nom d'un bar gay à Paris.
00:29 Un bar bordel, comme on disait,
00:31 où il y avait une sexualité débridée qui venait des États-Unis,
00:35 une sexualité de groupe plutôt hard.
00:38 Et donc j'ai été arrêté lors d'une soirée par des policiers
00:41 qui s'étaient infiltrés, qui ont fait une provocation,
00:45 qui, à mon avis, ont participé avec nous à nos ébats.
00:48 Et d'un seul coup, la lumière s'est éclairée.
00:50 Police.
00:51 Et donc on a tous été embarqués.
00:53 On a été menottés.
00:54 On a après été dans des fourgons policiers
00:58 et on a été transférés au quai des Orfèvres,
01:02 à la police judiciaire.
01:03 On a été interrogés les uns après les autres, toute la nuit.
01:07 Et donc j'ai quitté le quai des Orfèvres au petit matin.
01:10 En plus, les homosexuels ont été perçus comme des malades mentaux
01:15 par l'Organisation mondiale de la santé.
01:17 Tout était contre nous, la religion, les lois étaient très en retard.
01:21 Il y avait quand même une homophobie d'État.
01:23 C'est-à-dire que les pédés, on les aime chez eux,
01:28 dans les placards, morts.
01:30 C'est parfait quand ils sont morts,
01:32 mais surtout qu'ils ne sortent pas des placards
01:34 et qu'ils n'aillent pas draguer dans l'espace public.
01:36 Donc on a été condamnés en première instance
01:39 au tribunal de grande instance de Paris en 1978.
01:44 Nous avons fait appel à la grande surprise du parquet parisien.
01:50 Et alors, le top du top, nous sommes pourvus en cassation.
01:53 C'est-à-dire que pour la première fois en France,
01:56 des pédés allaient jusqu'en cassation.
01:58 Alors on ne le disait pas gay, on le disait homo.
02:01 Moi j'aime bien le terme pédé,
02:03 parce que c'est la façon dont on est détraité,
02:05 entre autres par les policiers, par la justice, etc.
02:08 C'était dramatique, c'était l'exclusion, le rejet.
02:11 Donc d'où certaines personnes qui étaient arrêtées,
02:15 qui vont aller jusqu'au suicide,
02:17 parce qu'elles sont tellement désemparées.
02:19 Donc vraiment, c'est une période détestable.
02:22 C'est un travail de mémoire.
02:24 Je me revendique comme activiste gay.
02:26 Donc quand vous êtes activiste,
02:27 vous vous battez tout le temps, jusqu'à la fin de vos jours.
02:30 Je parle au nom de tous ceux qui ne sont plus là,
02:32 qui ont disparu souvent dans des conditions tragiques.
02:36 Puisque quand vous étiez condamné,
02:38 vous perdiez tout, votre logement, votre emploi,
02:41 votre famille, etc.
02:43 Et souvent vous étiez acculé au suicide,
02:45 ou des choses vraiment sordides.
02:47 Et ils ont droit à une certaine reconnaissance.
02:50 Donc on parle de réparation.
02:53 C'est vrai, normalement on répare des choses abîmées.
02:55 Et là, en l'occurrence,
02:57 il y a eu énormément de gens qui ont été très très abîmés.
03:00 Il suffit d'assumer notre histoire.
03:03 Je suis désolé, entre 1942 et 1982,
03:05 il y a eu des dizaines de milliers de personnes
03:07 qui ont été arrêtées pour homosexualité
03:09 dans des conditions souvent dramatiques.
03:23 Les plus jeunes, notamment les jeunes LGBT,
03:25 pensent que tout est acquis.
03:27 Alors que je pense que l'histoire, elle n'est pas linéaire.
03:30 Il y a des hauts, des bas.
03:32 Et quand on voit ce qui se passe dans certains pays européens,
03:34 que ce soit en Hongrie, que ce soit en Pologne,
03:37 sans parler de la Russie, et voilà,
03:39 y compris dans d'autres pays,
03:41 les actes homophobes, transphobes, etc.
03:44 n'ont jamais été aussi importants.
03:45 Je répète toujours, si vous ne connaissez pas votre histoire,
03:47 dont l'histoire que je viens d'évoquer,
03:49 c'est-à-dire en effet la répression,
03:51 vous êtes appelé à la revivre.
03:53 Jamais rien n'est gagné.
03:54 Attention, attention, attention.
03:55 J'ai un devoir d'être présent pour rappeler les choses
03:59 en essayant pour qu'on évite qu'elles se répètent.
04:02 [Musique]
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