00:00 On discute un peu pendant la pub. On est de retour sur le plateau du Grand Tolk pour cette deuxième
00:09 partie. En 2022, il s'est vendu plus de 5 millions de disques vinyles et seulement en France, soit
00:16 environ trois fois plus qu'en 2016. Des chiffres du syndicat national de l'éducation phonographique,
00:20 donc très fiables. À Tours, il y a quelques jours, la 40e bourse au vinyle organisée par
00:25 Radio Béthon a fait carton plein. 50 000 disques à l'espace MAM, ça s'est vendu comme des petits
00:30 pains et 50 exposants dont notre invité qui est juste ici sur notre plateau, Anthony Le Goff.
00:37 Alors vous vous tenez à Tours, une boutique dans le vieux Tours de disques, vinyles d'occasion,
00:43 disquaires généralistes. On a encore des arrivages réguliers de vinyles aujourd'hui.
00:48 Toutes les semaines. En tout cas, mon magasin toutes les semaines.
00:51 Mais des trucs que vous achetez sur Le Bon Point ou des nouveautés ?
00:53 Alors je fais très peu de neufs, je suis environ 5% de neufs. Tout le reste, c'est de la deuxième
00:57 main, ce qu'on appelle du disque d'occasion. Provenance majoritairement des particuliers
01:02 qui viennent me revendre leurs disques. Malheureusement, des fois, des successions aussi.
01:05 Les familles se séparent de la collection puisqu'elles ne savent pas quoi en faire.
01:08 Oui, ils n'ont plus de platine, ça ne leur sert pas.
01:11 Ça ne leur parle pas du tout. Et voilà, donc ils viennent au magasin où je me déplace.
01:14 Je m'arrive d'aller voir des grosses discothèques. Donc voilà, ça fait partie de mon métier de
01:20 faire des estimations et des propositions de rachat. Et puis j'importe aussi beaucoup
01:23 de disques du Japon, des originaux d'époque, puisque les Japonais ont consommé énormément
01:28 de musique à l'époque. D'accord, comment ça se fait ?
01:31 Ça a été des gros consommateurs, c'est toujours des gros consommateurs de musique,
01:34 mais il n'y a pas eu ce revival du vinyle là-bas ces dernières années. Il y a eu un petit revival,
01:39 mais beaucoup moins qu'en Europe et qu'aux États-Unis.
01:41 Donc ils ont un énorme stock, mais ils ne s'en servent pas.
01:44 Et du coup, ils ont vu qu'ils étaient assis sur une mine d'or, donc ils en voient, ils en voient, ils en voient.
01:49 Ça alors, mais qu'est-ce que vous faites venir du Japon par exemple ?
01:51 Alors par exemple, en effet, Masayoshi Takanaka, alors ça c'est un guitariste…
01:55 Ah non, c'est pas celui-là !
01:57 Alors, Henry, oui, que j'ai pas emmené.
01:59 Donc voilà, en effet, on voit des photos de presse à Japonais, donc des B.O. d'animation.
02:03 Et puis, beaucoup de musique japonaise qui est arrivée en Europe via les plateformes de Spotify,
02:09 Deezer, sans faire de marque, etc.
02:12 C'est-à-dire que nous les jeunes, maintenant les jeunes Français, écoutent des vinyles de musique japonaise ?
02:18 C'est ça. Alors, pas tous les jeunes, mais beaucoup de jeunes.
02:20 C'est-à-dire qu'ils écoutent d'abord en numérique, sur les plateformes de streaming,
02:24 ils découvrent plein d'artistes, et après ils viennent me voir.
02:26 J'ai découvert ça, j'ai découvert ça.
02:28 Alors, ils pensent trouver le vinyle hyper facilement, comme ça en arrivant chez moi.
02:32 Des fois, je leur explique que oui, c'est trouvable là-bas au Japon,
02:35 mais voilà, un peu plus difficilement trouvable en Europe.
02:37 Vous nous avez apporté celui-ci de Masayoshi Takanaka, bien sûr.
02:41 Un guitariste…
02:42 Ah oui, j'me suis entraîné un petit peu.
02:44 Expliquez-nous l'histoire de ce disque.
02:46 C'est un guitariste… Alors, Masayoshi Takanaka est un guitariste hyper connu au Japon,
02:52 qui a fait une carrière dans les années 70-80.
02:54 Et guitariste de jazz fusion, avec des sonorités plutôt hawaïennes, exotiques,
02:59 enfin très estivales.
03:01 Et qui a été mis en avant sur les plateformes de streaming.
03:04 Et les jeunes, on va dire, ont découvert cet artiste-là,
03:09 et ils se sont tous rûlés vers, sur tous ses albums,
03:11 sachant que la discographie est très très large,
03:13 puisqu'il y a environ une quarantaine d'albums.
03:14 Je confirme, puisque en plateau, nous les deux vieux,
03:17 Mickael, on connaissait pas, alors que notre ingénieur du son,
03:20 qui nous met les micros, qui est quand même légèrement plus jeune que nous,
03:23 a dit "Ah oui, bien sûr, évidemment".
03:24 Ça semblait évident pour lui.
03:25 Voilà, c'est ça.
03:26 Alors le boom du vinyle, il vient de quoi ?
03:27 C'est juste le revival, la nostalgie, les choses comme ça ?
03:30 Il y a eu un gros boom pendant le confinement, quand même.
03:32 Voilà, c'est ça.
03:32 Moi, je l'ai vu pendant le premier déconfinement, on va dire.
03:35 Le mardi matin, quand j'ai ouvert le magasin,
03:37 après le premier jour de déconfinement,
03:39 j'ai vu une dizaine de personnes qui attendaient devant le magasin,
03:42 c'est la première fois que je voyais ça,
03:44 qui venaient chercher soit des platines vinyles,
03:46 puisque je vends aussi des platines vinyles,
03:47 ou alors se procurer des disques vinyles,
03:49 puisque pendant le confinement, ils ont écouté tout ce qu'ils avaient en vinyle.
03:52 Et donc, ils pensaient déjà, deuxième confinement.
03:54 – Ah oui, pas bête, c'est ça.
03:57 Moi, je pensais à "Tiens, j'ai pas sorti assez de bouteilles de la cave".
03:59 – Ça y a joué beaucoup.
04:01 En effet, les gens ont pris plus de temps pendant le confinement
04:04 de faire différentes choses, dont écouter de la musique,
04:07 puisque pour écouter du vinyle, c'est ce que je dis aux gens
04:08 qui viennent au magasin, qui veulent se mettre au vinyle,
04:11 si on n'a que cinq minutes à consacrer par jour à écouter de la musique,
04:14 on oublie le vinyle, on reste à écouter en dématérialisé sur le téléphone.
04:17 – Pourquoi ça prend plus de temps ?
04:18 Il y a tout un rituel finalement avec les disques.
04:19 – Il faut mettre la chalifie, la platine, allumer l'ampli, se poser,
04:23 sortir le vinyle de sa pochette, poser la pochette.
04:25 Donc là, il s'est déjà écoulé trois, quatre minutes.
04:28 – Oui, c'est ça, c'est le rituel.
04:29 – Et puis on écoute, sur les plateformes dématérialisées,
04:33 on passe d'un morceau à un autre, d'un artiste qui est complètement différent.
04:36 Là, on écoute au moins une face.
04:38 – Et on écoute même des morceaux passés inaperçus sur des albums connus,
04:42 par exemple un "Rubber Soul", je pense que les gens, des fois,
04:46 ne retiennent que le tube de cet album-là, alors que la face est magnifique.
04:49 Je vais montrer "Rubber Soul" de The Beatles.
04:50 – Magnifique, c'est ça.
04:52 Mais ce qui est assez étonnant finalement,
04:54 c'est que je pensais que c'était plutôt effectivement les boomers,
04:56 comme nous, qui allions être fans de vinyle,
04:59 et pas du tout ce que vous nous expliquez tout à l'heure
05:01 avec la nouvelle musique japonaise, etc.
05:02 C'est que les jeunes s'y mettent beaucoup.
05:04 – Les jeunes clientèles, ce que je dis tout le temps,
05:06 c'est un peu comme les jeux de société qui va de 8 ans à 88 ans.
05:09 C'est-à-dire que j'ai aussi les puristes, par exemple, en jazz ou en musique classique,
05:13 d'un certain âge, qui viennent chercher la pièce maîtresse
05:16 qu'ils n'ont toujours pas eue depuis 40 ans.
05:18 Et puis j'ai les très jeunes qui viennent demander des choses en rap, en techno.
05:23 – Mais ça coûte quoi un vinyle ?
05:25 Parce que je me dis, bon, l'avantage c'est que tu as ta plateforme,
05:27 tu as ton abonnement, c'est tes parents qui le payent
05:29 parce que c'est un abonnement familial.
05:30 Là, l'objet aussi a un coût.
05:32 – Alors l'avantage du disque…
05:33 – Combien ça coûte aujourd'hui ?
05:34 – L'avantage du disque occasion, c'est que ça va à tous les prix,
05:36 ce que je dis tout le temps.
05:37 Chez moi, ça commence à 0€ parce que j'ai un bac devant le magasin.
05:39 C'est un peu comme la boîte à livres, là c'est la boîte à disques.
05:42 Je mets des disques gratuits, les gens…
05:44 Alors on peut y trouver forcément beaucoup d'arriétés françaises.
05:46 – Il y en a qui remettent des fois, comme dans les boîtes à livres ?
05:48 – Il y en a qui viennent avec, qui ont pris, qui ont écouté, qui ramènent.
05:50 – Ah super !
05:51 – Voilà, donc ça va de 0€ et puis ça va sur les disques plus rares,
05:55 on peut monter à 2-3 000€, voire plus, voilà, pour les belles pièces.
06:00 Mais il y en a pour tous les prix.
06:01 L'avantage du disque occasion, c'est l'état qui va faire aussi le prix.
06:05 Un disque forcément en moins bon état sera forcément moins cher.
06:09 Un disque, un pressage original en super état, forcément, sera un peu plus cher.
06:14 – Et alors comment vous vous voyez tous les deux ?
06:16 Parce que je l'ai dit en début d'émission,
06:18 je n'aime pas du tout montrer les gens avec le stylo comme ça.
06:20 Comment vous vous connaissez ?
06:21 Parce que finalement, on l'a dit au début, vous êtes amis.
06:23 Toi, tu ne mixes pas Arnaud avec des vinyles, c'est autre chose que…
06:28 Toi, tu es vraiment dans la musique électronique.
06:30 Il y a encore des vinyles en musique électronique ?
06:31 – Oui, oui, ça sort, j'en achète beaucoup moins qu'avant.
06:34 Mais moi, ce que j'aime bien, c'est varier les plaisirs,
06:36 mélanger le numérique avec les vieux trucs en vinyle.
06:38 Là, j'aime bien, c'est vrai que j'aime bien faire ça.
06:41 Donc en général, je mixe tout ça, oui.
06:43 Et puis, nous, on se connaît parce que je viens à la boutique
06:45 et puis on se connaissait d'avant par rapport aux différentes soirées
06:48 où on a pu traîner.
06:48 – Il ne faut pas oublier que le disque vinyle,
06:49 c'est les DJ qui l'ont fait traverser dans le temps.
06:51 C'est-à-dire que même quand on a enterré le vinyle,
06:53 les DJ continuaient à l'utiliser comme un outil de travail
06:56 et un outil de diffusion de musique.
06:57 Et c'est eux qui l'ont fait traverser dans le temps.
06:59 – Je reviens sur les jeunes parce qu'il y a aussi tous ces jeunes
07:01 qui viennent des réseaux sociaux, on parlait des plateformes,
07:03 mais il y a aussi les réseaux sociaux, notamment TikTok,
07:05 qui utilise énormément d'extraits de chansons
07:09 qui peuvent être des chansons anciennes.
07:11 Et du coup, ça devient un effet de mode.
07:12 Et là, les jeunes viennent aussi vers vous.
07:15 Alors, par exemple, il y a un morceau qui s'appelle "Plastic Love".
07:16 – C'est ça, Maralia Takashi, voilà, je le montre.
07:19 Donc ça, c'est quelque chose qui a été…
07:21 une musique qui a servi en 2018-2019 sur TikTok.
07:25 – Ah voilà, on les voit, hein ?
07:26 – Voilà, qui a fait des millions de vues.
07:29 C'est une artiste qui est de 1982…
07:31 euh, qui a fait cet album-là, qui à l'époque,
07:35 ça, ça les a rendus un petit peu au Japon.
07:37 Sur TikTok, il y a en 2017-2018, les Japonais ont commencé
07:40 à utiliser cette musique-là pour faire des vidéos TikTok,
07:43 une buzz virale, ça est arrivé en Europe, aux États-Unis, etc.
07:46 Moi, j'ai vu des jeunes arriver tous les jours au magasin,
07:48 me demander Marial, que je connaissais avant l'album,
07:51 plutôt côté funk, qui me demandait tous les jours "Maria Takashi",
07:54 on cherche Marial Takashi, Marial Takashi.
07:56 J'ai fini de me demander par un jeune "Pourquoi Marial Takashi ?"
07:59 et là, c'est qu'il m'a dit, il m'a montré la vidéo TikTok,
08:01 et là, j'ai vu les millions de vues utilisées avec cette musique-là.
08:05 Et donc, Marial Takashi a été l'artiste en 2019
08:07 qui a vendu le plus de disques de support physique au Japon.
08:11 Ils ont été obligés de refaire un clip, il n'y avait pas eu de clip à l'époque.
08:13 – C'est dingue ! – Voilà.
08:13 – Mais vous êtes en train de donner de l'espoir
08:15 à tous les vieux artistes un peu oubliés de France,
08:17 genre "Alan Théo, tu n'es pas mort !"
08:19 et peut-être que ça fait arriver sur TikTok.
08:20 – Mais ça veut dire que vous surveillez, vous, un peu aussi
08:22 ce qui se passe sur les réseaux pour faire un peu de stock.
08:24 – On va dire les disquaires de la nouvelle génération,
08:26 on est obligés de… on le voit, il n'y a pas trop besoin de surveiller,
08:29 il y a juste besoin de prendre en considération les demandes.
08:31 Quand on a, sur une même semaine, dix fois la même demande sur un même artiste,
08:35 on sait qu'il se passe quelque chose, ça peut être une musique de pub.
08:37 Je suis très musique de pub, j'adore regarder les musiques utilisées.
08:42 On sait que sur une pub, il y a à faire un gros buzz avec une musique.
08:45 – Pour prévoir. – On sait que derrière, voilà.
08:47 – Ça va venir. – Donc vous appelez les fournisseurs.
08:49 – Je fais très peu de neufs, donc là je vais faire marcher,
08:51 par contre, les réseaux, je cherche les liens.
08:53 – Les TC, ça marche bien aussi. – Oui, c'est ça.
08:56 Merci beaucoup d'avoir été notre invité aujourd'hui.
08:59 Et merci aussi à toi Arnaud, on va vous laisser partir
09:02 puisque nous allons marquer une courte pause
09:04 et nous retrouver pour la troisième partie de cette émission,
09:07 plus "Questions de musique".
09:08 Là, on rentre dans un sujet sérieux,
09:09 on va vous offrir un toit digne et l'une des clauses
09:12 de la Convention internationale des droits de l'enfant,
09:14 signée par la France en 1989, pourtant à Tours.
09:17 Comme à Blois, des enfants sont à la rue,
09:19 pourquoi y a-t-il cette situation de saturation des hébergements d'urgence ?
09:23 Comment deux collectifs et certains politiques interpellent aujourd'hui l'État
09:26 et le mettent face à ces manquements ?
09:29 Réponse dans Le Grand Dossier, tout de suite après la pub.
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