00:00 Sartec le dindin ?
00:02 Là ça filme pas, on parle entre nous.
00:04 Niels Schneider, acteur fabuleux, exceptionnel dans la série d'Argent et de Sang qui joue Gérard Mathias.
00:18 Hamdi Bedia, mon partenaire in crime, exceptionnel.
00:22 On savait que c'était un grand acteur mais je crois qu'on l'a jamais vu comme ça, aussi drôle et aussi tragique.
00:28 Allez, question suivante.
00:30 Deux escrocs de Belleville qui sont habitués de faire des arnaques à la TVA sur des téléphones.
00:36 Et ils trouvent une faille dans un nouveau marché qu'a mis en place le gouvernement Chirac en créant un marché de droits à polluer.
00:45 Il faut mettre de la TVA sur le droit à polluer.
00:49 Merci messieurs dames.
00:51 On applaudit la TVA !
00:53 Donc ils vont chercher Gérard Mathias, un gros investisseur, et ils vont monter l'arnaque ensemble.
01:00 Et ça va être une spirale de mensonges, d'arnaques.
01:04 Des arnaques dans l'arnaque.
01:06 Désormais les délinquants ont compris qu'il était plus facile d'agir directement sur les marchés financiers que de braquer une banque.
01:12 Scénario extraordinaire, réalisateur extraordinaire, distribution formidable.
01:21 Il y a des projets où tu ne te poses pas beaucoup de questions.
01:23 Il y a des projets où tout est réuni, tu ne peux pas dire non.
01:26 Moi j'avais dit non au début pourtant, et quand j'ai su qu'il y avait Niels qui était...
01:30 J'ai attaqué le rôle comme il est écrit dans le scénario.
01:33 Je n'ai pas pensé à la vraie histoire, je ne voulais pas justement faire le biopic de quelqu'un.
01:41 Je me suis collé au scénario et j'ai inventé mon perso.
01:44 Quelle sorte de compagnie ?
01:46 Import-export.
01:48 Oui, import-export.
01:49 On import-export, on import-export.
01:52 Vous vendez des produits et des services ?
01:54 Oui, ne me casse pas les couilles et remplis ça.
01:56 Vas-y note plutôt ça.
01:58 Voilà, import-export.
01:59 Xavier a fait vraiment une enquête très poussée sur l'affaire.
02:04 Et puis après il a voulu, je crois, s'en libérer.
02:07 Pas avoir un point de vue purement documentaire, mais avoir un point de vue de cinéma, de fiction, de romanesque.
02:14 C'est une série qui traverse énormément de questions, à la fois sur la finance, sur la politique, sur la morale,
02:20 sur les passions humaines, sur l'illusion de l'argent, sur la religion.
02:24 C'est extrêmement riche.
02:26 Des gens qui viennent de la rue et qui vont, par leur bas-goût, essayer de s'en sortir.
02:31 C'est une revanche sociale et on cherche le pigeon parfait, sauf qu'on ne va pas tomber sur un pigeon, mais sur un corbeau.
02:37 Sur un aigle.
02:38 Et Gérard Mathias, il ne les prend pas vraiment au sérieux.
02:42 Je crois surtout qu'il veut s'en canailler, ce bourge de mécouille.
02:45 C'est un jeune trader, foot-poker, qui a envie de s'amuser, qui est en décalage par rapport à son milieu du 16e arrondissement,
02:52 qui est plutôt sage, et lui il a envie de transgression, de s'en canailler.
02:56 Et il va s'engouffrer finalement dans cette arnaque.
02:59 C'est une quête presque identitaire, de se trouver à travers cette arnaque.
03:04 Et il va être pris dans une spirale de mensonges et ça va être une escalade de la violence.
03:10 En fait, c'est deux personnages qui ne sont pas bien dans leur milieu.
03:13 Le mien, il est voyou et il veut devenir riche.
03:15 Le tien est riche et il veut devenir voyou.
03:18 Est-ce que je dis de la merde ?
03:19 Non, c'est très intelligent.
03:21 C'est ton petit "Hm" qui m'a fait un peu "Hm".
03:25 Ils n'ont pas la même trajectoire, ils n'ont pas la même quête en fait.
03:29 Les deux, ils sont pris dans l'illusion de l'argent.
03:33 Ils sont obsédés par l'argent, mais de manière différente.
03:35 C'est-à-dire qu'Athias, il est né dans un milieu déjà très riche,
03:42 mais il a besoin de toujours plus.
03:46 Il ne respecte pas du tout l'argent.
03:49 Je respecte l'argent.
03:50 Vous devez respecter l'argent.
03:52 Moi, j'avais de l'affection pour ce personnage et j'ai grandi entouré de gens comme ça à peu près.
03:59 Donc je vois un peu l'odeur et la couleur que ça a.
04:02 Moi, je n'arrive pas vraiment à trouver de point commun.
04:05 Je n'aime pas le jeu, je n'aime pas le poker, je n'aime pas la ranaque.
04:09 Tu n'aimes pas la vie ?
04:11 Ce que tu me disais sur le tournage.
04:15 Non, on est très, très, très éloigné.
04:18 "Borderline".
04:20 Vous entendez quoi ? "Borderline".
04:23 Je connais bien Nils forcément.
04:25 Et quand je regarde la série, je ne vois pas Nils.
04:27 Je vois un fou.
04:28 Le personnage est fou qu'a fait Nils.
04:32 J'ai l'impression d'être sorti d'une machine à laver.
04:35 Moi, j'ai l'impression que ça a duré dix ans.
04:38 J'ai l'impression qu'on fait plus belle la vie.
04:40 Ça faisait quinze ans qu'on tournait, j'étais devenu un fonctionnaire d'argent et de sang.
04:44 En même temps, tu n'as jamais l'impression d'aller au travail.
04:49 Je rentrais chez moi le soir ou quand j'avais mon amoureux au téléphone.
04:52 Je lui disais "Tu ne peux pas savoir ce qu'on a tourné aujourd'hui, c'était complètement fou".
04:56 Elle me disait "Mais Nils, tu me dis ça tous les jours".
05:00 C'était incroyable.
05:02 La période la plus folle peut-être ?
05:04 Mani, c'était...
05:05 C'est ce que j'allais dire.
05:06 L'Okada ?
05:07 L'Okada, le casino.
05:08 On a vécu dans un casino pendant quelques semaines.
05:11 Et on n'en est pas sorti.
05:12 Très très spécial comme université.
05:14 C'est un monde, c'est vraiment un monde.
05:16 Un des plus grands casinos d'Asie.
05:18 Complètement délirant.
05:19 Et les gens qu'on croise dans ces casinos sont fous, ils n'existent pas.
05:23 On ne savait plus quand c'était le jour, la nuit il n'y avait pas de fenêtre.
05:26 On se retrouvait à quatre heures du matin.
05:29 On passait des heures.
05:30 Aux machines à sous.
05:31 Le décalage horaire, il ne nous avait pas laissé beaucoup dormir.
05:34 On avait rattaqué tout de suite.
05:35 Mani, c'était le truc le plus fou pour moi.
05:38 J'ai vu une fille à un moment, elle était là et elle s'était fait pipi dessus.
05:42 Et elle n'avait pas bougé de son siège.
05:44 C'était moi, c'était moi.
05:45 Ce n'était pas elle.
05:46 Les plus beaux souvenirs, c'est à la fois l'amitié qu'on avait,
05:50 la camaraderie qu'on avait ensemble avec Ramzy, avec David Ayala.
05:53 C'est tellement rare d'avoir un réalisateur qui soit aussi doué,
05:57 aussi exigeant et d'avoir la certitude chaque jour
06:01 qu'on est en train de faire une très très grande série.
06:05 On se disait, ce n'est même pas une série, c'est un très long film.
06:08 C'était ça en fait qui était le plus extraordinaire.
06:12 Oh là là, la table de vieux.
06:14 On dirait une table de bridge frère.
06:16 Allez, un roi, un roi, un roi, un roi.
06:19 La première partie, c'est la préparation de l'arnaque.
06:26 L'argent commence à tomber.
06:27 Mais la deuxième partie, c'est la descente aux enfers.
06:30 Je dirais la première partie, c'est d'argent.
06:32 Et la deuxième partie, c'est de sang.
06:34 On la garde pour toute la journée.
06:36 Ah oui.
06:37 !
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