00:00 J'étais un peu défaitiste, je me disais "ça sert pas forcément à grand chose d'entreprendre quoi que ce soit,
00:05 on va dans le mur, donc autant m'épanouir dans mon travail".
00:09 À l'époque, j'étais chimiste organicien.
00:11 Le déclic, c'est en 2015, mon travail c'est valoriser le pétrole.
00:15 Et donc ma sœur me tanne pour absolument que j'aille voir le documentaire "Demain",
00:19 réalisé par Cyril Dion et Melanie Laurent.
00:21 Et je suis persuadé à ce moment-là que je vais voir un film déprimant et moralisateur.
00:25 Et je vois l'inverse de ce à quoi je m'attendais, à savoir un film qui expose des gens
00:30 qui s'engagent pour des valeurs fortes et qui s'épanouissent dans cette action,
00:33 indépendamment du résultat de celle-ci.
00:35 Et c'est très profondément communicatif en fait.
00:38 La vie d'Adrien Montagu bascule en 2015.
00:46 Alors qu'il termine son post-doctorat à Orléans,
00:49 le jeune trentenaire se dirige tranquillement vers une carrière de chimiste dans les cosmétiques.
00:55 Le documentaire de Cyril Dion et Melanie Laurent va donc radicalement changer son destin.
01:02 Je m'appelle Elisabeth Assayag et vous écoutez Impact Solidaires,
01:06 le podcast des entrepreneurs engagés.
01:09 Vous êtes un acteur de l'économie sociale et solidaire ?
01:13 Vous avez envie d'entreprendre mais vous hésitez encore à vous lancer dans l'aventure ?
01:17 Bienvenue dans ce podcast produit par Europe 1 Studio en partenariat avec France Active.
01:23 Après avoir vu et revu le documentaire Demain,
01:28 Adrien Montagu lance en 2016 un festival consacré à la semaine de la transition sur le campus d'Orléans.
01:36 L'année suivante, il oublie sa future carrière de chimiste
01:40 et rejoint une petite association avec trois amis, son nom, Comaun.
01:45 C'est un fournisseur militant d'appareils électroniques
01:48 qui lutte contre l'obsolescence programmée par une proposition de service.
01:52 On va proposer aux clients de souscrire un abonnement
01:55 qui va leur permettre d'obtenir un smartphone, un ordinateur ou un casque audio
02:00 avec du service, la prise en charge des pannes, des casses, l'assistance à l'usage
02:04 qui auront pour objectif de faire durer le plus longtemps possible l'appareil.
02:07 C'est à chaque fois des appareils qui sont soit particulièrement réparables,
02:11 soit conçus pour durer ou qui sont plus éthiques.
02:15 L'avantage, c'est que le Fairphone concentre ces trois caractéristiques.
02:18 Fairphone, c'est à la base une association qui milite contre le fait
02:23 que des enfants travaillent en République démocratique du Congo.
02:26 Pour ça, ils ont lancé une entreprise pour développer un téléphone plus éthique.
02:29 Comaun, c'est Elias Heman, un de mes amis d'enfance qui a eu l'idée au départ,
02:34 qui arrive au cours de 2016. Son constat était le suivant.
02:40 Fairphone développe un téléphone qui est fait pour durer et le vend.
02:43 Il voulait aller un peu plus loin en proposant un modèle déconnu de la fonctionnalité
02:47 où on passe à la location et où le client n'est plus propriétaire d'un produit
02:51 mais bénéficiaire d'un service. C'est à partir de 2016 qu'Elias a eu l'idée de Comaun
02:56 et on a lancé la coopérative de manière effective en janvier 2018.
03:07 Le statut de SIC, de Société Coopérative d'Intérêt Collectif,
03:10 permet de rassembler autour d'une même structure tout un ensemble de partenaires
03:15 dans une perspective d'intérêt collectif.
03:17 Cette ouverture-là a plusieurs avantages. Le premier, c'est la transparence et l'accès à l'information.
03:22 N'importe qui peut avoir accès au bilan comptable, au rapport d'activité.
03:25 On est sur une personne égale une voix.
03:27 Indépendamment de l'apport qu'on va mettre dans la coopérative, on aura un vote.
03:31 Les parts ne peuvent pas être vendues par les sociétaires à l'extérieur de la coopérative.
03:35 C'est uniquement la coopérative qui peut racheter les parts.
03:37 Donc il n'y a pas de plus-value de cession.
03:39 Au moment de transformer l'association en Société Coopérative d'Intérêt Collectif,
03:43 à ce moment-là, on avait déjà une centaine de sociétaires présents autour de la table.
03:49 Et normalement, quand on crée une structure de ce type,
03:52 il faut faire une assemblée générale constitutive
03:54 dans laquelle on rassemble tous les sociétaires pour valider les statuts, etc.
03:58 Et nous, à ce moment-là, on avait déjà 100 personnes réparties sur l'ensemble du territoire français.
04:03 On avait même des gens en Outre-mer qui devaient signer un papier.
04:07 Et donc, on a bataillé pour faire reconnaître la signature électronique.
04:11 Autrement, on aurait dû envoyer nos statuts et les papiers de l'Assemblée Générale en moins d'une semaine.
04:17 Donc c'était juste impossible, puisqu'en plus on devait faire signer tous ces papiers entre Noël et Jour de l'An.
04:21 Donc on a réussi la gageure de réussir à faire signer tout le monde par voie numérique
04:27 et faire reconnaître cette signature qui, à l'époque, ça commençait tout juste.
04:30 Il y avait encore des réticences.
04:31 Parce qu'en fait, tout est lié.
04:33 C'est-à-dire que si on ne peut pas déposer les statuts, on ne peut pas ouvrir un compte en banque,
04:37 on ne peut pas obtenir des papiers du tribunal administratif.
04:41 C'est tout un processus administratif où on a l'impression que tout est intrinsèquement lié.
04:46 Et si on n'a pas le compte en banque, on ne peut pas avoir les prêts financiers
04:49 qui nous permettent d'acheter les appareils et qui nous permettent de les livrer.
04:52 Et on était dans des délais très courts.
04:55 Donc c'était un peu stressant, mais bon, en même temps, c'est amusant.
05:00 Le modèle économique de ce type de structure, c'est qu'on achète les appareils auprès de producteurs.
05:05 Donc on a de la trésorerie à sortir.
05:07 Et on amortit ces appareils dans le temps long par l'intermédiaire de mensualité.
05:11 Donc c'est un petit peu à l'inverse des modèles marchands habituels.
05:15 Et donc c'est vrai que ce n'est pas un modèle classique.
05:18 Donc les prêts financiers sur ce type de montage-là sont particulièrement capitaux tractés.
05:25 Et il faut vraiment les observer de près.
05:29 Ça prend énormément de temps d'analyse, etc.
05:32 Et donc tous les partenaires financiers n'étaient pas prêts à nous suivre comme ça en claquant des doigts.
05:37 Donc au tout début, il y avait France Active et l'ANEF, une banque éthique,
05:41 qui nous ont soutenus au tout départ alors qu'on était une association,
05:44 à hauteur de 60 000 euros pour lancer la première commande.
05:50 Donc c'est vraiment ces deux acteurs-là qui nous ont fait confiance
05:53 et qui nous ont permis de nous lancer alors même qu'on n'avait encore rien prouvé.
05:57 Si ce n'est qu'on avait une base de 100 clients potentiels qui nous disaient
06:01 "On croit en cette solution, allez-y".
06:04 Il faut imaginer les amis d'Adrien, Florent et Fred,
06:08 assemblant et réparant des téléphones dans leur petit salon de Strasbourg.
06:13 Puis l'équipe de Come On s'installe dans une ancienne menuiserie.
06:18 Arrive ensuite le premier alternant, puis la première stagiaire,
06:23 qui deviendra la première salariée.
06:26 Et après avoir accompagné le Fairphone 2,
06:29 arrivent les Fairphone 3, 4 et 5 et le temps de la diversification.
06:35 Notre modèle, il nécessite de continuellement rechercher de l'argent.
06:39 Donc une fois qu'on avait livré le premier lot,
06:42 c'était un peu notre première preuve de concept,
06:46 on a pu retourner voir nos partenaires financiers
06:49 pour solliciter d'autres montants un peu plus importants pour développer l'activité.
06:53 On ne va pas convaincre des investisseurs
06:55 qui cherchent à avoir de la rentabilité sur leur investissement.
06:58 En général, quand on leur dit "une personne = une voix",
07:01 "pas de plus-value de session" et "très peu de distribution de dividende",
07:04 il n'y a plus personne autour de la table.
07:06 On va voir des partenaires de l'économie sociale et solidaire
07:09 qui ont l'habitude de financer ce type de projet un peu plus vertueux,
07:12 sans forcément avoir pour seul objectif la rentabilité de leur argent.
07:15 Donc le France Active, la Nef, le Crédit Coopératif, la Socoden,
07:20 ce sont tous des partenaires financiers
07:23 qui ont l'habitude de supporter ce genre d'initiatives.
07:26 Et on va voir aussi les citoyens et citoyennes.
07:28 C'est-à-dire que sur notre site web, les gens peuvent nous financer.
07:31 À partir de 100 euros, ils doivent prendre 5 parts pour être sociétaires,
07:35 pour être actionnaires de la coopérative.
07:38 À partir de 5 parts à 20 euros, ils ont accès au bilan comptable.
07:41 Et donc de cette sorte-là, juste par l'existence de notre coopérative,
07:45 on a levé près de 400 000 euros chez les citoyens et citoyennes.
07:49 Aujourd'hui, Commaun est installé dans des locaux de 500 m² à Strasbourg
08:00 avec plus de 30 salariés.
08:02 L'objectif est de s'adresser aussi bien aux entreprises qu'aux particuliers.
08:07 L'autre idée pour cet acteur de l'économie sociale et solidaire, le SS,
08:12 est aussi de faire travailler ensemble différentes coopératives,
08:15 comme avec le projet des Licornes.
08:18 Donc les Licornes avec deux O, c'est en fait un pied-nez aux Licornes avec un seul
08:23 qui mette comme objectif uniquement la rémunération du capital,
08:26 puisque ce sont ces start-up valorisées à plusieurs milliards
08:29 qui, indépendamment de leurs impacts sociaux ou environnementaux...
08:32 Et donc on s'est rassemblés à 9 coopératives au départ.
08:35 Dans Commaun, on avait Télécop, on avait MobiCop, Enercop, Lanef, Copcircuit,
08:42 Rycop, Label Emmaüs et on avait également Cities qui propose de l'auto-partage de voitures.
08:49 Et puis là, en septembre 2023, 4 autres structures nous ont rejoints,
08:54 à savoir WinCop pour du fret à la voile, Tank, une alternative à Netflix
08:59 qui produit des documentaires de qualité, Etikado, alternative aux cartes-cadeaux
09:04 qui habituellement orientent vers Amazon, là on est plutôt vers les acteurs de l'USS,
09:08 et Biocop que tout le monde connaît.
09:10 Pour les personnes qui hésitent aujourd'hui à entreprendre,
09:19 je les invite à se faire confiance, à savoir saisir des opportunités
09:22 et à mettre en accord leur action avec leurs valeurs.
09:26 Donc si on regarde dans le rétroviseur, à l'époque où j'étais à Orléans en post-doc,
09:31 dans mon labo de chimie, d'une part je n'aurais pas pensé que je sois encore chez Coma One aujourd'hui,
09:36 parce qu'au départ j'avais dit à mes associés que je n'allais rester que trois ans,
09:39 mais il s'avère que je m'amuse bien et que je n'ai pas trouvé quelque chose de mieux à faire,
09:42 donc je continue. Et d'autre part, c'est vrai que le temps est passé vite,
09:45 aujourd'hui on est 31 salariés, et je n'aurais jamais imaginé un jour faire passer des entretiens d'embauche
09:50 et me retrouver dans la posture d'un dirigeant un peu malgré moi,
09:54 même si on a une approche du travail et de la hiérarchie qui est différente de chez nous,
09:57 c'est vrai que c'est quelque chose que je n'aurais jamais imaginé en fait.
10:00 De devenir patron, oui.
10:02 Vous venez d'écouter Impact Solidaires, un podcast Europe 1 Studio,
10:13 en partenariat avec France Active et avec le soutien de Mirova Fondation.
10:18 Production Sébastien Guyot, réalisation Christophe Daviau.
10:23 A très vite pour un prochain épisode sur le site et l'appli Europe 1 et toutes vos plateformes d'écoute.
10:29 [Musique]
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