00:00 exclure un enfant, ça n'est pas résoudre le phénomène de harcèlement puisqu'il
00:05 y a cette dynamique de groupe. La voix d'un enfant, la vie d'un enfant ne vaut pas autant
00:09 qu'on voudrait bien nous le faire croire.
00:11 Alors moi je suis Nora Thiran-Fress, je suis la fondatrice d'une association qui s'appelle
00:17 Marion la Main Tendue, qui lutte contre le harcèlement, les super violences en milieu
00:21 scolaire et extrascolaire, et je suis également auteure d'ouvrages. Le harcèlement ce sont
00:26 des violences répétées, verbales, physiques, psychologiques, elles peuvent être cumulées
00:31 ou sexuelles. C'est un phénomène de meute, c'est une dynamique de groupe qui agit contre
00:37 une personne cible, donc il y a des violences, donc une volonté de domination, un groupe,
00:42 de la répétition et une personne cible. En septembre 2023 lors d'une conférence de
00:46 presse, c'est vrai que le gouvernement a précisé des nouvelles orientations pour
00:50 rendre la lutte contre le harcèlement une priorité nationale, notamment le renforcement
00:54 du programme phare dont vous entendez sans doute parler, c'est le programme de prévention
00:59 du harcèlement à l'école. C'est un programme qui a pour but de créer une communauté éducative
01:06 bienveillante autour de l'enfant. La volonté elle est claire, elle est dite, c'est d'arriver
01:11 à un taux de 100% d'établissement inscrit, je précise le mot inscrit au programme phare.
01:18 En France nous avons près de 12 millions d'élèves et 59 000 établissements. Il faut
01:22 être ambitieux. Quand on interroge les enseignants, seulement 5% disent être dans le programme
01:28 phare. Donc 5% c'est ceux qui sont vraiment en opérationnel. Aujourd'hui c'est vrai
01:34 que les enseignants manquent de temps et de formation, c'est pour ça que nous on milite
01:38 pour qu'il y ait une formation initiale et que ce soit inscrit dans leur programme de
01:43 formation pour devenir des professeurs. Et les enseignants nous disent à hauteur de 19%
01:48 qu'ils ont été formés sur ce sujet-là et 65% d'entre eux disent qu'ils sont désarmés
01:54 face au harcèlement dans leur établissement, d'autant que je crois qu'ils sont près
01:59 de 60% à avoir été confrontés à des situations de harcèlement. On sait que sur le terrain,
02:04 les enseignants sont ceux qui sont censés être les premiers vigis de ce phénomène
02:12 et pourtant les élèves nous disent que ce sont les personnes auprès desquelles ils
02:17 ne vont pas parler. La plus grande difficulté quand on subit des violences, qu'elle qu'elle
02:21 soit, qu'on soit à l'âge adulte ou en tant qu'enfant, c'est la difficulté d'en
02:25 parler parce qu'on a honte, on culpabilise, on pense que c'est de notre faute. Donc moi
02:28 ce que je dis souvent aux enfants en intervention, donc avant que ça arrive, ça s'appelle
02:32 de la prévention, vous commencez déjà à identifier quelles sont les personnes auprès
02:37 de qui vous pourriez vous confier. Donc commencez déjà par vous dire est-ce que c'est mon
02:40 papa, ma maman, ma tata, mon tonton, mon ami, mon coach ? Et puis si vraiment vous ne pouvez
02:45 pas, vous appellerez un numéro court. Mais la priorité c'est de trouver un humain.
02:49 Et puis si un humain ne vous écoute pas et ne vous croit pas, vous en trouverez un deuxième
02:53 et un troisième. Il y a toujours quelqu'un qui vous tendra la main. Donc ce qui est décidé
02:56 normalement au collège et au lycée, quand des faits de violence sont avérés, qu'il
03:00 s'agisse de harcèlement ou pas, il y a ce qu'on appelle les conseils de discipline.
03:03 Vous pouvez être exclu immédiatement, de manière définitive. Vous pouvez être exclu
03:08 de manière temporaire et vous pouvez avoir ce qu'on appelle les exclusions-inclusions.
03:12 C'est-à-dire que l'enfant est exclu, mais il doit inclure une structure, comme la nôtre
03:17 ou d'autres, pour essayer de comprendre ce qui l'a amené à être violent et pour que
03:20 ça se reproduise. Donc ça, c'est pour le second degré. Il se trouve qu'en école
03:23 primaire, jusqu'à août de cette année 2023, nous ne pouvions, en France, nous ne
03:29 pouvions exclure un enfant qui commettait des faits de violence et des faits de harcèlement.
03:34 Quand ces faits sont avérés, quand évidemment on n'a pas trouvé de solution, ils doivent
03:38 faire l'objet d'un conseil de discipline et être amenés à avoir un autre établissement.
03:43 La difficulté, c'est que dans les faits, c'est très très compliqué de faire en
03:46 sorte qu'un enfant du primaire puisse être accueilli dans une autre école. Ce conseil,
03:50 nous, aujourd'hui, dans les cas que nous suivons, c'est qu'il n'y a pas d'exclusion
03:53 pour l'instant au premier degré d'enfants qui commettent ces méfaits, parfois de manière
03:57 extrêmement grave, d'une grande violence. Dans l'arrêté, il indiquait le harceleur
04:02 ou les harceleurs. A hauteur de 81%, c'est une dynamique de groupe. Donc, exclure un
04:08 enfant, ce n'est pas résoudre le phénomène de harcèlement puisqu'il y a cette dynamique
04:12 de groupe. Donc, la difficulté, c'est de se dire que oui, comme c'est une dynamique
04:17 de groupe, ce n'est pas un enfant, ni deux, ni trois, mais c'est souvent cinq ou six
04:21 enfants qui doivent être exclus. Donc, c'est plus facile au collège et c'est plus difficile
04:26 en primaire. Moi, je milite pour la création d'une vie
04:29 scolaire en école primaire. À un moment, il faut remettre des adultes dans l'établissement
04:35 et notamment au premier degré. On le sait maintenant, c'est 27% des enfants qui nous
04:40 indiquent avoir vécu du harcèlement au premier degré en primaire. Quand ce n'est pas arrêté,
04:44 ça se poursuit au collège. Chaque jour, il y a une nouvelle annonce, une nouvelle mesure,
04:48 une bonne volonté, du courage politique, il y a des chiffres. Après, c'est le taux
04:53 d'impact. Pourquoi on n'arrive pas à faire baisser ce nombre d'enfants harcelés ? Parce
04:58 que dire c'est bien, agir c'est mieux. Donc, je crois qu'on a tout dit, je crois qu'on
05:01 sait tout. Puis maintenant, il va falloir former, protéger, accompagner. Je crois,
05:06 d'une manière générale, la protection de l'enfance, c'est un sujet qui n'est pas
05:11 pris à sa juste mesure. La voix d'un enfant, la vie d'un enfant ne vaut pas autant qu'on
05:16 voudrait bien nous le faire. Donc, il est peut-être temps de changer aussi de vision
05:19 sur l'enfance, se mettre à hauteur d'enfant et se dire « et si c'était moi cet enfant,
05:23 qu'est-ce que j'aimerais ? » Simplement d'être protégé et c'est notre rôle en
05:26 tant qu'adulte.
05:33 [Musique entraînante diminuant jusqu'au silence]
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