00:00 J'aime pas ce monde où il faudrait chacun se rapprocher seulement de ce qui nous ressemble.
00:07 Moi cet album je l'ai fait justement en me disant ça.
00:10 Vous aimez les mélanges ?
00:11 Bah oui, je veux aller vers l'autre et ça veut pas dire se trahir.
00:14 Moi je reste qui je suis et je vous l'ai dit,
00:18 mon pays, moi je l'aime profondément, je suis profondément français, attaché à ma terre, à ce pays là.
00:24 Et en même temps je crois beaucoup à l'autre, je pense que c'est un truc important.
00:29 Pourquoi c'est si difficile aujourd'hui de défendre le mélange,
00:33 de défendre le mélange des cultures, de défendre la nuance aussi ?
00:38 Vous avez cette phrase dans je sais plus quel interview,
00:40 "J'aimerais de la nuance sur chaque sujet, le monde n'est pas noir ou blanc,
00:44 la nuance c'est la liberté, tous les hommes ne sont pas des porcs,
00:46 tous les rappeurs ne sont pas des mecs violents, tous les flics ne sont pas racistes."
00:50 Bah oui, il y a quand même...
00:52 Déjà je trouve qu'au-delà du repli sur ça, il y a une montée de la susceptibilité,
00:56 c'est ça que je n'aime pas trop, c'est que réellement on peut offenser tout le monde
01:02 avec une petite phrase, je veux dire, même moi à chaque fois que je vais parler quelque part,
01:07 je sais qu'il y a un moment donné où, sans le vouloir, tout peut déraper.
01:12 Et parce qu'il y a une susceptibilité ambiante dingue,
01:15 je ne sais pas à quoi c'est dû, je ne suis pas bon pour analyser moi.
01:18 Mais je ressens bien qu'il y a réellement quelque chose de compliqué.
01:21 Et vous pensez que c'est pour ça que les artistes aujourd'hui,
01:23 c'est vrai qu'on se souvient des artistes qui s'engageaient dans la société,
01:27 Jean-Jacques Goldman, "Touche pas à mon pote",
01:29 les Restos du Coeur qui avaient une vision...
01:32 On se souvient de tous les artistes qui venaient même dans les émissions des talk-shows
01:37 et qui disaient, qui prenaient position sur la société.
01:39 Là c'est vrai que les artistes ont peur, on les comprend
01:42 parce que n'importe quel mot devient un bad buzz ensuite sur les réseaux sociaux.
01:46 Et est-ce que ça, ça ne vous frustre pas ?
01:48 Alors, je vais vous dire...
01:51 Quand il y a eu l'attentat du 7 octobre,
01:54 j'ai partagé un hommage.
01:57 Mais ça me paraissait normal, je veux dire, je n'ai pas réfléchi.
02:00 Au bout d'un moment donné, il y a des gens qui sont décapités, ventrés, tués...
02:05 Ça ressemble quand même étrangement à un truc qu'on a vécu nous,
02:08 pour lequel la planète s'est mobilisée, au Bataclan.
02:12 Donc forcément, je partage un hommage.
02:14 Derrière, j'ai reçu des milliers de menaces de mort,
02:17 de menaces de viol de ma femme,
02:20 donc en fait, il y a quand même une violence dingue.
02:24 C'est pour ça que je comprends...
02:26 J'allais dire, j'essaie de comprendre mes collègues.
02:28 Oui, qu'on aurait du mal à s'exprimer.
02:30 Je comprends la peur.
02:32 Mais par contre, je pense que demain, il faut savoir qui est capable d'aller au-delà de cette peur
02:37 et qui ne le sent pas.
02:38 Moi, je considère que quand même, notre rôle...
02:41 Je ne veux certainement pas faire de politique.
02:43 En revanche, s'il y a de l'émotion palpable en face de nous,
02:47 on est désempathique.
02:48 C'est ce qui fait qu'on écrit des chansons.
02:50 Si on a un tant soit peu d'empathie, le 7 octobre, on est terrifié.
02:54 Donc, on s'exprime.
02:55 Moi, je n'ai pas réfléchi, mais je crois que la peur, je la mets de côté.
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