00:00 La politique Mathieu Croissando ou en marge de la politique le ministre de la justice Éric Dupond-Moretti
00:05 comparaît aujourd'hui devant la cour de justice de la République.
00:08 C'est une première dans l'histoire de la République.
00:10 Ah bah oui c'est du jamais vu.
00:11 Un ministre de la justice en exercice sur le banc des accusés devant la cour de justice de la République
00:16 et qui choisit qui plus c'est de demeurer à son poste le temps de l'audience qui devrait durer jusqu'au 16 novembre
00:21 même si des mesures ont été prises comme des délégations de signature
00:24 ou être dispensé de conseil des ministres ou d'aller sur les bancs du gouvernement à l'Assemblée.
00:28 C'est du jamais vu.
00:29 Alors on va rappeler de quoi il s'agit.
00:31 Le garde d'Essot est accusé de conflit d'intérêt dans le cadre de ses fonctions.
00:34 On l'accuse en gros d'avoir voulu régler ses comptes avec des juges avec lesquels il avait eu des différents
00:39 lorsqu'il était avocat.
00:40 Vous vous souvenez d'Éric Dupond-Moretti qui t'a tort.
00:42 Alors dans la première affaire qui lui reprochait il avait dénoncé quand il était avocat
00:47 les méthodes de cow-boy d'un ex-juge en poste à Monaco à l'époque.
00:50 Et puis dans la seconde affaire il s'en était pris à l'enquête barbouzarde selon ses mots
00:55 du parquet national financier dans l'affaire Paul Bismuth qui avait conduit en fait à éplucher
01:00 ses propres factures téléphoniques à lui, Éric Dupond-Moretti.
01:03 Alors les quatre magistrats en cause, un puis trois, un pour l'ex-juge à Monaco
01:07 et trois pour le parquet financier, ont fait l'objet d'enquêtes administratives internes
01:11 depuis la nomination d'Éric Dupond-Moretti Place Vendôme.
01:14 Aucun n'a été sanctionné.
01:15 Et que dit le ministre de la Justice pour sa défense ?
01:18 Il dit que le ministère de la Justice s'est inquiété des méthodes de ces quatre magistrats
01:22 avant même son arrivée au ministère.
01:24 Ce qui est vrai, c'est Nicole Belloubet, son prédécesseur, qui avait demandé la première
01:28 que l'ancien juge de Monaco soit entendu par sa hiérarchie.
01:31 Et puis à l'époque la direction des services judiciaires a envisagé d'ordonner une enquête administrative.
01:35 De même, c'est encore Nicole Belloubet, juste avant l'arrivée d'Éric Dupond-Moretti,
01:39 qui avait ordonné une enquête de fonctionnement sur le parquet national financier.
01:43 Pour sa défense, Éric Dupond-Moretti explique, lui, qu'il a pris en gros les affaires en cours
01:47 et qu'il n'a fait que suivre les recommandations de ses services.
01:50 Mais les syndicats de magistrats contestent cette version des faits et ils reprochent à Éric Dupond-Moretti
01:54 de ne pas s'être déporté de lui-même après sa nomination de tous ces sujets auxquels il pouvait avoir affaire.
02:00 Ce qu'il a fini par faire d'ailleurs, Éric Dupond-Moretti, à l'automne suivant.
02:04 Le garde des Sceaux, de son côté, lui, estime que les syndicats de magistrats n'ont jamais supporté
02:08 qu'un ancien avocat qui avait eu des maux durs contre l'institution soit nommé garde des Sceaux.
02:12 Ce qui est vrai aussi, le jour même de sa nomination, l'USM, le principal syndicat de magistrats,
02:16 avait décrété que c'était une déclaration de guerre.
02:19 Et ce sont bien les trois syndicats de magistrats, ainsi que l'association Anticor, qui ont porté plainte contre le ministre.
02:24 Donc en gros, est-ce qu'Éric Dupond-Moretti a profité de sa nomination pour mener une vente d'État
02:29 contre les juges auxquels il s'était opposé, ou est-ce que c'est lui qui est victime d'une cabale des syndicats de magistrats ?
02:33 C'est ce que la justice va devoir trancher.
02:35 Qu'est-ce qu'il risque ?
02:36 Si il est reconnu coupable de prise illégale d'intérêt, il encourt, en théorie, selon les textes,
02:41 jusqu'à 5 ans d'emprisonnement, 500 000 euros d'amende et une peine complémentaire d'inéligibilité
02:46 et d'interdiction d'exercer une fonction publique.
02:49 Donc on verra bien ce que dit la Cour de justice de la République.
02:51 Pour l'instant, il bénéficie du soutien plein et entier du président de la République,
02:55 qu'il a maintenu à son poste contre vents et marées.
02:57 Il vient d'ailleurs de défendre le budget de la justice, qui dépasse pour la première fois les 10 milliards d'euros.
03:02 Et ça aussi, pour le coup, c'est du jamais vu dans l'histoire de la République.
03:05 Merci Mathieu. Culturez-vous tout de suite. C'est Lorraine.
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