00:00 Et à ce moment-là, on se voit mourir.
00:02 Clairement, on se dit "bon ben voilà, c'est la fin, c'est ici".
00:05 Un trek au Maroc a tourné au cauchemar.
00:08 Plus de 800 femmes participaient à partir du 26 octobre
00:11 à une course d'orientation solidaire dans le Sahara au Maroc,
00:14 le trek Rose Trip, organisé par l'entreprise Desert Tour.
00:17 Le but, financer les recherches contre le cancer du sein.
00:20 Mais le trek a viré au désastre.
00:22 Plus de 300 femmes sont tombées rapidement gravement malades.
00:25 Valentina et Sarah étaient coéquipières.
00:27 Elles nous ont raconté le cauchemar qu'elles ont vécu à partir de leur troisième jour sur place.
00:31 On commence le troisième jour et dès le premier kilomètre,
00:33 je sens que ça va être difficile.
00:36 Et je sens vraiment que mes forces me quittent.
00:39 On arrive au premier PC et là, je m'écroule une première fois.
00:42 Je vois d'autres filles qui sont à côté, qui commencent un peu à vomir aussi,
00:46 qui ne sentent pas bien, ça ne va pas.
00:48 Là, c'est ensuite toute une journée avec des arrêts constants dans les dunes
00:51 pour se vider.
00:53 On croise d'autres filles pareil, qui vomissent ou qui sont très mal.
00:56 Et on arrive au camp et à ce moment-là, je tombe
00:59 et c'est Valentina qui s'occupe de la suite.
01:01 Elle tombe, elle tombe devant l'attente médicale.
01:03 Il y avait une dizaine de femmes, j'étais par terre au sol,
01:06 sur le tapis, avec des couvertures de survie,
01:10 en train de vomir dessus,
01:12 en train d'essayer d'aller aux toilettes, bien ou mal,
01:15 mais sauf que les toilettes, c'était trop loin,
01:17 même pas le temps d'aller aux toilettes, tout simplement,
01:19 et s'y pesser dessus.
01:20 On se dit, non, c'est rien, c'est une petite gastro.
01:23 - Insolation. - Dans quelques heures, ça ira mieux.
01:26 On nous disait de ne surtout pas prendre d'antibiotiques,
01:27 alors qu'on avait avec nous.
01:29 - Il est bon, un peu. - Il est bon, ce qu'il nous fallait.
01:32 Au bout de plusieurs jours d'horreur,
01:33 les premières évacuations ont à leur lieu.
01:35 Je leur dis, je me sens vraiment très mal.
01:37 Ils m'ont dit, non, mais vous, vous allez reprendre le chemin.
01:41 Et on me met des smectadans à la main, une couche dans l'autre,
01:44 en me disant, mais tout va bien se passer.
01:46 Je m'effondre parce que je leur ai dit,
01:48 je n'arrive pas à marcher un mètre.
01:49 Je veux être évacuée, il faut que je sois évacuée.
01:52 Et le temps passe, je me sens sombrer.
01:54 Je sens que ça va de plus en plus mal.
01:56 J'essaie d'appeler à l'aide en m'entendant pas.
01:58 Quand il y a quelqu'un qui passe à côté de moi, on me dit,
02:00 mais il y a des cas plus graves que vous, madame,
02:02 ne pas s'occuper de vous.
02:03 Je pleure parce que je me fais dessus,
02:05 je pars supplier quelqu'un qui passe à côté de moi de m'aider.
02:07 Et cette personne se rend compte que vraiment,
02:09 je commence à être dans un état plus grave que ce qu'elle pensait.
02:12 Le médecin vient et il me dit, bon, elle est en état de choc.
02:14 En gros, la phase avant le coma.
02:16 Mon cœur s'accélère, je n'ai plus le pouls perceptible.
02:20 J'ai la tension à 7.
02:23 Mon corps se met à trembler entièrement.
02:26 Je me vomis dessus, je me fais dessus.
02:28 Je commence à avoir du mal à savoir si c'est la réalité ou pas.
02:30 Je vois Valentina qui est dans sa couche à côté, qui déborde.
02:34 Je me dis que ce n'est pas possible, ce n'est pas vrai.
02:38 Et là, j'entends, il nous faut un hélico.
02:41 Et je réalise que c'est pour moi, en fait.
02:43 Et que les autorités leur disent, mais il n'y a pas de hélico ici.
02:46 Et à ce moment-là, on se voit mourir.
02:49 Clairement, on se dit, bon, ben voilà, c'est la fin, c'est ici.
02:52 Mon dernier souvenir, c'est d'être dans l'ambulance
02:54 et d'arriver dans une chambre avec un docteur
03:00 qui était assis, il y a un gynécologue qui me serrait très fort la main
03:03 et qui me disait, reste là, reste là, reste là.
03:06 J'étais bourrée, j'étais morte.
03:08 J'étais presque morte.
03:09 Alors, c'est trois jours d'hôpital,
03:12 trois jours où on a été remonté par une équipe incroyable
03:16 qui n'a pas compris non plus...
03:20 - Le pourquoi. - Le pourquoi, pourquoi.
03:21 On n'avait pas été évacués plus tôt, pourquoi on est arrivés dans cet état-là ?
03:25 Et l'hygiène du camp est clairement mise en cause.
03:27 C'est une infection avec une bactérie qui s'appelle Shigella.
03:30 C'est une antérobactérie qui, en gros, est responsable de la dysenterie
03:35 et qui fait des milliers de morts chaque année en Afrique.
03:37 On a, en gros, une fosse à caca, on ne peut pas appeler ça autrement
03:40 parce que ce n'est même pas une fosse septique,
03:41 c'est une fosse à ciel ouvert
03:42 où sont déversés tous les excréments de toutes les filles.
03:46 Cette fosse se trouve juste à côté des cuisines.
03:49 Donc imaginez une fosse à ciel ouvert avec des milliers de mouches
03:52 qui vont d'un plat à un autre, d'une bouche à une autre
03:54 et qui nous collent toute la journée.
03:57 Le dessin est assez rapide à se faire.
04:00 Contrairement aux avis unanimes des participantes,
04:02 l'organisateur Desertour évoque de son côté une origine virale
04:06 et dit coopérer pleinement pour déterminer la nature,
04:09 l'origine de l'épidémie ainsi que la façon dont elle s'est propagée.
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