00:00 Mesdames et messieurs, c'est Younes Taleb au micro.
00:09 Bienvenue dans ce nouvel épisode de Riadh Acast, votre rendez-vous sportif sur Menara
00:14 Podcast.
00:15 Le Maroc s'est classé 12e au tableau des médailles des Jeux Mondiaux des Sports de
00:20 Combat 2023.
00:21 Cette compétition dominée par l'Ukraine dans sa troisième édition s'est déroulée
00:26 du 20 au 30 octobre à Riadh.
00:28 La sélection nationale y a obtenu 15 médailles, 5 en or, 3 en argent et 7 en bronze.
00:34 Alors, on va profiter de cette actualité pour parler des sports de combat au Maroc
00:39 et donc j'ai le plaisir d'accueillir l'ancien champion du monde de karaté Hassan Fouqak.
00:44 Il est actuellement directeur technique du CNOM, Comité National Olympique Marocain.
00:49 Si Hassan, bienvenue parmi nous sur Riadh Acast.
00:53 Bonjour Younes, merci beaucoup pour ton invitation et je salue tous tes auditeurs.
00:58 Merci encore pour partager ces moments avec toi.
01:02 Avec plaisir.
01:03 Alors, comme je l'ai dit dans la présentation, le Maroc s'est classé 12e lors de ses Jeux
01:08 Mondiaux des Sports de Combat.
01:09 15 médailles à la clé, dont 5 en or.
01:12 Si Hassan, comment évaluez-vous les résultats de la sélection marocaine ?
01:16 D'abord, c'est des Jeux Mondiaux qui ont réuni plusieurs pays et le Maroc termine
01:23 12e sur le classement général.
01:25 Premier pays africain au classement, c'est un résultat exceptionnel, c'est un très
01:31 bon résultat comme on dit.
01:33 Cela prouve qu'il y a un engouement de la pratique des sports de combat au Maroc et
01:39 que notre jeunesse se porte bien.
01:40 Alors, dans ces Jeux Mondiaux, le Maroc s'est illustré plus particulièrement au karaté
01:46 et ce, après avoir terminé au lama en tête du classement général.
01:50 Nos karatékas ont récolté une moisson de 6 médailles, dont 2 en or, 1 en argent et
01:56 3 en bronze.
01:57 Ils sont arrivés premiers devant l'Arabie Saoudite et l'Algérie.
02:01 Si Hassan, quel est le secret de la consécration marocaine dans cette discipline qui est le
02:06 karaté ?
02:07 Alors, le secret est très simple.
02:10 Le karaté, depuis quelques années, a travaillé sur un projet sportif.
02:14 Ce projet a été construit sur une stratégie efficace avec l'accompagnement de professionnels
02:21 du sport.
02:22 Aujourd'hui, le karaté est doté, ou la Fédération Royale Marocaine du Karaté est
02:25 dotée d'un centre d'excellence, d'un centre national qui regroupe les élites.
02:30 Ils sont là 24h/24, 7j/7 et ils s'entraînent pratiquement 4h-5h par jour avec un accompagnement
02:38 je dirais nutritionnel, avec un préparateur physique, avec un accompagnement médical.
02:43 Et ces jeunes qui sont dans le centre bénéficient de ce qu'on appelle le double projet, c'est-à-dire
02:48 font du sport de haut niveau et en même temps ils font leurs études avec à leur disposition
02:52 tout un staff pour les accompagner dans ce deuxième projet.
02:55 Donc il y a ce qu'on appelle une prise en charge globale des sportifs.
02:59 Et puis, en plus de tout ça, il y a une forte implication du président Sidi Morsad.
03:05 Donc si vous voulez, tous les ingrédients sont réunis pour performer et pour faire
03:09 des résultats au niveau international et mondial.
03:11 D'accord, on revient au sport de combat.
03:14 Où en est aujourd'hui la pratique de ces sports au Maroc ?
03:17 Alors, les sports de combat au Maroc, il y a un enroumant.
03:22 Il y a beaucoup de Marocains qui pratiquent les sports de combat, surtout qu'il y a des
03:27 sports qui reviennent à la mode, etc.
03:29 Il y a aussi des modèles marocains qui brillent sur la scène internationale ou qui ont brillé
03:36 sur la scène internationale.
03:37 Je citerai Badr Hari qui a été un des meilleurs boxeurs en kickboxing pieds-poing au monde.
03:45 Il y en a d'autres en karaté.
03:47 Il y a Asala Fouchel qui a été championne du monde de karaté.
03:49 Et il y en a plein d'autres.
03:51 Dans d'autres disciplines également.
03:53 Il y a la petite Fatemzana Boufares qui a été championne olympique de la jeunesse en 2018,
03:59 médaille d'or aux Jeux olympiques de la jeunesse.
04:01 Donc si vous voulez, il y a un enroumant de la pratique des sports de combat et des arts
04:06 martiaux au Maroc.
04:07 La population marocaine, il y a 67% de la population marocaine a moins de 35 ans.
04:13 Donc vous voyez, il y a une jeunesse, il y a la matière première.
04:16 Donc il y a une grande pratique.
04:18 Maintenant, je peux vous dire, et je vais peut-être vous surprendre, le potentiel du
04:22 Maroc est révélé ou réalisé ou exploité à 40% par rapport aux résultats sur la scène
04:29 internationale.
04:30 Donc j'ai envie de dire d'une façon encore plus simple, les résultats que nous voyons
04:35 aujourd'hui ne représentent que 40% de ce que peuvent faire les Marocains.
04:39 Vous allez me dire, où est-ce que se casse cette différence de 60% ?
04:43 Eh bien ces 60% justement, on peut aller les chercher, on peut les combler, on peut progresser
04:49 dans ces 60%, entre autres en améliorant la formation, en mettant en place la formation
04:55 des entraîneurs des sports de combat.
04:57 Parce qu'aujourd'hui, et là je vais vous donner un chiffre très précis, 85%, je vous
05:04 le dis, 85% des entraîneurs dans les salles de sport de combat n'ont aucune formation
05:11 scientifique et psychopédagogique.
05:13 Ils ont tous une formation, ce qu'on appelle technique, c'est-à-dire que l'entraîneur
05:17 aujourd'hui, il a lui-même pratiqué, il a atteint un certain niveau, ceinture noire,
05:22 premier dan ou jusqu'à cinquième dan ou septième dan, il a pratiqué et il va reproduire
05:28 ce que lui-même a appris pour l'enseigner aux autres.
05:32 C'est bien, mais ce n'est pas suffisant.
05:34 Aujourd'hui, pour avoir un enseignement et un entraînement optimal, il est indispensable
05:40 que l'entraîneur soit aussi formé dans des matières scientifiques telles que l'anatomie,
05:45 la physiologie, la biomécanique, la psychopédagogie, la communication, pour améliorer, je dirais,
05:52 son approche pédagogique de l'enseignement.
05:54 Et donc cette lacune, elle est très importante, qui est la formation, qui est pratiquement
05:59 inexistante chez nous aux marins.
06:01 Donc c'est un point qui nous permettra certainement de progresser et d'améliorer le potentiel
06:06 de nos pratiquants ou de nos sportifs qui participent au niveau international, mais
06:10 aussi d'améliorer le quotidien des pratiquants et des adhérents.
06:14 J'ai une autre question, pourquoi on n'arrive pas à produire des champions dans ces disciplines ?
06:19 Alors, c'est une question très importante.
06:22 Pourquoi le Maroc ne produit pas beaucoup de champions dans différentes disciplines
06:27 et dans les disciplines de commun ?
06:29 D'abord, on constate qu'il y a beaucoup de champions du monde, champions olympiques
06:34 marocains dans l'espoir du combat, entre 14 ans et 18 ans.
06:40 Nous avons beaucoup de champions du monde en karaté, en kv, en junior et en espoir.
06:48 Et à partir des 18 ans, les choses se compliquent, quand il devient seigneur, ce complique.
06:52 Vous allez me dire pourquoi ?
06:53 Parce qu'il y a beaucoup de jeunes qui abandonnent la pratique de haut niveau, parce que nous
06:57 n'avons pas au Maroc ce qu'on appelle le statut du sportif de haut niveau, c'est-à-dire
07:02 la possibilité pour un sportif de haut niveau dans l'espoir du combat de poursuivre sa
07:07 carrière de sportif de haut niveau et en même temps de se former ou d'étudier.
07:12 Il n'y a pas, je dirais, de possibilité chez nous au Maroc pour le faire.
07:17 Aujourd'hui, on voit à peine quelques collèges et lycées qui font sport-études, c'est
07:22 bien, ce n'est pas suffisant, mais au-delà de la terminale, il n'y a rien.
07:27 À l'université, si vous n'êtes pas présent, si vous ne passez pas les examens,
07:31 vous ne réussissez pas votre année.
07:32 Alors il y a beaucoup de jeunes marocains qui ont un talent et un potentiel exceptionnels
07:37 et qui abandonnent parce qu'ils donnent la priorité aux études.
07:40 Parce qu'effectivement, dans certains sports, ce qu'on appelle les sports amateurs, même
07:46 si le sportif s'entraîne 4 heures par jour comme un footballeur ou comme je dirais un
07:51 autre sport professionnel, même s'il s'entraîne beaucoup, il n'a pas, si vous voulez, ce
07:58 statut de professionnel où le sport n'est pas encore professionnalisé.
08:01 Donc il ne peut pas vivre de sa pratique sportive.
08:05 Il est obligé soit de continuer ses études supérieures et donc d'abandonner le sport
08:09 de nouveau, soit de trouver un travail et dans ce cas-là aussi, abandonner la pratique
08:14 du sport de nouveau.
08:15 Alors le constat est là, les jeunes pratiquants ne font pas des sports de combat leur métier
08:20 d'avenir, mais comment on peut donc remédier à ce problème ?
08:23 Alors c'est compliqué.
08:25 Il y a certains, je dirais, projets qui permettent d'y remédier.
08:29 Le premier projet, c'est l'implication de la Fédération pour mettre en place, avec
08:35 bien sûr le ministère de l'Éducation nationale et avec le ministère des Sports, le statut,
08:40 remettre en place le statut du sportif de haut niveau.
08:43 Qu'est-ce que ce statut du sportif de haut niveau peut apporter ? Il peut apporter à
08:47 ce qu'on puisse aménager ce qu'on appelle le temps scolaire, pour donner la possibilité
08:52 à un jeune qui a 14 ans et qui fait du sport de haut niveau de pouvoir en même temps s'entraîner,
08:57 en même temps faire ses compétitions, mais en même temps poursuivre ses études d'une
09:01 façon sereine.
09:02 Donc il aura toujours l'assurance qu'il va équilibrer entre son projet sportif et son
09:06 projet d'études.
09:07 Quand il arrive au terminal, là aussi il faut l'accompagner pour qu'il puisse continuer
09:12 son sport de haut niveau et en même temps réussir sa terminale.
09:15 Et puis il passe à l'université.
09:17 Il doit avoir le choix de faire les études qui lui conviennent et qui l'aura choisie,
09:23 mais avec un allégement du temps, avec un aménagement du temps et avec un soutien et
09:28 un accompagnement pour qu'il puisse réussir ses études et avoir un diplôme pour après
09:33 pouvoir travailler et en même temps réaliser son rêve, réaliser ses performances dans
09:38 son sport de choix.
09:39 Ce système que je décris, c'est celui qu'on retrouve dans beaucoup de pays qui
09:44 excellent dans le sport d'une façon générale.
09:46 C'est celui qu'on trouve par exemple aux États-Unis, en Grande-Bretagne, un petit
09:49 peu en France, un petit peu en Espagne.
09:51 Vous voyez, aménagement du temps scolaire, le double projet pour que le sportif ne soit
09:57 pas lévé, d'accord ? Et à la fin de sa carrière, il sera rassuré qu'effectivement
10:03 il peut faire sa carrière sportive et à la fin de sa carrière, il peut se réorienter,
10:07 il aura déjà une formation de base ou certainement un diplôme qui lui permettra de rentrer dans
10:13 la vie acclimée.
10:14 Ça c'est très important, me semble-t-il, à mettre en place et surtout mettre en place
10:19 parce que malheureusement ça n'a jamais été fait, le statut du sportif d'origine.
10:23 Alors après, c'est un projet individuel, c'est un projet personnel, quelqu'un
10:29 qui veut ou qui a un rêve d'être champion du monde dans une discipline, dans un sport
10:34 de combat, boxe, karaté, taekwondo, judo, la lutte, etc.
10:39 Avant tout, c'est un projet personnel et à lui de mettre en place les ingrédients
10:44 qu'il faut pour qu'il puisse réaliser son projet, réaliser son rêve et réfléchir
10:50 à l'après-projet ou à l'après-médaille.
10:51 Comment je fais pour faire une reconversion ? Est-ce que je vais rester dans le même
10:55 domaine, c'est-à-dire dans le sport, ou est-ce que je réalise mon rêve et puis après
11:00 je peux m'en servir comme trompe-l'œil pour aller vers d'autres domaines professionnels
11:04 ? Et c'est tout à fait possible.
11:06 C'est une réflexion que nous devons mener depuis le début du projet, ou bien depuis
11:11 le début de l'accompagnement du sportif de haut niveau.
11:14 C'est pour cela d'ailleurs que revient le cas du karaté, et le karaté a pu faire
11:19 des résultats parce qu'il y a à peu près une dizaine d'années, nous avons travaillé
11:22 sur un projet global et un double projet pour le pratiquant, et non pas juste pratiquer
11:28 pour faire des résultats.
11:29 Il nous faut absolument qu'il y ait un projet sur du cours, sur du moyen et surtout sur
11:36 du long terme.
11:37 Et donc avec cette notion de projet, cette notion de double projet sportif et professionnel,
11:43 je suis convaincu qu'on peut donner la possibilité et l'opportunité à nos talents marocains
11:48 de s'exprimer au niveau international et au niveau mondial.
11:52 Hassan Tzoukek, merci d'avoir été parmi nous sur Liadacast et d'avoir répondu à
11:56 nos questions.
11:57 Merci à vous Siyounes, merci et bonne continuation à vous.
12:01 Merci, c'est la fin de notre podcast, merci de l'avoir suivi.
12:04 Je vous donne rendez-vous très bientôt pour un nouvel épisode, sur ce, sportez-vous bien.
12:08 [Musique]
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