00:00 Un regard sur l'actualité culturelle maintenant avec Elisabeth Philippe et vous nous parlez
00:04 ce matin du nouveau destin de Sissi, pas le président égyptien, l'impératrice évidemment.
00:09 On oublie les valses de Strauss, les crinolines froufroutantes et les bons sentiments qui
00:19 dégoulinent comme les pommes juteuses d'un strudel.
00:21 Crime de lèse-majesté, on oublie même Romy Schneider, figée pourtant bien malgré elle
00:26 en éternelle Sissi.
00:27 De nos jours, l'impératrice d'Autriche et reine de Hongrie connaît une nouvelle jeunesse
00:30 et vire franchement princesse rebelle façon Lady Di ou Stéphanie de Monaco, bien qu'à
00:35 ma connaissance elle n'ait jamais entonné "Wie ein Hurrikan" comme un ouragan en allemand.
00:40 L'an dernier, le film Corsage avec la formidable Vicky Kripps décorsetait déjà l'image
00:46 de la souveraine montrant une Elisabeth de Wittelsbach, dite Sissi, en révolte contre
00:50 les conventions étouffantes de la cour de Vienne.
00:53 Il y a aussi une série Netflix, l'impératrice avec une Sissi maussade et ténébreuse.
00:57 Et puis vient de sortir en salle Sissi et moi de la réalisatrice allemande Frauke Finsterwalder
01:02 avec Susan Wolf dans le rôle de Sissi et Sandra Uller, l'actrice géniale d'Anatomie
01:07 d'une chute dans le rôle d'Irma Staraï, la dame de compagnie de l'impératrice.
01:11 Le film ne se déroule quasiment jamais à la cour mais nous emporte au contraire au
01:15 bord de la mer, à Corfou où Sissi s'était fait construire un palais, dans les rues d'Alger
01:19 ou encore dans la campagne anglaise.
01:20 Les deux femmes sont tout le temps en mouvement, elles marchent, elles galopent dans des vêtements
01:24 qui ne les entravent pas.
01:25 Elles évoluent dans un quasi-gynaecé, entourées seulement de femmes et/ou d'homosexuels.
01:29 Sissi fume, elle rote, elle se fait vomir, elle se fait tatouer, elle maigrit avec de
01:33 la cocaïne, elle refuse de coucher avec l'empereur et préfère la proximité de sa dame de compagnie
01:38 qui pour sa part trouve que les hommes ressemblent à des nappes.
01:41 Pour la bande-son, la cinéaste a choisi le décalage, un peu comme Sofia Coppola pour
01:46 sa mari Antoinette, en optant pour des titres de Portiched, Nico ou cet hymne féministe
01:51 du groupe Le Tigre.
01:52 Le film Elisabeth transforme donc Sissi en héroïne féministe.
02:05 Oui, après Barbie, après Bernie, Bernadette Chirac, c'est donc au tour de Sissi de passer
02:10 à la moulinette féministe.
02:11 Mais ici, cette relecture semble parfaitement justifiée.
02:13 Même si la réalisatrice de Sissi et moi insiste sur le fait qu'elle a réalisé un
02:17 film de fiction, sa Sissi semble finalement plus proche du personnage historique.
02:21 Bien sûr, les films avec Romy Schneider montraient eux aussi une Sissi mal à l'aise à la cour,
02:26 nostalgique de sa bavière natale et même son rôle politique, notamment dans le rapprochement
02:30 entre l'Autriche et la Hongrie, était esquissé.
02:32 Mais tous ces aspects étaient ensevelis sous l'épais glaçage romantique au kitsch.
02:36 En dépouillant son film de ce décorum pesant, Frau Köffensterwalder rend plus sensible
02:40 la solitude d'une femme mariée à 15 ans à un empereur et toute sa vie dépossédée
02:44 d'elle-même.
02:45 Après, on pourrait aussi consacrer des films à des vraies héroïnes féministes, pas
02:48 seulement à des femmes qui ont subi, mais à des femmes qui ont lutté contre l'oppression.
02:52 Je pense notamment à l'anarchiste russe Emma Goldman, à la journaliste allemande
02:56 Clara Zetkin qui était à l'origine de la journée internationale des droits des femmes,
03:00 ou encore Hubertine Auclair, militante française pour le droit de vote des femmes.
03:04 Toutes, plus ou moins, des contemporaines de Sissi.
03:07 Merci Elisabeth Philippe.
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