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00:02 7h - 9h, RTL Matin.
00:05 Avec des mots superbes
00:11 qui portent son histoire à travers ses accents
00:15 où l'on sent la musique et le parfum des airs
00:19 le fromage de chèvre et le pain de frogo.
00:23 Bonjour Eliane Viennot. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur RTL. Vous êtes historienne, linguiste,
00:29 professeure à mérite de littérature.
00:31 Emmanuel Macron inaugure donc aujourd'hui à Villers-Cotterêts dans l'Aisne son grand projet culturel. Lancé en 2017, la Cité internationale de la langue française.
00:38 L'ouverture au public est prévue pour mercredi. Une maison commune offerte à tous les francophones, nous dit l'Elysée. Est-ce que ça vous semble utile ?
00:45 Ah oui oui, moi je trouve l'idée très bonne. Évidemment j'ai pas vu à quoi ça ressemble
00:51 mais je trouve que l'idée est très bonne parce que nous avons des idées
00:55 tout à fait fausses en général sur la langue française. Nous n'apprenons pas, nous ne connaissons pas l'histoire de la langue française
01:01 y compris les gens qui l'enseignent en général à l'école ne connaissent pas cette histoire. Donc oui oui c'est très utile.
01:07 Le sous-entendu de la création de cette Cité internationale de langue française
01:11 est-il que notre langue est en danger ? Ce qui est quelque chose qu'on entend très régulièrement et je veux bien avoir votre avis là-dessus.
01:17 Alors non, le français n'est pas en danger.
01:19 L'ONU
01:21 publie régulièrement un atlas des langues en danger.
01:24 Le français n'en fait pas partie. Il y a des langues en France qui en font partie. Le gascon est une langue en danger,
01:31 l'occitan est une langue en danger, le breton est une langue en danger. Il y a une définition très précise des langues en danger, ce sont les
01:39 langues que les enfants n'apprennent plus comme langue maternelle. Donc ce sont des langues qui sont évidemment en danger de disparaître
01:48 si on ne fait pas quelque chose pour qu'elles ne disparaissent pas.
01:52 Donc vous nous dites qu'on en est bien loin en ce qui concerne le français à l'échelle du pays.
01:55 C'est une plaisanterie de parler que non seulement à l'échelle du pays mais à l'échelle du monde.
02:00 C'est ce que j'allais vous demander, la francophonie ça existe encore ?
02:02 Bien entendu, il y a plus de 280 millions de gens qui parlent ou qui écrivent le français, soit comme langue maternelle
02:10 et rien d'autre comme nous en général, soit
02:14 bilingue, trilingue, etc.
02:16 Et pourtant Eliane Viennot, on observe et on commente en permanence une baisse continue du niveau de français
02:21 de nos jeunes élèves depuis des années. Est-ce qu'il faut être inquiet ? Est-ce que c'est une réalité ?
02:26 Et d'ailleurs est-ce que cette baisse continue est d'une certaine façon une sorte de fantasme d'invasion ? Comment percevez-vous les choses ?
02:33 Alors il faut être inquiet parce que les autorités ne se décident pas à
02:39 changer les choses et à faire qu'elles soient un peu plus simples. Par exemple en Italie,
02:44 en Espagne, on a
02:46 modernisé, on a simplifié l'orthographe parce que notre orthographe est beaucoup trop compliquée.
02:52 C'est pas vrai qu'elle est rationnelle, ce n'est pas vrai qu'elle est étymologique, elle est pleine d'irrationalité.
02:58 Mais elle est historique non ? Et là on peut essayer de la préserver ?
03:01 Non, non, c'est pas historique, c'est simplement que les
03:05 les nettoyages n'ont pas eu lieu.
03:08 On a eu une grande réforme orthographique au milieu du 19e siècle et depuis on attend d'autres réformes orthographiques.
03:16 La dernière, celle de 1990, n'est pratiquement pas appliquée. En général la presse ne la connaît pas.
03:21 Moi-même qui était enseignante à l'époque, je n'ai jamais été avertie qu'il y avait eu une
03:27 réforme orthographique. Voilà, il faut la faire.
03:30 Excusez-moi mais en termes de marine, vous êtes en train de nous dire qu'il faut nettoyer le pont.
03:33 Vous comprenez que la moitié de ceux qui nous écoutent là sont stupéfaits. Ils se disent "mais comment un professeur émérite de français peut-il nous
03:38 dire qu'il faut aujourd'hui à nouveau, en quelque sorte, refaire la coiffure du français ?"
03:43 Oui, donc c'est ça qui est inquiétant.
03:44 Parce que c'est ça qui est inquiétant. Parce que si on ne change pas ces choses-là, si on ne se décide pas à
03:51 simplifier ce qui pourrait être simplifié de manière raisonnable,
03:54 bien entendu, les Italiens, les Espagnols qui ont fait ça n'écrivent pas n'importe comment. Ils ont fait des réformes pensées.
04:00 Si nous ne faisons pas ça, nous savons ce qui va se passer. C'est-à-dire que l'écart
04:06 entre ce que font les francophones, les français, les françaises et la norme va continuer de
04:12 s'agrandir. Et nous allons continuer de nous désoler, année après année, de ce que le niveau baisse.
04:18 - Et si je vous dis que vous tirez le français vers le bas ?
04:20 Et que demain vous m'expliquez que pour le code de la route on n'est plus forcément obligé de respecter le rouge,
04:25 l'orange et le vert parce que d'une certaine façon on devrait trouver une sorte d'harmonie ?
04:28 - Non, c'est le contraire. C'est-à-dire que, au contraire, le code de la route
04:32 normalement est censé être rationnel. Et quand il y a des choses qui ne l'étaient pas, elles ont été
04:36 rationalisées. Donc c'est ça qu'il nous faut faire dans notre langue. Il ne s'agit pas de
04:41 d'écrire n'importe comment. Personne ne propose cela. Tous les gens qui sont favorables à des réformes
04:46 autographiques sont en général des gens très savants, qui sont très raisonnables.
04:50 Mais il faut y arriver. Il faut le faire.
04:53 - Eliane Viennot, une proposition de loi venant de la droite arrive aujourd'hui au Sénat. Elle prétend, je cite,
04:57 "protéger la langue française des dérives de l'écriture dite inclusive".
05:01 Comprenez-vous les réticences que cette forme d'écriture suscite ?
05:03 - Je les comprends dans la mesure où le débat est très mal parti, où le débat est très mal expliqué.
05:11 Je trouve qu'il y a, ce que je dis souvent, une sorte d'hystérisation autour de ce sujet qui n'en est pas vraiment un.
05:20 Et qui...
05:23 Je comprends absolument pas comment il se fait que les élus ne se renseignent pas sur le fait qu'il n'y a pratiquement pas de sujet.
05:30 Le seul sujet qui les inquiète en général, parce qu'ils ne se sont pas
05:33 demandé vraiment "qu'est-ce que c'est que le langage égalitaire ?" Nous voulons... Les gens comme moi
05:38 demandent à ce que le français devienne plus égalitaire.
05:42 Ce que nous savons faire, nous savons dire bonjour à tous et à toutes.
05:44 Vous voyez, on n'a pas besoin d'inventer le mot "toutes". Nous avons besoin d'apprendre à l'utiliser.
05:49 Ce qui est tout à fait autre chose. Donc c'est ça le langage égalitaire, c'est de dire il y a des joueurs et des joueuses, des auditeurs et des auditrices.
05:57 Il faudrait apprendre un petit peu à faire des accords comme le faisaient Racine ou Montaigne, etc. C'est-à-dire des accords de proximité, des accords égalitaires.
06:04 Mais l'histoire du point médian sur lequel tout le monde se focalise, c'est rien du tout.
06:10 - Si je vous dis que... - C'est rien du tout.
06:12 Je finis juste la phrase. En général, on ne se rend pas compte que c'est juste un
06:16 candidat, on va dire, qui a remplacé les "e", les parenthèses. Vous savez "marié" entre parenthèses "e".
06:23 Vous avez sur votre carte d'identité "né" entre parenthèses "e", "le".
06:27 Enfin, les anciennes cartes d'identité, ça a changé.
06:30 - Pardonnez-moi, mais si je vous dis que l'inclusif, c'est excluant pour ceux justement qui n'ont pas les codes.
06:34 - Alors ce qui est...
06:36 - On...
06:38 On dramatise leur situation.
06:40 - Ce qui est excluant, c'est de dire "bonjour à tous" quand il y a des "toutes" au bout du fil.
06:44 Ça exclut la moitié de la population.
06:47 - Merci beaucoup Eliane Viennot. Je rappelle que vous êtes professeure à mérite de littérature.
06:51 de l'environnement.
06:52 [SILENCE]
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