00:00 Depuis tant qu'on est comme Refuge les livres, il reste toujours de l'espoir.
00:03 Avec Clara Dupont-Monnaud, depuis au moins 10 ans, on construit des remparts de livres.
00:08 Vraiment, voici une recommandation de plus à ajouter à la longue liste de vos conseils littéraires, ma chère Clara.
00:16 Oui, surtout qu'on est dimanche en plus, Charline.
00:18 Donc qu'est-ce qu'un bon dimanche sans un bon roman ?
00:20 C'est un dimanche tiède.
00:22 Et on n'est pas comme ça, nous.
00:24 C'est pour ça que je vous ai amené le...
00:26 C'est clair.
00:28 Qu'est-ce qu'il y a ?
00:30 Mais non, mais on vous écoute, Clara.
00:32 Le Café sans Nom de Robert Zettler.
00:34 Allez, vas-y, Clara.
00:36 Dans ce livre, on s'aperçoit que, ça arrive de temps en temps, mais Juliette confirmera,
00:42 de temps en temps dans les romans, on s'aperçoit que le personnage principal, c'est pas forcément une personne,
00:47 mais ça peut être un lieu.
00:49 C'est-à-dire que l'endroit où se déroule l'histoire, il a tellement d'importance que c'est lui, en fait, le centre du livre.
00:56 Alors, ça peut être une rue, un château, ça peut être une chambre, Emeric, ça peut être un bord de mer.
01:02 Dans ce roman, c'est le café qui tient la première place, un café à Vienne, dans les années 50.
01:09 Au départ, ce café, il est un peu comme nous le dimanche matin, c'est-à-dire qu'il n'a pas très bonne mine,
01:15 il est un peu défraîchi.
01:17 Et ce que j'adore dans ce livre, c'est que pour décrire la décrépitude, l'auteur écrit, je cite,
01:23 "À certains endroits, le papier peint se gondolait. On aurait dit que les murs avaient des visages.
01:29 Ils ont besoin d'air, se dit Simon."
01:32 Et donc, vous entendez que déjà le café, il est humanisé, on parle de visage, on parle de besoin d'air.
01:38 Et celui qui comprend ça quasiment immédiatement, c'est ce fameux Simon qui rachète le café.
01:44 Il le retape, il le repeint, il le nettoie avec le soin d'une mère.
01:49 Et en effet, ce café est presque comme son enfant.
01:53 Simon n'a ni famille, ni fortune, il a juste une envie qui, à un moment, a rencontré un lieu.
02:00 Et en fait, c'est ça, la grande histoire entre les lieux et les hommes, c'est une histoire de rencontres.
02:07 Et sans doute que ça nous est tous arrivé, c'est que, par exemple, on a besoin de repos,
02:12 et puis on tombe sur un paysage qui apaise.
02:15 On a envie de changer de vie, et notre route croise celle d'une maison, et à ce moment-là, tout devient possible.
02:22 En ancien français, le mot "endroit" n'était pas un nom commun comme aujourd'hui, c'était un adverbe.
02:27 Et il signifiait exactement.
02:29 Eh bien, c'est ça, un endroit exactement fait pour vous et qui vous donne une place.
02:36 Et quand le matin éclaire la ville de Vienne, que Simon attend ses premiers clients,
02:41 il s'assied, il regarde, et il est à sa place.
02:45 Bientôt arrivent les clients, et Simon écoutera des vies, il va servir de l'alcool toute la journée, beaucoup,
02:52 et une seule journée vaudra toutes les études sur la société viennoise de l'après-guerre.
02:58 Et d'ailleurs, dans ce roman, il y a des pages magnifiques qui sont uniquement des phrases entendues dans le café.
03:05 Par exemple, Simon entend...
03:08 J'ai toujours eu envie d'une maison au bord de l'eau.
03:11 À l'époque, je ne l'écoutais pas. J'étais assez bête pour être heureuse.
03:14 Ça ne veut rien dire, un Viennois sur deux est nazi. Où seraient-ils tous passés, sinon ?
03:19 Apportez-moi un quart de rouge, ça fait de jolis reflets au soleil.
03:23 Et vous voyez, cette dernière phrase nous rappelle qu'il n'y a qu'une lettre de différence, finalement, entre "lieu" et "cieux".
03:29 Je vous redonne les références.
03:31 - Bonjour. - Bonjour.
03:32 - Moi aussi, j'ai déjeuné avec Fromet. - Ça bosse, ça bosse.
03:34 Madame écrit des livres.
03:36 Et déjeuner avec Fromet.
03:38 Le café sans nom de Robert Zettler est paru chez Sabine Vespizeur.
03:42 Merci beaucoup, Clara Dutounianou.
03:46 (Applaudissements)
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