00:00 À quel moment est-ce qu'on s'est égaré ?
00:02 -Le constat, c'est que nous sommes en train d'entrer
00:07 dans une nouvelle phase de l'histoire.
00:09 Nous avons pris l'habitude, déjà, de l'appeler
00:12 la nouvelle guerre froide.
00:14 Et alors que, pour la première, nous avons un peu les repères,
00:18 nous avons fini par connaître exactement les puissances,
00:22 les idéologies qui étaient en place,
00:25 là, nous sommes un peu perdus.
00:27 Nous ne savons pas ce que c'est, nous ne savons pas comment
00:30 on en est arrivé là, nous ne savons pas où nous allons.
00:33 Et j'essaie de comprendre
00:36 en étudiant le parcours de quatre pays.
00:39 -Le Japon, la Russie, la Chine et les Etats-Unis.
00:46 -C'est un texte qui témoigne d'une grande inquiétude,
00:49 évidemment, mais aussi d'une passion,
00:51 d'une passion pour l'histoire,
00:53 qui peut toujours nous enseigner quelque chose,
00:56 sur des erreurs sans cesse reproduites.
00:58 Quelles seraient-elles, ces erreurs, Amine Malouf ?
01:01 -Je dirais que chacun des quatre pays
01:03 a commis ses propres erreurs.
01:06 Le choix de ces pays est déterminé par le fait
01:11 que les trois premiers,
01:14 le Japon de l'ère Meiji,
01:16 la Russie soviétique
01:19 et la Chine d'aujourd'hui,
01:21 sont les trois grands pays qui ont défié, à un moment donné,
01:26 la supermacie de l'Occident
01:29 et ont voulu la supplanter.
01:32 Et le quatrième, c'est le pays occidental,
01:36 qui est devenu...
01:38 qui a d'abord fait face aux trois défis,
01:41 successivement, et qui est devenu, d'une guerre à l'autre,
01:46 la première puissance globale
01:49 et, évidemment, le chef de file de l'Occident.
01:52 Donc, ce livre raconte
01:55 les quatre pays. Ce n'est pas un livre
01:57 sur la philosophie de l'histoire, c'est un livre
02:00 qui raconte quatre parcours qui me paraissent édifiants.
02:03 -C'est un livre que vous avez dédié à votre mère, Amine Malouf.
02:08 -Ma mère est née en Egypte en 1921
02:11 et est décédée en France en 2021,
02:14 un peu avant son centième anniversaire.
02:17 Et elle est restée lucide
02:21 et heureuse, j'allais dire,
02:24 pratiquement jusqu'aux dernières semaines de sa vie.
02:28 Et je pense que...
02:30 J'avais l'habitude de lui porter chaque livre dès qu'il sortait.
02:33 Celui-ci, je ne pourrais pas le lui porter,
02:36 mais je l'ai dédié.
02:38 -On lui envoie, en tout cas, dans la grande librairie.
02:41 Vous avez pensé à elle quand vous avez été élu secrétaire perpétuel
02:44 de l'Académie française ? -Oui, elle était venue
02:47 au moment de ma réception à l'Académie.
02:49 Elle était présente souvent dans tous les grands événements
02:53 de ma vie. Je vois sa photo derrière vous.
02:56 Elle m'a toujours parlé du pays où elle est née,
02:59 où elle a grandi, qui est l'Egypte.
03:01 Et jusqu'à la fin,
03:03 elle a considéré que c'était un âge d'or
03:07 dans sa vie.
03:08 Donc moi, je suis né au Liban, j'ai beaucoup d'amour pour le Liban,
03:12 mais j'ai aussi, dans mon enfance,
03:16 un amour particulier pour l'Egypte de ma mère.
03:18 -Dans quelle mesure vous a-t-elle transmis le goût pour la langue,
03:22 et en particulier pour la langue française ?
03:24 -Dans ma famille, il y avait deux...
03:26 Deux traditions.
03:29 Du côté paternel, c'était une tradition anglo-saxonne,
03:33 et du côté de ma mère, une tradition française.
03:36 -Donc vous lui devez tout. -Donc...
03:38 Mon père a fait toutes ses études
03:42 chez les Américains,
03:44 et normalement, je serais allé dans les écoles américaines,
03:48 sauf que ma mère, dans sa famille,
03:51 les garçons allaient chez les Pères Jésuites
03:54 et les filles, chez les Sœurs de Besançon.
03:56 Donc il n'était pas question pour elle de transiger.
03:59 Je suis allé dans l'école que souhaitait ma mère,
04:02 et donc je me retrouve en train d'écrire en français
04:05 plutôt qu'en anglais.
04:07 -Secrétaire perpétuel de l'Académie française.
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