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00:02 RTL matin
00:06 RTL il est 7h44, excellente journée à vous tous qui nous écoutez, à mon digne légo vous recevez donc ce matin le docteur Isabelle Sarfati
00:13 chirurgien plasticien, cofondatrice de l'institut du sein. Bonjour docteur et bienvenue sur RTL, le cancer du sein il faut le rappeler reste le cancer le
00:22 plus fréquent aujourd'hui chez les femmes, un peu plus de 60 000 nouveaux cas chaque année en France, on a tous ou presque dans notre entourage
00:28 une femme qui a connu un cancer du sein et parmi les victimes
00:32 20 000 subissent chaque année une ablation du sein, une mastectomie
00:37 mais trop peu ont accès à une reconstruction ma mère et d'après vos estimations il y aurait donc
00:42 70 000 femmes aujourd'hui sur liste d'attente c'est ça c'est énorme
00:45 alors il s'agit pas de réellement de liste d'attente il s'agit de
00:50 il y a uniquement 20% des femmes qui ont eu une mastectomie qui ont une reconstruction
00:57 on peut penser que dans les
00:59 80% autres tout le monde ne veut pas une reconstruction ça n'a rien d'une obligation c'est vraiment uniquement un choix un désir
01:07 mais il y en a au moins la moitié qui aimerait avoir une reconstruction
01:11 et qui n'y ont pas accès pour des tas de raisons. Pourquoi justement problème de moyens ?
01:16 Parce que le service public est débordé a été déstabilisé
01:21 par le covid, le manque de soignants et que la reconstruction ça passe après le cancer
01:28 Parce que des spécialistes en reconstruction ma mère il n'y en a pas partout et
01:34 il y a plein de gens qui sont très loin de
01:37 d'un centre expert
01:40 et parce que en privé compte tenu du fait que la sécurité sociale paye environ 200 euros pour une reconstruction ma mère
01:47 et ça comprend l'intervention et les trois semaines qui suivent
01:50 il y a des dépassements d'honoraires et ces dépassements d'honoraires ne sont pas à la portée de tout le monde et le plus souvent les mutuelles
01:57 ne remboursent pas les dépassements d'honoraires.
01:59 C'est un manque de moyens, une nouvelle illustration du manque de personnel soignant qu'on connaît d'ailleurs dans plein de
02:05 spécialités à l'hôpital
02:08 c'est profondément injuste puisque effectivement si elles ont les moyens elles peuvent aller en clinique privée
02:14 c'est 1500-2000 euros vous me disiez pour la reconstruction d'un sein ? Oui à peu près.
02:19 Et c'est aussi
02:21 dramatique sur le plan humain
02:26 c'est un peu je disais la double peine j'y vais pas trop fort quand je dis ça.
02:29 Non c'est effectivement la double peine c'est à dire que
02:32 au moment de la mastectomie il est souvent dit aux femmes mais vous inquiétez pas vous aurez une reconstruction derrière et les cancérologues
02:40 c'est important pour eux ils annoncent quelque chose qui est quand même triste et ils essayent de donner
02:45 de l'espoir à la personne en lui disant on va faire une mastectomie mais vous pourrez être reconstruite. D'abord
02:51 notre chiffre de reconstruction immédiate en France est très faible c'est à dire on est à peu près à 20% de reconstruction immédiate.
02:58 C'est à dire on enlève le sein et on reconstruit immédiatement dans la même opération. Ça pourrait être la solution la plus
03:03 simple la plus pratique. C'est aussi la solution la plus économique.
03:07 Ça n'est pas toujours possible en fonction des traitements qui suivent mais c'est le plus souvent possible et c'est pas très souvent fait. Mais pourquoi ?
03:15 Manque de formation des chirurgiens qui font les mastectomies
03:22 Manque de temps
03:24 De volonté aussi ?
03:26 Je crois pas qu'il y ait un manque de volonté de la part du
03:29 personnel médicaux. Je pense que pour quelqu'un qui annonce un retrait de sein le fait
03:34 d'annoncer qu'il en remet un autre en même temps c'est mieux pour lui aussi.
03:39 Mais il faut une formation de plasticien pour faire une reconstruction mammaire et toutes les personnes qui font des mastectomies
03:45 n'ont pas une double formation chirurgie plastique et
03:50 cancéreux. Je pense aux auditeurs qui nous écoutent et qui n'ont pas forcément été confrontés à ce problème. Ils doivent se dire "oui mais
03:56 l'essentiel c'est de guérir en fait". C'est vrai. On est d'accord. C'est indéniable et le cancer du sein est un cancer
04:02 dont je souligne l'importance du dépistage.
04:05 Parce que si on dépiste ce cancer d'abord on sauve des vies et on sauve des seins parce que 70% des cancers du sein
04:13 actuellement conservent leur sein quand ils sont dépistés tôt.
04:17 Et ensuite
04:20 l'essentiel c'est quand même de sauver la vie des gens et ensuite on sauve les apparences.
04:26 Sauf que c'est important les apparences aussi.
04:28 C'est très important en tout cas pour certaines.
04:32 C'est très important il y a quelque chose de l'identité féminine, il y a quelque chose de
04:39 l'incapacité. Je veux dire les femmes qui ont eu une mastectomie et qui le supportent mal, ce qui n'est pas vrai de tout le monde,
04:46 elles zappent leur image dans le miroir. C'est à dire que dans la salle de bain elles se débrouillent pour ne pas croiser
04:52 l'image de leur corps. Donc elles s'autocensurent,
04:57 elles ont du mal à se promener nue. - C'est un petit bout d'aile qui est mort.
05:01 - Oui et puis surtout ça rappelle la maladie, c'est la morsure de
05:06 la morsure de la mort. C'est à dire que
05:09 exposer quelque chose qui
05:13 a des stigmates de cancer, c'est rappeler à tout le monde cette histoire. - Et c'est pour ça que vous proposez donc au sein de l'Institut
05:20 du sein des
05:22 visioconsultations qui sont donc accessibles à toutes les patientes qui se trouveraient dans toutes les régions, même celles où des consultations sont compliquées, justement pour les informer
05:30 sur les possibilités qui s'offrent à elles et essayer de trouver des solutions. C'est mis en place pendant tout le mois d'octobre rose ?
05:37 - Oui on propose une visioconsultation à 65 euros, ça veut dire qu'il y a 10 euros de reste à charge.
05:43 Le reste est payé par la Sécurité Sociale et
05:47 ce qu'on pense c'est que pas mal de gens n'arrivent pas à penser leur reconstruction.
05:52 Parce que c'est compliqué, il y a plein de techniques différentes et ça dépend
05:56 de l'anatomie, ça dépend de l'état local et je pense qu'une fois que quelqu'un a eu une consultation qui lui explique
06:03 exactement, dans son cas précisément,
06:07 quelles sont les techniques possibles ? Est-ce que ça nécessiterait une ou deux interventions ? En quoi ça consiste ?
06:13 Ensuite elle peut y penser et ensuite elle peut trouver un spécialiste qui est près de chez elle ou
06:19 voilà.
06:20 - Docteur Safati, le cancer du sein, je le disais, reste aujourd'hui
06:23 le cancer le plus fréquent chez les femmes. Première cause de décès aussi par cancer chez les femmes dans notre pays, c'est 12 000 décès chaque année.
06:29 Je voulais juste vous poser deux trois petites questions avec, ultra pratique, on en guérit plus, on est d'accord aujourd'hui ?
06:37 Qu'il y a 10, 15, 20 ans ?
06:39 - Oui, c'est à dire qu'actuellement c'est un cancer qu'on dépiste parce que c'est un cancer qu'on sait guérir à environ
06:45 80, 85 %. Ça c'est pas intéressant de dépister un cancer qu'on sait pas guérir.
06:50 Donc là le dépistage est très important parce que on va sauver des vies. - Justement à quel âge on commence le dépistage ?
06:56 - Alors les chiffres, les
07:00 synchronisations nationales, ça commence à 50 ans et ça s'arrête à 60 ans. - Sauf qu'on entend plein de femmes qui ont 30 ans et
07:07 à qui on découvre des cancers du sein ? - Bien sûr.
07:10 En fait le dépistage, il doit être et il va être de plus en plus adapté au risque individuel.
07:18 En tenant en compte des antécédents
07:21 génétiques des gens, c'est à dire des cancers dans la famille, etc. Mais aussi avec des analyses
07:28 sanguines de génotypes, on peut dire à quelqu'un "voilà, vous, vous avez un risque important pour ce cancer et ce cancer,
07:36 par contre vous avez un risque très peu important pour un autre et donc votre dépistage,
07:40 il va être plus resserré et commencer plus tôt". - La mammographie, donc la règle c'est à partir de 50 ans,
07:47 mais une consultation chez un professionnel tous les ans, ça ça vaut
07:51 dès l'âge de 20 ans pour se faire palper les seins ? - C'est pas le mode de dépistage le plus efficace.
07:58 La palpation du sein ou l'autopalpation du sein, d'abord c'est assez stressant
08:03 pour les gens d'essayer de trouver des petites boules parce que le sein c'est granuleux donc on trouve toujours des petites boules.
08:08 C'est quand même l'échographie et la mammographie qui dépiste au mieux. Quand on trouve une petite boule,
08:14 effectivement il faut faire des examens, mais le dépistage réellement,
08:19 c'est mammographie, échographie. - Et un cancer du sein, ça fait forcément mal ou pas forcément ? - Pas du tout.
08:24 C'est une petite boule, si elle est au centre du sein on la sent même pas, c'est une maladie virtuelle. En fait ces femmes ne sont
08:32 jamais malades de leur cancer, elles sont assez malades de nos traitements. J'en suis désolée mais ça sauve
08:38 in fine. Donc elles arrivent, elles rentrent pour faire une mammographie,
08:42 elles ont rien du tout, on leur annonce qu'elles ont une maladie qui pourrait
08:48 être létale et à cause de cette annonce, il va falloir les traiter,
08:53 mais on va le plus souvent les guérir. - Un grand merci docteur, vous vouliez nous parler aussi de l'opération
08:57 solidarité perruque, il y a un site internet que vous avez mis en place, solidaritéperruque.fr, où les femmes peuvent donner leur perruque une fois qu'elles sont
09:05 guéries à d'autres femmes qui elles en souhaiteraient. C'est 100% gratuit
09:10 et c'est un geste de solidarité entre femmes. On mettra le site internet. - Alors c'est un sujet qui me tient beaucoup à coeur.
09:18 C'est un site où les femmes qui ont eu un cancer et qui ont une chimiothérapie,
09:22 qui n'ont plus besoin de leur perruque, peuvent donner leur perruque à quelqu'un qui en a besoin,
09:27 parce qu'en fait on en a besoin six mois et ça coûte relativement cher une belle perruque. C'est un beau geste. - 2000 euros en moyenne.
09:33 Merci beaucoup docteur. - Merci à vous docteur Sarfati.
09:36 vous reste.
09:36 Merci à tous !
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