00:00 [Musique]
00:04 Autrefois grande fierté nationale, le France est désormais en rade.
00:09 Pas rentable, il est proche du démantèlement.
00:13 Le candidat à la présidence, Valéry Giscard d'Estaing, s'engage à le renflouer.
00:17 - PAC Beaufrance, le comité de défense reçu cet après-midi à l'Elysée, espère obtenir la survie du bateau.
00:24 Mais une fois élu, VGE ne tient pas sa promesse.
00:28 Comme pour les Ricains, Sardou y voit un symbole du déclin de la France.
00:32 - Je l'ai vu une fois, oui, entre deux grands tas d'ordures, tout seul, abandonné, rouillant sur place.
00:37 Ça m'avait fait beaucoup de peine parce que c'est quand même... c'était un très beau bateau.
00:41 Et il est là, lamentable, entouré de fils de fer barbelés. C'est un petit peu triste.
00:44 [Musique]
00:48 - C'est un reporter. Il se considère comme l'observateur de son époque.
00:53 - Ça l'a énervé de voir que le France avait été pillé, souillé,
00:59 puis après finalement acheté pour faire un espèce de bateau de croisière misérable avec des petits moteurs.
01:04 Ça l'a vraiment énervé. Donc il a voulu faire une chanson sur le France.
01:08 Il a voulu s'exprimer là-dessus. C'est vraiment ça.
01:11 Il va prendre des choses à droite, à gauche, il va picorer.
01:14 Quelque chose qui le choque vraiment, qui l'embête vraiment, il va y faire une chanson dessus.
01:18 Ce jour-là, il chante pour la première fois le France à la télévision.
01:24 Il est filmé de face, les yeux rivés dans la caméra.
01:29 [Musique]
01:46 - Souvent, il le chante, il y croit. Il m'a appelé plus jamais France, la France elle m'a laissé tomber.
01:51 Il dit pas ça comme il chante le botin. Il y croit, il y croit vraiment.
01:56 - La voix de Michel, tout d'un coup, on entend, on est pris et ça passe.
01:59 Il y a quelque chose qu'il a qui est rare.
02:02 [Musique]
02:04 - Sardou est le bateau jusqu'à l'incarner à la première personne.
02:09 [Musique]
02:18 - Il fait partie des gens qui disent toujours "je".
02:21 [Musique]
02:28 - Michel est un acteur, il vient d'une famille d'acteurs.
02:31 Il a vraiment ce truc d'interprétation. J'interprète des personnages à travers des chansons.
02:36 Il y en a, c'est du théâtre. Lui, c'est de la chanson.
02:39 [Musique]
02:50 - C'était une tradition. Aujourd'hui, on le fait très peu.
02:53 Il y a très, très peu d'artistes qui endossent le costume ou la personnalité d'un personnage.
02:59 [Musique]
03:04 - Giscard, lui, apprécie peu cette prise de position.
03:07 [Musique]
03:11 - Et je sors ça, ouverture des infos, la chanson, carrément.
03:14 Et d'un seul coup, ça refilait l'histoire du France sur le tapis.
03:18 Ce qui n'a pas plu à Giscard d'Estaing, il est utile de vous le dire.
03:21 - Il m'a fait un redressement d'un pot, cet enfoiré.
03:24 [Musique]
03:25 - La chanson touche en plein coeur une France ouvrière,
03:30 emprunt à un sentiment de déclassement, d'abandon.
03:33 - Quand on a fait le France à Saint-Nazaire pour la première fois,
03:36 il y avait tous les gens du France qui étaient là.
03:39 On a été forcés de le faire trois fois.
03:41 Ils pleuraient, les gens. Tous les syndicalistes étaient là, ils pleuraient.
03:44 Il y avait un triomphe.
03:45 - Je l'ai chanté trois fois de suite.
03:48 Ils l'attendaient un peu, en ce sens, c'était un peu leur chanson à eux.
03:52 C'était un public formidable.
03:53 Il y avait dans la salle beaucoup de gens, des anciens, beaucoup d'anciens marins,
03:56 beaucoup d'anciens, enfin, famille de marins du France.
03:59 Alors, ils écoutaient ça avec beaucoup d'attention
04:02 parce qu'ils se sentaient concernés, ce qui est normal.
04:03 - C'est l'un de nos records.
04:05 On a dû, à l'époque, frôler les 1,5 million, 2 millions d'albums.
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