00:00 Quand on rend les choses compliquées pour les étrangers,
00:01 les choses deviennent aussi compliquées pour les Français.
00:04 Beaucoup de sénateurs, de députés sont contents d'avoir
00:08 une nounou qui garde leurs enfants,
00:10 de recevoir une livraison Uber par an sans papier,
00:13 mais ils vont dire que les immigrés n'ont pas le droit de faire.
00:17 Bonjour.
00:20 Vous allez bien ?
00:23 Bienvenue chez moi.
00:26 Je n'ai plus de lait.
00:31 Ah oui, si, c'est du lait.
00:34 Je n'ai plus de lait.
00:36 Pourquoi je n'ai plus de lait ?
00:37 Ah oui, mais je sais comment faire.
00:39 Je m'appelle Souley,
00:43 je suis juriste spécialisé en droits des étrangers.
00:45 Je suis marié, j'ai deux enfants
00:47 et je suis en France depuis 23 ans.
00:48 C'est toi cette tombe là ?
00:52 Oui, c'est la tombe de ma fille.
00:53 Ma fille est en terminale.
00:55 Mon fils est étudiant à la Sorbonne,
00:58 il est en licence.
00:59 Ma femme est une ancienne réfugiée, comme moi.
01:01 Il y a un proverbe chez nous qui dit
01:03 "la chèvre broute là où elle est attachée".
01:05 Aujourd'hui, on va au CADA Loasis
01:10 de la Fondation L'Armée du Salut.
01:11 C'est un centre d'accueil pour demandeurs d'asile.
01:13 C'est un endroit où j'ai travaillé pendant six ans.
01:16 [Musique]
01:28 Ça va, tu es bien ?
01:29 Bien, alors ?
01:30 Ils sont où les superbosses ?
01:32 Ici, on accueille, on héberge
01:35 et on accompagne dans les démarches
01:38 les personnes qui ont demandé l'asile en France.
01:40 La moitié des demandeurs d'asile en France
01:42 n'ont pas de place en CADA.
01:44 On leur ouvre les droits sur la question de la santé,
01:47 on les aide pour avoir un avocat
01:49 à la Cour Nationale des Droits d'Asile,
01:51 pour pouvoir se nourrir,
01:52 pour pouvoir se vêtir.
01:53 Souvent, on a l'impression que c'est des gens qui ont tout,
01:56 alors qu'en demandeur d'asile sur deux et à la rue,
02:00 ils ont un PQL de 210 euros par mois.
02:02 C'est à peu près 6 euros par jour.
02:04 Donc avec 6 euros par jour,
02:05 ils leur font un petit-déjeuner,
02:06 un-déjeuner et un-dîner.
02:08 Avant 1991, les demandeurs d'asile
02:10 avaient le droit de travailler.
02:11 On a décidé qu'ils n'ont pas le droit de travailler,
02:14 qu'ils n'ont pas le droit de se former.
02:15 Et l'État leur demande d'attendre.
02:16 Il y a un nouveau projet de loi qui se profile.
02:18 Il y a un gros arsenal juridique répressif
02:22 qui est en train de se préparer
02:23 contre les personnes qui disent-ils
02:25 qu'elles n'ont pas le droit de séjourner en France.
02:27 C'est exécuter toutes les obligations
02:29 à quitter le territoire français.
02:31 Une obligation à quitter le territoire
02:32 ne doit être donnée que quand ça a du sens.
02:36 Beaucoup de sénateurs, de députés
02:38 sont contents d'avoir une nounou qui garde leurs enfants,
02:42 de recevoir une livraison Uber en sans-papier,
02:45 de travailler en sans-papier sur un chantier,
02:48 mais ils vont dire que les immigrés n'ont pas le droit de faire.
02:51 L'actualité de Lampedusa nous le montre.
02:59 On ne peut pas arrêter l'immigration.
03:02 C'est une douce utopie.
03:04 L'immigration est utile à l'économie.
03:07 Ça coûte d'abord cher d'expulser, d'enfermer.
03:10 Et ce sont les personnes qui peuvent apporter plein de choses ici.
03:15 Ce ne sont pas des gens qui sont venus ici pour se soigner
03:27 parce que sinon ils n'auraient pas pris des bateaux.
03:28 Donc c'est des gens qui viennent avec leurs forces de travail.
03:31 J'ai été réfugié, j'ai été demandé en asile.
03:33 Je connais un peu aussi les situations que vivent les gens.
03:37 C'était tout à fait normal que je me sois intéressé à cet aspect
03:41 parce que j'ai vécu aussi ces aberrations.
03:44 Ici, on est à la CIMAD,
03:52 un centre provisoire d'hébergement pour des réfugiés politiques.
03:55 J'ai été réfugié politique 7 ou 8 ans,
03:58 en raison de mes opinions politiques.
04:00 Je viens de la Mauritanie.
04:01 C'est un pays compliqué pour les hommes et les femmes
04:03 qui se battent pour leur liberté.
04:04 C'est un pays où il y a aussi de l'esclavage.
04:07 En fait, j'ai fait mes études au Maroc.
04:09 On a créé un petit groupe clandestin
04:12 qui nous a permis de dénoncer beaucoup de choses en Mauritanie.
04:16 On a écrit beaucoup d'articles sur Internet.
04:18 Le régime a remarqué ça.
04:19 Ils ont voulu me ramener en Mauritanie.
04:21 Donc du coup, je suis venu ici pour demander l'asile.
04:25 Au bout d'un an, j'ai pu obtenir mon statut.
04:27 J'ai travaillé à la Ligue des droits de l'homme,
04:29 j'ai travaillé à la CIMAD
04:30 et j'ai travaillé à la Fondation L'Armée dit Salut.
04:32 Donc ce sont des lieux qui m'ont permis de mieux m'intégrer.
04:34 La question de l'intégration est une question essentielle.
04:38 C'est par ce bout qu'on va y arriver.
04:40 On rend les choses plus compliquées pour les étrangers
04:44 et quand on rend les choses compliquées pour les étrangers,
04:46 les choses deviennent aussi compliquées pour les Français.
04:49 Le fait de ne pas avoir de titre de séjour
04:52 amène beaucoup d'insécurité.
04:54 Beaucoup de personnes ne trouvent pas de travail
04:56 mais doivent quand même un bon moment manger.
04:58 Il y a des jeunes femmes, quand elles n'ont pas de papier,
05:01 elles sont parfois appelées par des réseaux de prostitution.
05:05 Il suffit de mettre en place une politique intelligente
05:09 d'accueil et d'accompagnement
05:11 pour qu'on règle tous ces problèmes.
05:12 Je suis content de mon parcours.
05:17 Je suis arrivé ici, j'ai fait mes études,
05:20 je me suis engagé dans l'associatif
05:22 et aujourd'hui, je suis adjoint au maire,
05:24 chargé de la cohésion sociale et de l'accès aux droits.
05:27 Je suis un homme de l'ordre, je suis un homme de la justice.
05:31 Je suis un homme de la liberté, je suis un homme de la liberté.
05:34 Je suis un homme de la liberté, je suis un homme de la liberté.
05:37 Je suis un homme de la liberté, je suis un homme de la liberté.
05:40 Je suis un homme de la liberté, je suis un homme de la liberté.
05:43 Je suis un homme de la liberté, je suis un homme de la liberté.
05:46 Je suis un homme de la liberté, je suis un homme de la liberté.
05:49 Je suis un homme de la liberté, je suis un homme de la liberté.
05:52 Je suis un homme de la liberté, je suis un homme de la liberté.
05:55 Je suis un homme de la liberté, je suis un homme de la liberté.
05:58 [Générique]
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