00:00 Dans "La petite de Guillaume Niclou", adapté du roman "Le berceau" de Fanny Chenel,
00:03 Fabrice Lucchini apprend que son fils et son compagnon,
00:07 qui viennent de perdre la vie dans un accident d'avion,
00:09 attendaient un enfant conçu avec une mère porteuse en Belgique.
00:12 Contre l'avis de tous, il part à la recherche de la mère,
00:14 bien décidé à devenir grand-père.
00:16 Un drame psychologique avec un Lucchini en contre-emploi, Frédéric ?
00:20 Oui, enfin, à force de dire que Lucchini a contre-emploi dans tous les films,
00:23 on va se dire que l'emploi de Lucchini, c'est d'être à contre-emploi.
00:27 Ça veut dire que, ça serait quoi un Lucchini à contre-emploi ?
00:29 Un Lucchini à contre-emploi, ce serait un Lucchini
00:31 qui ne correspondrait pas à l'image qu'on se fait de lui.
00:33 C'est-à-dire un Lucchini qui serait plutôt silencieux.
00:35 C'est-à-dire un Lucchini qui ne conduirait pas le spectateur par la scansion,
00:38 par le timbre de sa voix, par toutes ces choses-là.
00:42 Et il faudrait derrière un metteur en scène,
00:43 et on a un metteur en scène chevronné avec Guillaume Niclou,
00:46 pour d'une certaine façon essayer de conduire l'émotion
00:48 sur le visage de Lucchini qui ne parle pas.
00:50 Et c'est exactement ce que vous allez voir sur cette scène,
00:52 on va dire deux vétérans hyper aguerris qui travaillent ensemble.
00:56 Regardez bien, vous avez une sorte d'alternance
01:00 de travelling arrière et de travelling avant,
01:03 alors que le père et la fille vont dans cet aéroport
01:07 où évidemment on accueille les familles des victimes de cet accident d'avion.
01:11 Et vous allez voir qu'à chaque fois que ça coupe,
01:13 en fait il y a une information supplémentaire.
01:16 Niclou sait exactement montrer où sont les informations.
01:19 Dès que ça coupe, hop, on découvre quelque chose de nouveau.
01:21 On comprend comment sont reçues les familles des victimes.
01:24 Et là vous allez voir qu'à ce moment-là,
01:26 la caméra va jouer énormément avec le mouvement et le point
01:29 pour pouvoir épouser la subjectivité du personnage de Lucchini,
01:33 qui est ici à gauche sur ce plan.
01:36 Et vous allez voir le mouvement qu'elle va faire,
01:37 regardez, là il n'y a pas du tout de profondeur de champ,
01:39 là on est véritablement par ce panoramique qui va tourner autour de lui,
01:44 à l'intérieur de la subjectivité du personnage.
01:46 Et qu'est-ce que décrit ce mouvement de ce père
01:48 qui vient d'apprendre le décès de son fils ?
01:50 C'est le vide, le vide intérieur.
01:52 Et Niclou a réussi à conduire sur le visage d'un Lucchini
01:55 qui n'a pas dit un mot, ce vide intérieur.
01:57 Fin du mouvement, un autre parent vient dedans.
02:00 C'est l'intérêt du film, c'est de voir vraiment des…
02:03 on va dire vraiment des…
02:05 c'est ça, des artisans chevronnés, des artistes chevronnés
02:08 qui se poussent le larve, qui se donnent la main
02:11 pour conduire notre émotion.
02:13 Moi je trouve que ça ne ressemble pas du tout à Niclou justement.
02:16 Je m'attendais un petit peu à un enlèvement de Michel Houellebecq
02:18 ou à un Thalasso, ou encore plus à un Valley of Love,
02:20 et c'est ça dont souffre le film.
02:22 C'est une comparaison avec Valley of Love
02:24 qui n'a rien à voir, parce qu'on est sur la même thématique
02:26 bien sûr du deuil, de la perte d'un enfant,
02:28 mais le duo Huppert-Depardieu, bien que Lucchini joue très très bien,
02:32 c'est quand même difficile de passer après,
02:34 et ça n'a pas du tout le même ton en fait.
02:36 Valley of Love, on est sur quelque chose de dramatique.
02:38 Le film parle d'autre chose quand même, qui est simplement la GPA au fait,
02:41 et c'est vraiment un film sur l'affiliation et sur la suite,
02:44 comment on se remet d'un deuil par une naissance éventuelle.
02:47 Et moi justement, j'y allais un peu reculons le film,
02:49 parce que je me suis dit, oulala, un Lucchini movie encore, machin,
02:52 et indépendamment du fait qu'en effet, il est extrêmement bien dirigé,
02:55 je trouve que Niclou prend son sujet très au sérieux.
02:59 Et il a...
03:00 Mais il y a un côté film de société, mais j'aime bien...
03:03 - Mais c'est presque familial.
03:04 - Mais j'aime bien parce que je trouve qu'il y a une honnêteté
03:06 dans la manière dont il conduit son film,
03:09 sur les questions éthiques que pose la question de la gestation pour autrui,
03:14 sans que ce soit non plus téléfilm.
03:15 - Mais ça vous a pas surpris ?
03:17 - Complètement téléfilm !
03:18 Là on a vu une scène qui est mise en scène,
03:20 mais les trois quarts, c'est pas téléfilm !
03:22 - Mais sortez votre colère Frédéric !
03:24 - Philippe !
03:25 - Oui, moi c'est Philippe.
03:26 Moi je suis vraiment d'accord avec Alexandra par rapport à Niclou,
03:29 qui est vraiment, pour moi, c'est un filmeur Niclou,
03:30 c'est un cinéaste qui a toujours des propositions,
03:33 on les aime, on les aime pas, là j'ai l'impression qu'il n'y a pas de proposition.
03:35 Je trouve ça très très prévisible, déjà dans le développement,
03:39 dans le détail autour de la GPA, le côté sociétal,
03:42 très dossier de l'écran si vous voulez,
03:44 et puis il manque à trouver des idées de mise en scène !
03:47 - Un sujet comme ça a besoin de cinéastes pour son entretien.
03:50 - Mais on a déjà...
03:51 - Mais ça apporte rien !
03:52 - Attends, c'est pas...
03:53 - Ça intéresse qui ?
03:53 Attends, laisse-moi vider, ça intéresse qui, la toile ?
03:55 - Bah Emile l'aimait vraiment pas.
03:57 Mais non, ce que je veux dire c'est que...
03:59 Je veux dire, c'est pas parce que moi finalement,
04:01 l'extract à montrer c'est celui que j'aime le moins,
04:02 parce que je le trouve justement trop démonstratif.
04:05 Et ce que j'aime justement, c'est qu'en Niclou,
04:06 c'est un peu moins de mise en scène, un peu moins de dispositif,
04:09 il s'efface un peu derrière son sujet,
04:10 je trouve ça très humble de sa part,
04:12 et je suis désolée, mais ça n'en fait pas forcément un téléfilm.
04:17 - Est-ce que c'est aussi un mélo ?
04:18 Est-ce qu'on a les ingrédients du mélo ?
04:20 - Je pense que...
04:20 - Il y a une ou deux jolies scènes assez émouvantes,
04:22 après on voit tellement les coutures,
04:23 on subit tellement la musique,
04:25 on est tellement dans la banalité justement d'un film à sujet,
04:29 que c'est un peu une souffrance,
04:31 et que voilà, je me dis qu'en fait,
04:32 tout le monde dans cette entreprise a fait mieux,
04:37 peut faire mieux, va faire mieux.
04:39 - Ah bah vous avez rien d'autre, on a connecté ce film-là à sa filmographie.
04:42 - On est vraiment dans une toute petite chose.
04:43 - C'est pas toujours crédible en fait,
04:44 moi je pense à la scène de la fête qui ressemble plus à une kermesse,
04:47 où tout à coup, il n'y a plus du tout de logique dans le scénario,
04:49 en fait on était sur un luchini assez doux jusque-là,
04:51 et puis d'un coup il se met à faire des choses qui ne ressemblent pas du tout.
04:53 - Il fait du luchini justement.
04:55 - Il a une aventure à l'arrière d'un van,
04:56 c'est pas crédible, on se dit mais qu'est-ce qui se passe là dans ce film ?
04:59 - La gênance de quand il se met à raper, à se lamer, si tu...
05:02 - Et les livres dans le film à ce moment-là.
05:04 - Oui, mais c'est... tu vois...
05:06 - On a qu'ici un parent qui fait un truc gênant, bon ça peut encore...
05:09 - Après le seul raccord qu'il y a avec l'oeuvre de Niclou,
05:11 puisque tu parlais de ça, c'est qu'effectivement la question du deuil,
05:14 la transmission, c'est quelque chose qui a toujours existé dans son cinéma.
05:17 Donc là évidemment, il y a l'idée de la survivance de son fils
05:20 à travers cet enfant dont il va s'occuper.
05:22 Mais il le fait, je trouve, de façon très didactique en fait.
05:25 C'est extrêmement didactique.
05:27 C'est pas un film où on peut se remettre en question par rapport au personnage,
05:31 on peut s'interroger...
05:32 - Par rapport au sujet, c'est par rapport au film.
05:34 - On va le faire Frédéric avec le prochain film.
05:36 - Merci.
05:37 [SILENCE]
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