00:00 C'est un cauchemar qui recommence.
00:02 Le harcèlement scolaire est un fléau
00:06 que nous n'arrivons pas à éradiquer,
00:08 même si des choses ont été mises en place.
00:09 On en reparlera dans quelques instants avec Véronique Fèvre,
00:11 et même si, évidemment, le sujet est pris très au sérieux.
00:16 Nous sommes en direct avec Séverine.
00:17 Séverine, c'est la maman de Maëlys.
00:19 Maëlys était la meilleure amie de Lindsay, 13 ans,
00:23 qui a mis fin à ses jours le 12 mai 2023.
00:26 C'est un drame dont on a beaucoup, beaucoup parlé.
00:28 Bonjour Séverine, merci de nous rejoindre en direct sur BFM TV.
00:32 C'est une journée particulière parce que vous serez,
00:35 je crois, avec les parents de Lindsay,
00:38 reçus au ministère de l'Éducation nationale par Gabriel Attal.
00:42 Aujourd'hui, c'est bien cela ?
00:45 Oui, bonjour.
00:47 Oui, nous avons rendez-vous avec M. Gabriel Attal cet après-midi.
00:52 Qu'est-ce que vous attendez de ce rendez-vous ?
00:57 On attend beaucoup de choses.
01:01 On attend qu'il nous propose des actions.
01:08 Il ne suffit pas d'avoir que des paroles.
01:09 En fait, on attend beaucoup d'actes.
01:13 Avant d'aller plus loin, Séverine,
01:15 comment s'est passée la rentrée de votre fille, de Maëlys ?
01:21 Très dure. Très dure.
01:22 Maëlys nous a fait une crise d'angoisse juste avant la rentrée.
01:29 Elle en avait déjà fait une ce week-end.
01:31 Je l'avais emmenée aux urgences.
01:33 Donc, le médecin lui avait appris comment faire pour se détendre, se calmer.
01:43 Et donc, c'est ce qu'on a fait juste avant de rentrer à l'école.
01:46 On a travaillé, elle a repris son souffle et après, elle est rentrée à l'école.
01:52 Mais ça a été très dur pour elle.
01:54 Comment s'est passée cette journée ?
01:59 Le lundi, ça n'a été que l'après-midi.
02:02 Donc, ça a été court.
02:04 Hier, elle est rentrée toute la journée.
02:09 Hier, elle n'était pas très bien.
02:11 Elle est rentrée de l'école.
02:13 Elle est allée directement prendre sa douche et se poser dans sa chambre.
02:20 Elle s'est renfermée sur elle et elle est restée dans sa chambre.
02:24 Quelles mesures concrètes ont été prises pour cette rentrée pour votre fille ?
02:29 Le choix de l'établissement, l'accueil ?
02:31 Qu'est-ce qui s'est passé concrètement ?
02:36 Le choix de l'établissement, ça a été Maëlys qui l'a pris.
02:39 Avant de lui rendre son dossier scolaire, j'ai été très longue à le rendre
02:44 parce que je voulais être sûre qu'elle prenne la bonne décision.
02:49 Et juste avant la rentrée, j'ai rencontré le nouveau principal
02:56 qui m'a demandé ce qu'il pouvait mettre en place pour Maëlys.
03:00 Et moi, la seule chose que je voulais, c'est qu'elle soit avec une copine
03:05 avec qui elle était très proche avec Maëlys cet été.
03:10 Justement, comment s'est passé l'été, Séverine ?
03:13 Est-ce que votre fille allait mieux ?
03:19 Nous sommes partis en vacances avec ses frères
03:26 et on a essayé de lui changer les idées.
03:29 La journée, on partait sans téléphone, on faisait les activités
03:33 mais le soir, dès qu'on rentrait, en fait, elle reprenait son téléphone,
03:35 elle allait sur les réseaux et elle voyait encore des choses très méchantes
03:41 qui étaient sur l'INSEE, sur Betty et sur elle.
03:47 Est-ce que ça continue encore, le harcèlement ?
03:49 Les menaces de mort, ça continue encore ?
03:53 Tout ça est encore frais.
03:55 C'était le 12 mai dernier, je le disais, la mort de...
03:59 le suicide de l'INSEE.
04:00 Est-ce que...
04:01 Je reviens à ce rendez-vous que vous avez avec Gabriel Attal.
04:04 Tout à l'heure, vous me disiez "j'attends beaucoup de ce rendez-vous".
04:08 Mais qu'est-ce que vous espérez ?
04:10 Qu'est-ce qui concrètement devrait être mis sur la table ?
04:12 Qu'est-ce qu'on pourrait faire pour changer les choses ?
04:18 Déjà de nul, je voudrais lui poser la question qu'on m'explique
04:24 au sujet du phare.
04:25 Parce que quand j'ai entendu M. Macron qui me disait,
04:29 au niveau de l'établissement,
04:33 qu'il y a eu des choses faites, le phare,
04:37 j'aimerais bien qu'on m'explique parce que moi,
04:38 à part protéger les harcèleurs,
04:42 et c'est nos filles qui ont été punies
04:44 parce qu'elles ont demandé de l'aide aux responsables
04:49 et qu'elles n'ont pas aidé, elles ont dû se défendre
04:51 et c'est eux qui ont été renvoyés.
04:53 Donc j'aimerais bien qu'on m'explique le fonctionnement du phare.
04:58 – Séverine, je me tourne vers Véronique Fèvre,
05:00 notre spécialiste éducation.
05:03 Le phare, est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?
05:05 – C'est le programme de lutte contre le harcèlement, phare,
05:08 qui a été mis en place, qui a commencé il y a plusieurs années maintenant,
05:12 d'abord expérimenté dans un certain nombre d'académies
05:14 et puis on nous a expliqué qu'il était généralisé,
05:17 il est inspiré d'un programme finlandais qui s'appelle "Qui va"
05:21 et il va jouer sur plusieurs niveaux.
05:24 C'est un programme qui ne se met pas en place facilement,
05:28 qui nécessite beaucoup de moyens, beaucoup d'investissement des équipes
05:32 et je dirais, les ministères successifs ont une tendance à dire
05:35 qu'il était généralisé, mais quand on voit dans les faits
05:38 ce qui se passe, on voit bien que les niveaux de formation
05:40 pour les professeurs ne sont pas les mêmes,
05:42 certains ont des formations au présentiel avec des jeux de rôle
05:45 pour réussir à gérer les situations et apprendre vraiment
05:48 très concrètement comment les gérer, puis d'autres ont des formations en ligne.
05:51 On sait qu'il est très important de faire de la prévention,
05:56 notamment avec les élèves ambassadeurs, il faut un certain nombre
05:58 d'élèves ambassadeurs qui vont pouvoir repérer, y compris ce qui se passe
06:02 sur les réseaux sociaux, parce que les professeurs, les CPE
06:05 ne peuvent pas être tous les soirs sur les réseaux sociaux.
06:08 Donc, il est très important qu'on ait un volant d'élèves qui soit vigilant
06:14 et puis un volant de professeurs qui soit très bien formé
06:17 avec des protocoles de prise en charge de manière à ce que tout simplement,
06:21 la situation qu'ont vécu Emilis et Lincey ne se reproduise pas,
06:28 c'est-à-dire qu'on ne leur dise pas que c'est de simples chamailleries
06:33 dont il s'agit. C'est un programme qui peut marcher s'il est vraiment
06:39 mis en place avec les moyens qu'il faut, et d'ailleurs c'est pour ça
06:43 que le ministère s'engage sur une labellisation, c'est-à-dire que vous aurez
06:46 plusieurs niveaux de compétences phares dans les établissements
06:49 parce qu'on voit bien que certaines écoles ont dit "oui, on est engagé
06:54 dans phare", et puis c'était juste un affichage.
06:58 Séverine, le principal du collège où étaient scolarisés Lincey et Maëlis
07:05 a déclaré "je suis épuisé et dégoûté d'entendre n'importe quoi,
07:10 surtout d'être caricaturé comme un monstre et un assassin".
07:14 Qu'est-ce que vous avez envie de lui répondre ?
07:21 Très compliqué parce qu'il n'a rien fait pour nos filles.
07:31 Jusqu'au bout, les filles ont demandé de l'aide.
07:37 Vous savez, ce n'était pas juste des disputes entre filles en fait,
07:41 parce que là justement le harcèlement continue encore.
07:46 Les personnes sont toujours aussi méchantes.
07:50 Maëlis, elle reçoit des messages "meurs Maï, meurs, meurs, meurs,
07:56 va rejoindre ta meilleure amie".
07:59 Et tout ça, Maëlis, elle doit rentrer dans ce collège
08:01 et affronter toutes ces personnes qui sont méchantes avec elle.
08:06 Donc moi, il n'a rien fait.
08:10 Séverine, est-ce que vous avez porté plainte ?
08:12 Et est-ce que vous avez fait des signalements sur les plateformes ?
08:18 Oui, il y a eu des plaintes de déposées.
08:22 Oui, parce qu'actuellement, qui protège ma fille ?
08:27 Personne ne protège ma fille.
08:31 Ils n'ont pas protégé l'INSEE.
08:34 Et là, Maëlis, elle n'est toujours pas protégée.
08:36 Là, elle part à l'école, nous, on est au travail.
08:42 En tout cas, on comprend bien que vous attendez des réponses
08:46 de la part de Gabriel Attal, à la fois sur ce qui s'est passé,
08:49 parce que vous n'avez pas ces réponses au moment où on se parle,
08:52 vous n'avez toujours pas d'explication claire,
08:54 et vous attendez aussi, j'imagine, des mesures
08:56 pour que votre fille, tout simplement, puisse aller à l'école en sécurité
09:01 et que cesse ce harcèlement insupportable dont elle est victime
09:06 et dont vous êtes tous victimes.
09:07 Merci en tout cas, Séverine, pour votre témoignage ce matin.
09:10 On vous souhaite beaucoup de courage, bien sûr.
09:14 On a une pensée pour vous et pour votre fille ce matin.
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