00:00 C'est une histoire sur laquelle je voulais qu'on revienne avec vous ce matin, Paul.
00:04 Le ministère de l'Education nationale a retiré une vidéo où des élèves rendent hommage à Martin Luther King.
00:11 Bon, ça devrait faire consensus. Et pourtant, ça fait beaucoup réagir.
00:15 D'abord, est-ce que vous pouvez nous expliquer pourquoi cette vidéo a fait polémique ?
00:19 - Ben...
00:21 Oui, oui, Romain. Donc c'est une histoire qui est absolument lunaire.
00:24 Pour s'en convaincre, il suffit de la résumer en une seule phrase.
00:27 En gros, pour célébrer une grande figure du combat contre le racisme, une vidéo qui a été tournée avec des élèves français
00:32 vient d'être censurée uniquement en raison de la couleur de peau des élèves qui apparaissent à l'écran.
00:37 Il faut se pincer pour le croire. C'est donc mardi, c'était les 60 ans du célèbre discours de Martin Luther King,
00:42 le pasteur noir américain qui avait prononcé dans le Lincoln Memorial à Washington DC,
00:47 donc ces fameux mots célèbres, cet anaphore, "I have a dream",
00:51 pour réclamer l'égalité des droits civiques entre tous les citoyens des États-Unis.
00:55 Donc pour marquer l'événement, le ministère de l'Éducation nationale a publié cette vidéo qu'on a vu s'afficher à l'écran
01:00 dans laquelle cinq élèves reprennent en anglais ces quelques mots qui ont marqué l'histoire.
01:04 Et puis, ils professent ensuite avec leur naïveté adolescente, si vous voulez, les contours de ce que serait pour eux un monde meilleur.
01:11 Bon, on peut se demander si ça vaut bien la peine de payer des tas de communicants au ministère pour imaginer ce genre de séquence.
01:18 C'est vrai, parfois un peu niaise, mais enfin, ça fait consensus. Tout le monde est d'accord.
01:22 Martin Luther King est une figure quand même globalement universelle, incontestable.
01:25 Sauf que sur les réseaux sociaux, les ayatollahs de l'inclusion et de l'antiracisme woke,
01:30 avec à leur tête Dominique Sopo, président de SOS Racisme, ne se sont intéressés qu'à une chose sur la vidéo.
01:36 Les enfants, sur la vidéo, étaient tous blancs.
01:38 Et donc, le gouvernement a décidé de retirer la vidéo des réseaux sociaux.
01:42 Oui, il y a eu un nombre incalculable de critiques qui sont arrivées en même temps sur les réseaux sociaux,
01:47 donc contre cette vidéo. Sous le feu des critiques, le ministère de l'Éducation nationale l'a retirée.
01:50 Et puis aussi, il l'a fait pour protéger les élèves eux-mêmes,
01:53 car certains d'entre eux faisaient l'objet d'attaques et de harcèlement sur les réseaux sociaux.
01:57 Là, on entre plus seulement dans le scandale, mais vraiment dans l'ignoble.
02:01 C'est là qu'on atteint donc aussi le comble de l'absurde, parce que, à force de lutter contre le racisme,
02:05 des militants s'en sont pris à des gamins qui avaient le seul tort d'être blancs.
02:10 Il faut bien comprendre aussi, Romain, que ces élèves avaient été choisis pour figurer dans la vidéo
02:14 à partir d'un concours d'anglais qui avait été organisé par l'Éducation nationale pour tous les élèves de collège.
02:19 Et donc, ils se sont distingués seulement par leurs mérites.
02:22 Ils avaient été les meilleurs à un concours et on avait voulu les récompenser en les mettant à l'honneur dans cette vidéo.
02:27 Donc, si on va au bout de la logique de la gauche antiraciste qui a émis des critiques, il n'y a que deux options possibles.
02:33 Soit ils s'indignent qu'un concours d'anglais serve à commémorer Martin Luther King, et dans ce cas, ce sont des crétins.
02:39 Soit ils pensent qu'il aurait fallu des quotas d'enfants noirs parmi les lauréats.
02:42 Dans ce cas, ce sont aussi des crétins, mais des crétins racistes.
02:45 En fait, c'est une forme de racisme également, mais à l'égard des élèves blancs.
02:47 Oui, c'est exactement le piège de la tournure que prend aujourd'hui ce mouvement antiraciste.
02:51 Là, l'obsession de ces gens pour la diversité les pousse à restaurer des discriminations ethniques.
02:55 Là où vous voyez des élèves, eux, ils voient des élèves blancs.
02:59 C'est d'autant plus contre-productif que le risque, selon moi, c'est de créer une forme de conscience blanche.
03:04 À force qu'on répète à un élève qui n'est pas comme son camarade noir, voire peut-être même qui porte sur ses épaules
03:09 le fardeau de la culpabilité des blancs pour des pratiques qui datent d'un autre siècle et qui étaient sur un autre continent.
03:14 Qu'est-ce que l'élève finit par penser ?
03:16 Entre lui et son copain noir, il y a effectivement une différence, voire un fossé infranchissable.
03:20 C'est exactement ce que l'exigence universaliste de notre vie républicaine était en passe de gommer tout à fait.
03:27 Et c'est ce que rétablissent pourtant les chantres de cet antiracisme-là.
03:30 Merci beaucoup, Paul Sujit, de nous apporter le matin à 7h50 votre vision, votre point de vue.
03:38 Le racisme vous révulse, comme tout le monde.
03:41 Oui, mais ce qui est idiot, c'est qu'il est rétabli sous couvert de lutter
03:45 contre le racisme et c'est là que vraiment on arrive à une logique absolument absurde.
03:49 Merci.
03:50 [Musique]
03:52 [Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org]
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