00:00 Serions-nous en train de vivre le MeToo du football féminin ? Vous en parlez Maud.
00:04 Avec votre invitée, il s'agit de Candice Prévost.
00:06 Elle est footballeuse professionnelle, ancienne joueuse de l'équipe de France
00:09 et du PSG, fondatrice de l'association Little Miss Soccer. Bonjour.
00:13 Bonjour Candice Prévost, bienvenue sur le plateau de Télématin.
00:16 On va revenir évidemment sur cette polémique qui enfle depuis une semaine
00:19 ce baiser forcé du président de la Fédération Espagnole de Football, Luis Rubiales,
00:23 sur l'une de ses joueuses, Jenny Hermoso.
00:26 C'était à l'issue de la finale de la Coupe du Monde.
00:28 Ça fait une semaine que cette polémique enfle. Luis Rubiales refuse de démissionner.
00:33 Ce geste, tout d'abord pour vous, il est inacceptable. C'est une agression ?
00:37 C'est une agression et on constate aussi que ça a été vu par toutes les personnes
00:43 qui ont pu assister à la Coupe du Monde, mais aussi après, a posteriori.
00:48 Vous l'avez vu en direct, vous ?
00:50 Je l'ai vu en direct. Après, ça passe très vite, les images.
00:54 C'est vrai que le constat, il est celui-ci. Il est aussi avant en tribune
01:00 au moment de la célébration de la victoire, quand il a un geste un peu déplacé
01:07 à côté de la reine d'Espagne. Donc il y a quand même un comportement
01:11 complètement inapproprié qui est visible. C'est la partie visible de l'iceberg, en fait.
01:16 Il faudra aussi parler de la partie invisible de l'iceberg.
01:19 Alors, on va y revenir, justement. Mais cet après-midi, il y a une réunion de crise
01:23 qui est organisée par la Fédération espagnole pour voir un peu la suite des événements.
01:28 La FIFA l'a suspendue pour 90 jours. Pour vous, il n'a pas d'autre choix
01:32 que de démissionner ?
01:34 Il aurait déjà dû le faire. Ça fait déjà un petit moment.
01:37 Il s'est comporté un petit peu trivialement en organisant cette Assemblée fédérale
01:44 avec des applaudissements de l'ensemble des élus, des sélectionneurs aussi,
01:49 des deux équipes. Je pense qu'il est allé trop loin. Il s'enfonce très clairement
01:55 dans sa logique. C'est inadmissible. Il aurait vraiment dû faire le pas
02:02 bien avant et laisser les Espagnols aussi vivre leur exploit et leur réussite.
02:07 C'est ce que je voulais vous dire, justement. C'est-à-dire que ça fait une semaine
02:10 qu'on voit l'image de ce baiser tourner en boucle partout dans les médias.
02:13 L'image qu'on aurait dû voir, c'est celle-ci, c'est celle des Espagnols
02:16 qui célèbrent leur victoire. Est-ce qu'il y a aussi ce problème ?
02:19 C'est qu'il a volé quelque part la victoire de l'équipe espagnole ?
02:23 Bien sûr. Il a tiré la couverture à lui. Merci de montrer ces images.
02:29 Ces jeunes femmes ont été en difficulté déjà quelques mois auparavant
02:34 avec leur sélectionneur qui, lui, n'est pas tout à fait très clair.
02:40 Il risque aussi d'avoir des difficultés pour revenir ensuite en sélection.
02:45 Mais ces joueuses-là ont vécu une année très compliquée.
02:49 Quinze ont été absentes et ont été les frondeuses de cette équipe espagnole.
02:55 Certaines sont revenues. D'autres ont été sacrifiées de cette Coupe du monde.
02:59 Je pense bien sûr à elles, à d'autres joueuses qui auraient mérité
03:05 une couverture médiatique bien plus conséquente que cet homme-là.
03:10 On voit qu'en Espagne, les réactions sont très fortes.
03:12 Les 23 joueuses de la sélection refusent de rejouer sous sa présidence.
03:16 Il y a six membres de l'encadrement de l'équipe qui ont présenté leur démission.
03:21 En France, en revanche, il y a eu très peu de réactions. Comment vous l'expliquez ?
03:25 Il y a des réactions. Il y a des réactions de la part de certaines joueuses.
03:29 Je vois Marie-Antoinette Catoto, Amandine Henry,
03:32 qui sont des joueuses qui n'ont pas pu participer à cette Coupe du monde.
03:34 Sakina Karchaoui a également tweeté. Il y a des personnes.
03:38 L'institution est assez discrète sur le sujet.
03:42 On se rappelle de Noël Legret et la vague qu'il y a eu auparavant,
03:46 qui a fait un peu de mal à la Fédération française de football
03:49 et qui, à mon avis, marche un peu sur des oeufs sur ces sujets-là.
03:52 J'aurais aimé avoir un positionnement aussi de certains élus.
03:56 Pour moi, je pense que c'est individuellement, en tant que personne,
04:02 c'est important de montrer un peu son soutien, sa solidarité
04:06 envers les joueuses, envers le groupe.
04:08 C'est quand même grave d'avoir un groupe qui démissionne complet
04:12 et que ce ne soit pas l'inverse.
04:15 On le voit que c'est quelque chose qui…
04:19 Vous parlez de "me too" foot.
04:21 Il y a un avant et un après de cette Coupe du monde.
04:24 Les joueuses se sont emparées le droit de jouer,
04:26 se sont emparées le droit d'exister,
04:28 de montrer qu'elles n'étaient pas d'accord sur le chemin du droit à l'égalité.
04:33 Je pense qu'elles sont très inspirantes.
04:35 Il faut maintenant parler d'elles.
04:37 On sent qu'il y a une libération de la parole dans le football espagnol.
04:40 Est-ce qu'en France, il y a encore une omerta sur le sujet ?
04:43 C'est vrai que c'est difficile.
04:45 J'ai pu le voir et constater, notamment en tant que joueuse auparavant.
04:50 C'est difficile parce que finalement,
04:52 on nous fait toujours comprendre qu'on est le second projet.
04:56 On n'est toujours pas une des priorités.
04:58 C'est dur d'être une femme dans le foot ?
04:59 C'est compliqué.
05:00 C'est vraiment compliqué encore, même si…
05:03 Certains vont dire "mais regardez, on le voit à la télévision".
05:06 On a été un mois, juste un mois avant la Coupe du monde,
05:10 sans savoir si ça allait être diffusé.
05:12 On a de la chance d'être diffusé.
05:14 Et c'est une chance.
05:15 Il y a des valorisations, il y a des augmentations,
05:19 il y a des choses qui…
05:20 L'égalité avance, les sujets de l'égalité avancent,
05:24 mais ça reste toujours très latent et invisible.
05:26 C'est difficile parfois d'être une femme quand on joue au foot.
05:29 Vous évoquiez l'affaire Legrette, justement.
05:31 Lui aussi, à l'époque, s'était accrochée à son poste,
05:33 comme aujourd'hui, Roubia Lest s'accroche à son poste.
05:35 Comment vous l'expliquez, ça ?
05:37 C'est la domination masculine, c'est le pouvoir,
05:39 c'est le patriarcat, c'est tous ces sujets-là
05:42 qui rôdent, qui sont autour de nous,
05:45 et qui, malheureusement, il n'y a pas beaucoup de dirigeantes.
05:50 Je pense qu'il y a beaucoup de personnes,
05:52 beaucoup de femmes, quelques femmes qui sont dans les instances dirigeantes,
05:55 qui doivent être en difficulté aujourd'hui.
05:58 Et je pense vraiment aussi à elles,
06:00 parce que je me dis qu'elles ne sont pas forcément en masse.
06:04 C'est difficile aussi d'avoir une représentativité,
06:08 une voix qui compte quand on est en minorité.
06:10 Je pense qu'on a besoin, justement, d'avoir un petit peu de force,
06:14 un peu de sororité, de solidarité,
06:16 et d'avoir davantage de femmes dans les instances.
06:18 Alors justement, c'est ce que vous essayez de faire, vous,
06:20 avec votre association, promouvoir le foot féminin.
06:22 Aujourd'hui, on a des parents dont les petites filles rêvent,
06:25 peut-être un jour, de jouer pour l'équipe de France.
06:28 Est-ce qu'aujourd'hui, on peut les inscrire en toute sécurité dans un club de foot ?
06:32 Je pense qu'il faut y aller.
06:34 Et justement, l'idée de cette Coupe du Monde doit donner l'envie,
06:38 normalement, du rêve et de la possibilité.
06:41 Je pense que l'équipe de France a montré un visage aussi,
06:44 et malheureusement, s'est arrêtée très rapidement.
06:47 Il y a des joueuses très inspirantes dans cette Coupe du Monde,
06:51 des femmes qui ont d'ailleurs participé.
06:55 Par exemple, l'équipe d'Haïti a dû faire sa campagne de crowdfunding
06:59 pour participer à la Coupe du Monde.
07:01 Il y a des personnes très inspirantes.
07:03 La France doit l'être davantage,
07:06 à permettre aux jeunes filles d'avoir cette place sur les terrains,
07:10 aux côtés des garçons.
07:11 J'ai rencontré un jeune homme, il n'y a pas très longtemps, à la plage.
07:15 Il ne savait pas que j'étais une ancienne joueuse du Paris Saint-Germain.
07:20 Il avait les larmes aux yeux.
07:22 On a envie de donner un peu cette confiance aux jeunes filles,
07:26 aux garçons, avec notre association Little Miss Soccer.
07:29 L'idée, c'est de dire que le terrain est la place pour chacun et chacune.
07:34 Candice Prévost, au-delà des violences sexuelles,
07:37 on parle aussi beaucoup des inégalités entre les joueurs et les joueuses.
07:40 Là aussi, il y a encore un long chemin à parcourir.
07:42 Oui, un long chemin à parcourir.
07:44 Économiquement, on parle souvent que la pratique féminine n'est pas encore au niveau...
07:50 Au niveau des salaires.
07:52 Au niveau des salaires, elle n'est pas au niveau de pouvoir montrer comme les hommes.
07:56 Il y a un manque d'audace aussi, pour moi.
07:59 Il y a un manque de structuration.
08:01 La fédération travaille effectivement dans ce sens, mais c'est très tard,
08:07 parce que la Coupe du monde en France en 2019 n'a pas été...
08:10 Vraiment, l'héritage n'est pas là et n'est pas celui escompté.
08:14 Donc, la fédération travaille sur ça, mais on a envie que ça aille beaucoup plus vite.
08:19 Merci beaucoup Candice Prévost d'être venue nous voir sur le plateau de Télématin.
08:22 Consentement et parité, voilà les deux mots à retenir.
08:25 Merci beaucoup Candice Prévost d'être venue sur le plateau.
Commentaires