- il y a 3 ans
La canicule de la semaine dernière n'a pas fait souffrir que dans les hopitaux ou les EHPAD.
On en parle beaucoup moins, mais elle est aussi difficilement supportable en prison.
Les deux avocats montpelliérains Marc et Paul Gallix tirent une nouvelle fois la sonnette d'alarme concernant les conditions de détention des détenus, surtout en cas de grosses chaleurs.
Ce n'est pas la 1ère fois qu'ils le font.
Il y a un an, Marc Gallix avait publié une tribune dans le Monde dans laquelle il demandait à l'état de prendre rapidement des mesures.
Un après, la situation n'a pas beaucoup évolué.
On en parle ce matin avec Maitre Paul Gallix, notre 2ème invité du 6/9.
On en parle beaucoup moins, mais elle est aussi difficilement supportable en prison.
Les deux avocats montpelliérains Marc et Paul Gallix tirent une nouvelle fois la sonnette d'alarme concernant les conditions de détention des détenus, surtout en cas de grosses chaleurs.
Ce n'est pas la 1ère fois qu'ils le font.
Il y a un an, Marc Gallix avait publié une tribune dans le Monde dans laquelle il demandait à l'état de prendre rapidement des mesures.
Un après, la situation n'a pas beaucoup évolué.
On en parle ce matin avec Maitre Paul Gallix, notre 2ème invité du 6/9.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00 Il est 8h08 et on évoque les conditions de détention des détenus ce matin dans le 6/9 de France Bleu et Roi
00:06 parce que bon, on a eu très chaud chez nous, on a eu chaud dans les hôpitaux, dans les Ehpad on a bien ressenti la canicule
00:11 mais on a aussi souffert en prison. Nous accueillons Guillaume Rouland, Paul Gallix qui est avocat au barreau de Montpellier ce matin.
00:17 Bonjour Paul Gallix, avec un autre avocat du barreau de Montpellier, Maître Marc Gallix, que votre oncle, voilà,
00:24 c'est pour ça qu'il faut porter le même nom, vous tirez une nouvelle fois à l'issue d'une nouvelle période caniculaire
00:30 comme on a pu la vivre la semaine dernière, la sonnette d'alarme en ce qui concerne la situation dans les prisons
00:36 et notamment les prisons du Sud, parce qu'il a fait encore plus chaud dans le Sud de la France que dans le Nord.
00:43 Alors on a un petit problème de micro, on ne vous entend pas Paul Gallix, donc éventuellement ce que je vous propose peut-être si,
00:53 est-ce que c'est bon ? Ça y est c'est bon ! Voilà, donc une nouvelle fois vous alertez les autorités sur la situation dans les prisons.
00:59 Oui comme on l'avait fait l'an dernier, parce que chaque année maintenant ça se répète la canicule et puis
01:05 les taux d'occupation augmentent malheureusement dans les prisons et les conditions de détention
01:10 qui sont déjà difficiles en temps normal sont terribles, invivables, n'ayons pas peur des mots pour le dire,
01:17 invivables quand il fait 40 degrés en cellule.
01:19 Alors pendant la canicule, pendant ces gros chaleurs, on parle beaucoup de ce qui se passe dans les hôpitaux,
01:23 on parle beaucoup de la situation dans les EHPAD, comment le 3ème âge, comment les seniors vivent cette canicule,
01:29 on ne parle pas des détenus, vous dites que ce sont les grands oubliés dans cette affaire.
01:33 Ce sont les oubliés, alors je vois avec plaisir qu'on en parle un peu plus chaque année, parce qu'on commence à se rendre compte
01:42 et puis certains de mes confrères aussi alertent comme nous sur la situation, parce que nous on est au quotidien,
01:48 on va en prison, on va voir nos clients en détention et on voit qu'ils souffrent et ils nous racontent qu'ils souffrent
01:53 et qu'ils sont 3 ou 4 par cellule de 9m², 10m² et il fait encore une fois, la semaine dernière je suis allé 3 fois
02:00 dans des centres de détention, une fois à Béziers, deux fois à Abine-Neuve-les-Maglones,
02:03 et à Abine-Neuve-les-Maglones jeudi après-midi il faisait 40 degrés en cellule, 40 degrés,
02:08 et donc il y a des tensions, il y a des bagarres, la semaine dernière j'étais à Abine-Neuve pour une bagarre,
02:12 il y a des bagarres plus fréquentes.
02:14 - Ça les surveillants vous le disent, le mesure.
02:17 - Les surveillants me le disent, j'ai posé la question aux surveillants,
02:19 et leur condition, c'est pour ça que c'est important aussi, parce qu'on peut comprendre que dans l'opinion publique
02:26 les détenus soient "moins" importants que dans les hôpitaux ou dans les EHPAD.
02:31 - Moins une priorité on va dire.
02:33 - Mais il ne faut pas oublier que les surveillants pénitentiaires, c'est 30 000, 30 000 surveillants pénitentiaires en France.
02:40 Alors on va prendre que les prisons du Sud peut-être, en période de canicule, ça fait quand même un paquet de surveillants pénitentiaires
02:45 qui ont des conditions de travail qui sont dégradées et qui deviennent dangereuses.
02:50 Parce que quand un surveillant veut s'interposer dans une bagarre au milieu de détenus, on ne sait jamais ce qui peut se passer.
02:55 - La sécurité même de l'administration pénitentiaire et des surveillants est impactée aussi par cela ?
03:02 - Complètement, complètement, au-delà du confortable.
03:06 Parce que j'ai lu hier, je disais qu'il y avait des surveillants qui avaient demandé, c'est anecdotique,
03:12 qui avaient demandé de changer la matière de leurs uniformes en coton pour ne pas avoir des poulots très chauds.
03:18 Parce qu'il fait très chaud dans les couloirs.
03:20 Mais au-delà de cet aspect confortable, il y a des conditions dangereuses.
03:23 Parce que quand on a des bagarres, on sait que les détenus ont des armes artisanales, etc.
03:26 Et donc il peut tout se passer.
03:28 - Alors vous dites on alerte une nouvelle fois, parce qu'effectivement il y a déjà un an,
03:31 Marc Gallix avait publié une tribune dans Le Monde dans laquelle il dénonçait la situation.
03:36 Parce que déjà en été 2022 il faisait déjà chaud.
03:39 Qu'est-ce qui s'est passé en un an ?
03:41 - Pas grand-chose. Malheureusement, c'est toujours pareil.
03:43 On a des pouvoirs publics qui nous disent "on va construire des nouvelles places de prison".
03:49 Mais on sait de toute l'histoire...
03:52 - La construction des nouvelles places, ça va régler le problème de la chaleur qui règne dans ces établissements ?
03:56 - Non, ça ne réglera pas le problème de la chaleur, ça ne réglera surtout pas le problème de la suroccupation.
04:00 Il faut construire des prisons qui sont adaptées.
04:04 Aujourd'hui, on ne va pas mettre la clim dans les cellules, on le comprend, d'accord ?
04:09 Mais il faut des prisons qui sont peut-être plus aérées.
04:12 Surtout, je pense que le problème c'est la suroccupation.
04:15 Parce qu'il y a une grande différence entre être quatre ou être un ou deux dans une cellule de 9 mètres carrés.
04:19 - Parlez de clim, il y a les ventilateurs aussi, ils ont au moins ça ?
04:23 - J'ai interrogé un de mes clients la semaine dernière jeudi en détention.
04:28 Il m'a dit "les ventilateurs, on les éteint parce qu'il fait tellement chaud que même le moteur du ventilateur participe à chauffer".
04:34 L'air qui brasse est chaud.
04:36 Même le ventilateur, il l'éteigne, il n'envole pas.
04:39 - Plus de douches, est-ce que ça fait partie des choses qui sont...
04:42 - Plus de douches. A Vinovel Maglone, il y a quelques années, ils ont installé des douches en cellule.
04:47 Ce qui n'était pas le cas avant, ce qui n'est pas le cas du tout dans toutes les maisons d'arrêt en France.
04:50 Il y a des maisons d'arrêt où on a le droit d'avoir deux ou trois douches par semaine.
04:55 A Vinovel Maglone, à Béziers, pour les prisons les plus proches d'ici, on a des douches en cellule.
05:00 Mes clients me disent que là, quand il fait très chaud, ils passent leur journée sous la douche.
05:04 Dès qu'il sèche, ils retournent sous la douche.
05:06 - Mais c'est une solution évidemment à court terme.
05:09 Et qui ne règle évidemment pas le problème de la surpopulation.
05:12 Parce qu'à la chaleur, s'ajoute effectivement celui de la surpopulation carcérale.
05:16 - Qui est le problème majeur, je pense.
05:19 - On va vous retrouver dans un instant Paul Gallix.
05:21 Vous êtes avocat au barot de Montpellier, vous êtes notre invité ce matin.
05:24 On continue, on vous retrouve dans un instant.
05:26 - La coupe du monde a...
05:32 - Gia, Angelina, Eliette, Mae et Fanta ont 17 ans.
05:35 Après leur épreuve du bac, elles partent une semaine en vacances à 7 sans leurs parents.
05:41 - Je me souviens très bien du sentiment de liberté que j'ai ressenti la première fois que je suis partie seule avec mes copines.
05:47 C'était l'aventure.
05:50 Je me sentais grande.
05:52 - Du coup, c'est épreuve anticipée, baccalauréat.
05:54 - Baccalauréat général et baccalauréat homologique, c'est ça ?
05:57 - Ouais.
05:58 - À l'écrit, 15...
06:01 - 15 !
06:02 - Quasiment 8h15, vous prenez votre voiture parce que ça y est, c'est votre rentrée, peut-être aussi ce matin.
06:07 Retour au boulot, en tout cas on voit que vous êtes un petit peu plus nombreux sur les routes et reltéses.
06:11 Ça se charge un petit peu plus tard même parce qu'on voit bien que c'est les vacances.
06:14 Mais du côté de Castries, lorsque vous arrivez à Castries, vous allez en direction de la National 113.
06:18 Ou pour prendre l'autoroute à 709, ça bouchonne un peu.
06:21 Trafic par Hakoun, ne soyez pas surpris.
06:23 La National 113 aussi avec le feu de Bayarg, lorsque vous allez en direction de Montpellier.
06:27 Puis la traversée de Vendargue, ça pose aussi problème.
06:29 Lorsque vous arrivez à Castelnau-le-Lez, alors que vous venez de quitter la D65,
06:34 pour ceux qui arrivent par exemple de Clapier ou de Jaco.
06:37 Donc c'est bien chargé jusqu'à la 113.
06:40 Et puis du côté de Juviniac aussi, à l'entrée sur Montpellier, par le côté ouest.
06:46 Et lorsque vous arrivez par la National 109, vous allez perdre quelques minutes.
06:49 Du côté de Béziers, le trafic est tout à fait normal apparemment, il n'y a pas de problème particulier.
06:53 Le coup d'œil sur les trains, évidemment c'est important aussi.
06:56 Les trains sont à l'heure, sauf celui de 9h13. Le TER pour Nîmes au départ de Montpellier-Saint-Roch.
07:00 Il ne partira pas à 9h13 parce qu'il est déjà annoncé avec 40 minutes de retard.
07:04 Si vous, vous avez des infos à partager parce que vous arrivez sur un accident, malheureusement,
07:08 sur une difficulté, comme toujours, le numéro de téléphone c'est le même.
07:12 N'hésitez pas à nous appeler, à nous tenir au courant au 0467 58 6000.
07:17 Vous écoutez France Bleu et Rosse, c'est le 6-9 qui vous réveille ce matin.
07:22 C'est notre rentrée aujourd'hui, nous sommes avec Paul Gallix qui est avocat au barreau de Montpellier.
07:26 Nous vous parlons des conditions de détention des prisonniers.
07:29 Ce n'est pas évident pour eux avec la canicule.
07:32 Alors la canicule, heureusement maintenant c'est un peu dans notre dos,
07:34 quoiqu'on n'est peut-être pas à l'abri d'un nouvel épisode de chaleur dans les jours qui viennent.
07:38 Je voudrais, Paul Gallix, qu'on parle avec vous aussi du problème de la surpopulation carcérale.
07:42 Les seuls chiffres dont je dispose, et d'ailleurs Marc Gallix en faisait mention dans sa tribune du Monde l'année dernière,
07:48 au 1er juillet de l'année dernière, selon l'Observatoire international des prisons,
07:52 il y avait près de 50 prisons en France qui étaient occupées à plus de 150%
07:56 et certaines à plus de 200%, c'est-à-dire le double de leur capacité.
08:00 - Complètement, et même Perpignan est à 270%.
08:03 - On va parler de Perpignan, mais il y a aussi Nîmes, Foy, Carcassonne,
08:07 pour ce qui concerne notre région Occitanie.
08:09 - Et Tulle, La Rosse-sur-Yon, Foy, Ville-Neuve, Béziers, vous avez des chiffres récents ?
08:15 - Ville-Neuve, on est à 140, je crois, à Béziers, 130, quelque chose comme ça, je ne suis pas précis là.
08:20 - Au-delà, évidemment, des taux d'occupation.
08:23 Alors Perpignan, oui, il y a eu une décision importante prise par le tribunal administratif de Montpellier
08:27 la semaine dernière, qui a condamné l'État, justement à cause de la situation de la prison de Perpignan.
08:33 - Oui, parce que la situation à Perpignan est catastrophique, donc près de 300% de taux d'occupation,
08:41 des punaises de lit, des rats, des insectes partout, des câbles électriques dénudés,
08:48 des fenêtres pas aux normes, de la moisissure sur les murs, donc c'est catastrophique.
08:56 Et le juge des référés administratifs, saisi par deux associations,
09:02 l'Observatoire international des prisons et l'Association pour la défense du droit des détenus,
09:06 a condamné l'État, a reconnu que ces conditions de détention étaient indignes.
09:10 - C'est une première ? - Je crois que c'est une première.
09:12 - Donc ça veut dire que ça pourrait faire jurisprudence ?
09:14 - Ça pourrait faire jurisprudence, alors la question n'est pas complètement réglée,
09:18 parce que les associations demandaient notamment la suspension des incarcérations.
09:21 - Ah oui, alors l'État est condamné, mais par contre le tribunal administratif ne suspend pas les transferts,
09:26 il continue à accueillir du monde. C'est ce qu'on croyait quand même.
09:29 - C'est une jurisprudence du Conseil d'État, où apparemment le tribunal administratif n'est pas compétent,
09:33 et ça relève du judiciaire, et dans la loi, et alors peut-être que la loi doit changer,
09:38 la loi dit qu'une maison d'arrêt se doit d'accepter et de mettre à l'écrou les personnes qu'on lui demande de mettre à l'écrou,
09:44 quel que soit son taux d'occupation. Donc même si on n'a plus de place, ce qui est le cas, on doit le mettre à l'écrou.
09:48 Alors il y a eu un petit bémol à ça, c'est qu'au mois de mai, la prison de Bordeaux-Draguignan,
09:52 qui était aussi à plus de 200% de taux d'occupation, l'administration pénitentiaire elle-même avait instauré un dispositif de stop-écrou,
09:59 en disant "nous on refuse de mettre à l'écrou", et donc ils avaient été obligés de mettre à l'écrou dans des prisons différentes,
10:04 parce qu'ils ne pouvaient plus et ça devenait trop dangereux. Donc on voit que c'est quand même possible,
10:08 mais il faut que ça vienne de l'administration pénitentiaire peut-être, et pas du Conseil d'Etat ou du Très Bonne Administration.
10:13 - Donc la solution pour vous c'est plus de place de prison, plus d'argent consacré à ça demain ?
10:17 - Un peu des deux, même si moi je ne suis pas convaincu que construire plus de place de prison sert à quelque chose pour faire baisser les taux d'occupation.
10:26 - Ah bon, pourquoi ?
10:28 - Et bien parce qu'en fait on sait que plus on a de place de prison, plus on incarcère, et ça c'est historique.
10:32 - Et vous en tant qu'avocat, l'incarcération systématique c'est pas votre truc ça ?
10:36 - Non, sinon je ne fais pas ce métier. Il y a beaucoup de mesures alternatives à la prison,
10:42 surtout pour des petites peines, pour des petits délits, pour des petites infractions.
10:45 On sait qu'on peut faire sortir les gens aussi en anticipé, une fois qu'ils ont purgé une partie de leur peine,
10:49 on sait qu'on peut leur octroyer des remises de peine complémentaires.
10:52 Alors l'an dernier dans notre Tribune du Monde avec mon oncle, on en parlait déjà,
10:56 lorsqu'il y a eu la crise Covid, on a vu qu'on a fait baisser très vite le nombre de détenus.
11:00 On était dans l'urgence, l'administration, les pouvoirs publics ont eu peur,
11:04 et donc ils ne voulaient pas d'une situation intenable dans les prisons,
11:07 et donc ils ont octroyé, ils ont créé des nouvelles remises de peine exceptionnelles pour le Covid,
11:12 et ça a baissé très vite. On peut le faire, on sait qu'on peut le faire.
11:15 - Merci Maître Paul Gallix, avocat au barreau de Montpellier, d'être venu nous parler ce matin de la situation
11:19 en milieu carcéral pendant la canicule, mais d'une manière plus générale également,
11:24 parce qu'évidemment les problèmes ne s'arrêtent pas dès que le mercure a tendance à rechuter.
11:29 - Merci à vous, bonne journée.
11:31 - On est à Francebleu.fr pour écouter notre invitée, il est 8h20,
11:34 et dans quelques minutes on accueille Léopoldine Dufour qui ne vient pas les mains vides,
11:38 elle vient comme chaque matin avec une petite histoire, la petite histoire du jour.
Commentaires