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00:02 6h, 9h15, RTL Matin, avec Jérôme Florin.
00:07 RTL, il est 8h24, Macron, la grande explication. Le président a choisi votre journal, Etienne Gernel, bonjour.
00:15 Bonjour.
00:15 Directeur du magazine Le Point, Emmanuel Macron a donc choisi votre journal pour faire sa rentrée, livrer tout un tas de réflexions, notamment sur
00:21 l'école, on va y revenir. Et je salue aussi Olivier Bost, chef du service politique de RTL.
00:26 Bonjour.
00:27 Etienne Gernel, vous avez mené cet entretien jeudi dernier, donc il y a une semaine en fait, au fort de Brégançon, dans le Var,
00:33 la résidence d'été des présidents. Il était comment Emmanuel Macron, détendu ?
00:36 Plutôt détendu.
00:38 En forme physiquement, visiblement,
00:41 bronzé, il fait du sport, avec ça. Un peu tendu, parce que l'entretien, il était parfois un peu... Il répond,
00:48 il rend les coups, c'est assez étonnant. D'ailleurs, il est souvent meilleur quand il est
00:52 un peu bousculé, dès qu'il fait des discours, parfois, quand il fait des grands discours, parfois, ça peut être un peu plat.
00:57 Il est bousculé, il est un peu meilleur.
00:59 Combattif, il a envie de se battre, il était visiblement énervé, énervé par les commentaires autour
01:06 du dénouement des 100 jours d'Elizabeth Borne, y compris dans Le Point, d'ailleurs, on a fait une couverture,
01:10 il a encore un président.
01:11 Voilà, justement, vous l'aviez un petit peu titillé, il a répondu à quoi ? Il a répondu comment, cette question ? D'ailleurs, y a-t-il un président ?
01:17 Vous l'avez trouvé ou pas ?
01:18 Oui, oui, lui, il avait l'air plus président, voilà, il avait l'air plus président.
01:23 Mais il n'a pas aimé, oui, c'est vrai, quand on lui a posé "est-ce que c'est un lame duck ?" vous savez, c'est une expression aux Etats-Unis.
01:27 Un lame duck ?
01:28 Un canard sans tête, qui veut dire c'est le président dans un deuxième mandat qui n'a plus les manettes, en fait.
01:32 Alors, non, non, je ne suis pas du tout un lame duck.
01:34 Il répond, il répond, y compris à Nicolas Baverez, qu'il avait beaucoup critiqué dans le journal,
01:38 d'une manière assez virulente. Oui, oui, combattif, visiblement.
01:41 Alors, bon, à quelques jours de la rentrée scolaire, Emmanuel Macron donne ses pistes sur l'école.
01:46 Et il lance un pavé dans la mare en disant vouloir raccourcir les vacances d'été, en tout cas pour les élèves en difficulté.
01:53 Il s'attaque à un tabou, là.
01:55 Ah oui, oui, oui, mais ça c'est évidemment... Alors ça c'était prémédité, visiblement, parce qu'il en a parlé assez vite.
02:00 C'est de faire revenir des élèves, en fait d'évaluer des élèves, le niveau des élèves.
02:04 Vous savez que ça c'est un des grands tabous français aussi, c'est qu'on voit bien le niveau de maths,
02:07 le niveau de langue, le niveau de français des élèves qui chutent.
02:11 Et donc l'idée c'est d'évaluer et de faire rentrer plus tôt ceux qui en ont besoin pour des cours de rattrapage le 20 août.
02:16 On va voir comment ça réagit.
02:18 - C'est déjà mal au niveau des syndicats, je peux vous le dire.
02:20 - Ben ça c'est normal, c'était un peu attendu. Et puis en même temps c'était aussi une réponse.
02:24 Parce que ce qu'il dit c'est que l'école c'est un sujet régalien.
02:26 Que la réponse aux émeutes, évidemment ça a traumatisé un peu tout le monde cette affaire.
02:30 Ça commence par là. Alors il dit "y'a pas que les coups de matraque".
02:33 Ça serait tout, nous ne serions que le coup de matraque.
02:35 - Et l'ordre, l'ordre, l'ordre... - Olivier Bost.
02:37 - Il peut prier à l'intérieur de l'école, c'est ça l'idée qu'il intente en avancer.
02:41 Après, moi, là c'est en fait une nouvelle promesse.
02:43 Celle d'une rentrée avant le 1er septembre.
02:47 Ce qui a toujours été impossible jusque-là en France.
02:50 Qui efface aussi une autre promesse qui pour l'instant n'est pas encore tenue.
02:53 On va voir dans les semaines suivantes si elle est tenue.
02:55 Qui était celle qui avait été faite l'année dernière.
02:58 Qui était de dire "il n'y aura plus aucun prof absent non remplacé".
03:02 - Ce n'était pas le cas.
03:04 - C'est une promesse qui finalement vient en écraser une autre.
03:08 Qu'on n'a pas encore vérifiée.
03:10 Et c'est vrai qu'Emmanuel Macron, moi je trouve, dans tout ce qu'il avance sur l'éducation,
03:15 vient aussi effacer un échec qu'il n'assume pas comme un échec.
03:18 Qui est celui de Pape Ndiaye.
03:20 - Oui, alors en fait, si on lit entre les lignes, on comprend qu'il dit que le ministre de l'éducation c'est lui.
03:25 Blanquer, Ndiaye, Attal...
03:28 - Il dit que c'est un domaine réservé.
03:30 Ce qui est une formule qu'il y a jusque-là.
03:32 - Justement, messieurs, sur Blanquer, il veut revenir sur les dates du bac.
03:37 Justement mis en place par Jean-Michel Blanquer.
03:40 Les épreuves ont commencé cette année en mars.
03:43 C'est beaucoup trop tôt, c'est ce qu'il dit.
03:46 - Oui, oui, oui. Et c'est très étonnant, d'ailleurs, comme il rentre dans les détails sur ces sujets-là.
03:49 Visiblement, c'est le sujet qui le turlupine.
03:52 Parce qu'on n'arrivait pas à l'arrêter pendant l'interview sur le sujet.
03:55 - Sur l'école ?
03:56 - Oui, sur l'école. Parce qu'il fallait quand même qu'on parle du reste, des questions régaliennes.
03:59 Qu'on parle de l'économie, qu'on parle de l'international, de l'Ukraine.
04:02 Mais on n'arrivait pas à l'arrêter. C'est son sujet.
04:04 Je souhaite bonne chance à Gabriel Attal, qui, visiblement, on va l'avoir sur le dos de manière assez présente.
04:09 Où il s'attaque à des tabous et à l'éducation, comme chacun sait.
04:12 C'est un sujet brûlant en France.
04:13 - Et il se fait plaisir en justement s'attaquant à ce tabou-là, Olivier Bost ?
04:16 - Je pense qu'il parle aussi, quelque part, parce qu'on va parler après de l'initiative politique qu'il veut lancer.
04:22 Mais il parle aussi à un électorat, qui peut être l'électorat de droite, et un peu aussi à la droite.
04:27 Parce que quand il dit qu'il va amener la question de l'ordre, la question régalienne, à l'école,
04:32 ça parle à un électorat, en fait.
04:36 Et ça peut parler, éventuellement, à la droite.
04:38 Moi, j'y vois aussi un message politique, quand il parle de l'école.
04:41 - Alors justement, venons-en à cette initiative d'ampleur politique qu'il avait annoncée avant les vacances,
04:47 et qu'il détaille dans le point ce matin.
04:49 Il annonce qu'il va réunir, la semaine prochaine, les principaux responsables politiques.
04:53 Donc en fait, c'est pas que l'arc républicain, comme on dit.
04:55 C'est de la France Insoumise, pour rassemblement national.
04:58 C'est ça, Étienne Gernard ?
04:59 - Oui, c'est plus large que ça.
05:00 Et d'ailleurs, ça se comprend tout à fait, parce que sinon, c'était compliqué, avec la NUPS,
05:03 de diviser, de faire où est-ce qu'il met la trace, la ligne.
05:06 - Alors dans quel but, maintenant ? Qu'est-ce qu'il va faire de tout ça ?
05:09 - L'idée, quand même, c'est qu'il n'a pas de majorité.
05:12 Et donc, la question, il ne sait pas comment faire.
05:14 Et d'ailleurs, il répond à cette question.
05:16 On lui a demandé pourquoi est-ce qu'il n'avait pas fait un accord politique avec d'autres forces, il y a un an.
05:20 Et il dit, en fait, aucune.
05:22 D'abord, elles sont divisées entre elles.
05:23 Il fait une analyse politique à l'intérieur du PS et de LR, d'ailleurs, c'est assez surprenant.
05:26 Il dit qu'elles sont divisées à l'intérieur, et puis aucune d'entre elles n'apporterait une majorité à elle seule.
05:31 - C'est une façon de dire que la majorité relative, ce n'est pas sa responsabilité.
05:33 C'est-à-dire que c'est la responsabilité des oppositions qui ne sont pas responsables.
05:37 C'est un peu, oui, qu'ils sont divisés.
05:38 - Oui, c'est assez étonnant, mais c'est son raisonnement.
05:41 Et après, il dit qu'il va en faire des majorités de projet.
05:43 Donc, il parle de référendum, de projet de loi.
05:45 Et ce qui est intéressant, c'est les propositions de loi.
05:46 C'est ça qui risque le plus d'aboutir.
05:48 Et notamment, ce qu'on sent venir un petit peu, c'est sur l'organisation territoriale,
05:51 sur le nombre de strates territoriales.
05:53 Donc, est-ce que ça va marcher ou pas ?
05:55 La mise en scène des choses pourrait agacer des gens.
05:57 - Oui, parce qu'il y a déjà eu le Conseil National de l'Europe Fondation,
06:02 il y a eu le Grand Débat, il y a eu les conventions citoyennes.
06:04 On a réuni du monde depuis six ans, ça n'a jamais vraiment donné grand-chose.
06:08 - Oui, après, la question, c'est de trouver des sujets qui peuvent créer un consensus.
06:11 Aux États-Unis, il y a ça, des projets de loi bipartisan.
06:13 Donc, on ne sait jamais, ça peut aboutir à des choses.
06:15 Peut-être, je ne sais pas si c'est les référendums qui font le plus parler,
06:18 c'est le point qui a le plus de chance d'aboutir.
06:20 Peut-être que c'est les propositions de loi.
06:22 Olivier, ça peut marcher, ça ?
06:23 - Moi, je trouve qu'il y a une contradiction dans le message que porte Emmanuel Macron sur cette initiative.
06:28 C'est qu'à la fois, il dit tout au long de l'interview qu'il n'est pas empêché,
06:31 qu'il a fait adopter un nombre de lois sinon record, en tout cas très important.
06:37 Et il défend aussi une constance politique.
06:39 Et en même temps, il n'est pas contraint, finalement, il l'explique tout au long de l'interview,
06:43 qu'il n'est pas contraint par la situation politique.
06:45 Et en même temps, il cherche des chemins, et ça fait un an qu'il cherche des chemins
06:49 pour faire face à cette majorité relative.
06:54 Et je trouve que c'est assez contradictoire.
06:55 C'est-à-dire que soit vous n'êtes pas empêché, puis vous gouvernez comme vous voulez gouverner.
06:58 Soit vous prenez des initiatives.
07:00 Il fait un peu les deux en même temps.
07:02 Et c'est un "en même temps" qui finalement donne l'impression que cette rentrée politique
07:06 est encore compliquée pour Emmanuel Macron.
07:08 - C'est sûr qu'elle est compliquée.
07:09 - Etienne Gernel, comment il gère cette colère contre lui depuis 6 ans ?
07:13 - Il a un peu de recul par rapport à ça, et puis en même temps,
07:16 on voit qu'il y a des moments où il est vraiment piqué.
07:18 C'est très étonnant, c'est un peu "on/off".
07:21 Comme souvent, vous savez, on répond toujours aux critiques, ça ne me touche pas, etc.
07:23 Mais en fait, oui, souvent ça le touche.
07:25 Evidemment, mais ce qui est très curieux, c'est qu'on voit qu'il y a deux Emmanuel Macron.
07:27 Il y a celui qui observe le monde, et qui est d'ailleurs très intéressant sur ce sujet,
07:31 quand il parle de l'OMC, l'Organisation Mondiale du Commerce, qui n'existe plus,
07:35 du jeu non coopératif des États-Unis.
07:37 Il dit ça pour le climat, pour l'IA, pour l'intelligence artificielle.
07:40 Donc ça, c'est un observateur, un analyste du monde,
07:42 qui est très informé, parce qu'il le connaît, il le rend compte, tous ces gens-là.
07:45 Et puis après, il y a le Macron national,
07:47 où on voit que c'est très très difficile de visser le moindre boulon.
07:49 Et oui, là, il est dans l'exécution, dans les petites choses, dans les détails.
07:53 On voit qu'il serre les points quand il parle de ça, d'ailleurs, très souvent.
07:57 - Vous lui demandez s'il est content de lui ?
07:58 - C'est une drôle de question, ça.
07:59 - C'est une question piège, hein.
08:01 - Qu'est-ce qu'il répond ?
08:02 - Il dit non, non, évidemment, mais il a effleuré le piège.
08:05 Il répond que oui, parce que, évidemment, comme on l'attaque beaucoup,
08:08 il défend son bilan, donc on lui pose la question
08:10 "Est-ce que vous êtes content de vous ?"
08:11 Les gens qui sont contents d'eux, c'est horrible, c'est atroce.
08:14 Ce qui prouve qu'il est quand même lucide, c'est qu'il n'est pas tombé dans le panneau,
08:17 il a répondu qu'il n'était pas content de lui.
08:19 - Macron, la grande explication, c'est à la Une du Point, ça sort ce matin.
08:22 Merci à tous les deux, Étienne Gernel, directeur du Point,
08:24 et au Wikipost, chef du service politique de RTL.
08:26 Bonne journée à tous les deux, il est 8h32.
08:31 [SILENCE]
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