00:00 Ma fille ne nous a jamais demandé pourquoi j'ai deux mamans,
00:02 parce que pour elle, c'est la normalité la plus normale.
00:05 Elle sait qu'il y a un donneur, qu'il y a des médecins qui nous ont aidés.
00:07 À trois ans et demi, elle est complètement capable de raconter comment elle a été conçue.
00:11 J'ai toujours, toujours voulu avoir un enfant, donc c'était très clair pour moi.
00:14 Et j'en ai tout de suite parlé à Capucine.
00:16 Pour elle, c'était peut-être une envie qui était un peu moins marquée,
00:19 mais qui était quand même très, très présente.
00:20 Et donc voilà, on savait qu'on avait bien envie d'avoir un enfant.
00:23 On a laissé un peu de temps passer avant de se dire,
00:25 tiens, on va en faire un peut-être ensemble.
00:27 Alors la PMA, c'est la procréation médicalement assistée.
00:30 On appelle ça aussi maintenant en France l'AMP, ça veut exactement dire la même chose.
00:34 Et donc, c'est l'ensemble des techniques médicales qui sont à disposition des couples
00:38 qui sont soit infertiles, soit en fertilité situationnelle,
00:42 j'aime bien dire, comme les couples de femmes ou les femmes célibataires.
00:45 Ce qui était difficile avec nos recherches sur le sujet de la PMA,
00:48 c'était qu'il n'y avait pas un seul endroit où toutes les infos étaient condensées.
00:51 Donc, on avait une petite info sur tel site, une autre petite info sur tel autre site.
00:55 Beaucoup d'infos dans les forums aussi, de discussions,
00:58 et les groupes Facebook, mais qui finalement étaient souvent très erronés,
01:01 ou alors pas actualisés.
01:02 Donc, c'était compliqué de se faire une idée de ce qui était une bonne info d'une fausse info.
01:06 Les gynécologues qui ne sont pas forcément calés sur le sujet,
01:09 je m'en suis aperçue quand j'avais un suivi gynéco en France.
01:13 C'est vrai qu'en tout cas, ma gynécologue avait tendance,
01:15 elle était pourtant très friendly, mais elle avait tendance à me dire,
01:18 "Faites vos recherches de vos côtés, et puis quand vous avez les infos, etc.,
01:22 vous revenez vers moi et je vois comment je peux vous aider."
01:24 Donc, c'est vrai que l'info, il a vraiment fallu aller la chercher.
01:27 Donc, on s'est débrouillé toutes seules.
01:29 Nous, la petite spécificité, c'est qu'on habite au Portugal,
01:31 et on s'est aperçu qu'au Portugal, on pouvait avoir recours à une procréation médicalement assistée,
01:36 qui répondent à nos besoins, à nos envies, etc.
01:39 Donc, c'est dans ce pays qu'on s'est lancé.
01:40 Mais on aurait très bien pu aussi aller au Danemark, par exemple,
01:43 qui répondait aussi à nos besoins et à nos envies.
01:45 Nous, du coup, on a opté pour une PMA au Portugal.
01:48 C'était non seulement pratique parce qu'on y habitait,
01:50 mais c'était aussi le pays qui nous permettait de choisir un donneur non anonyme.
01:54 C'était important pour nous que notre fille ait accès à l'identité du donneur
01:58 qui nous a aidé une fois qu'elle serait adulte.
02:00 En parallèle, on a pris contact avec une banque de sperme au Danemark
02:04 parce qu'on a choisi de choisir le sperme de manière séparée.
02:07 Et donc, ensuite, on a suivi tout un tas d'examens pour vérifier ma fertilité,
02:12 puisque c'est moi qui ai porté notre fille.
02:14 Donc, on est allé checker tout un tas de points de santé.
02:17 Et ensuite, quand les résultats sont revenus plutôt positifs,
02:19 on s'est lancés et on a tenté une première insémination.
02:22 J'étais très, très, très stressée, vraiment très effrayée
02:24 à l'idée de passer par ce chemin-là.
02:26 Et finalement, tout s'est très bien passé,
02:28 et même vraiment très, très bien passé,
02:29 puisque je suis tombée enceinte à la première insémination,
02:32 donc à la première tentative, ce qui est plutôt rare.
02:34 Et donc, voilà, on remercie à notre bonne étoile.
02:36 L'une des différences aussi entre l'accompagnement en France
02:39 et l'accompagnement dans les pays qui permettent la PMA,
02:42 donc comme le Portugal, l'Espagne, la Belgique, le Danemark,
02:44 c'est qu'il y a une vraie prise en considération du couple lesbien.
02:48 Donc, par exemple, nous, au Portugal, personne n'a demandé à ma femme
02:51 de subir des examens médicaux ou des tests sanguins,
02:54 puisqu'elle ne voulait pas porter de grossesse.
02:56 Or, en France, ça arrive encore, encore trop souvent,
02:58 qu'en fait, ce soient exactement les mêmes protocoles
03:01 que pour les couples hétérosexuels qui soient donnés au couple de femmes,
03:05 sauf que forcément, ce n'est pas la même chose.
03:07 Donc, de temps en temps, il y a certains couacs
03:09 et on ne se sent pas complètement prise en considération.
03:12 Mais par contre, il y a encore déjà toute une partie de la population
03:15 qui est exclue, comme les personnes trans, et ça, ce n'est toujours pas OK.
03:18 Et surtout, le point noir de la PMA en France, ce sont les délais.
03:22 Il y a certaines régions où c'est jusqu'à 24 mois d'attente
03:25 pour le premier rendez-vous, sachant que l'attente ne s'arrête pas après,
03:28 pour recevoir un don.
03:29 Donc, c'est quand même très, très, très long.
03:31 Et il y a des couples qui n'ont pas les moyens financiers d'aller à l'étranger,
03:34 donc ça décourage et qui baissent un peu les bras sur leur projet de parentalité,
03:38 ce qui est quand même assez hallucinant et dommage.
03:41 Notre fille ne nous a jamais demandé pourquoi j'ai deux mamans,
03:43 parce que pour elle, c'est la normalité la plus normale.
03:46 Elle sait qu'il y a un donneur qui est entré en jeu,
03:48 qu'il y a des médecins qui nous ont aidés.
03:50 Elle sait vraiment tout, tout, tout, tout, tout.
03:51 Et à trois ans et demi, elle est complètement capable de raconter
03:54 comment elle a été conçue.
03:55 Donc après, on l'accompagne au fur et à mesure.
03:57 Plus elle grandit, forcément, plus les sujets évoluent.
04:00 Et on est complètement OK avec le fait de continuer à l'accompagner là-dedans
04:04 et à lui dire les choses exactement telles qu'elles sont.
04:05 Ce que je souhaiterais faire passer comme message aux couples LGBTQIA+,
04:09 c'est de ne pas perdre espoir, de se dire que tout est possible.
04:12 Il faut seulement trouver le bon chemin.
04:14 Il faut surtout se poser les bonnes questions.
04:15 Qui est le ou la partenaire qui va porter la grossesse ?
04:18 Qu'est-ce qu'on veut en termes de donneurs s'il y a besoin d'un donneur ?
04:20 Est-ce que c'est OK pour nous d'avoir un entretien psychologique ?
04:22 Donc toutes ces questions qui vont vous aider à définir les contours de votre parcours PMA
04:26 et à savoir si vous voulez vous diriger plutôt vers l'étranger ou plutôt vers la France.
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