00:00 Cette fois-ci, je ne suis pas content.
00:02 Les balais Carlotte est le premier film
00:05 qui ne sort pas dans les salles. Et pourquoi ?
00:08 Parce que, jadis, il y a eu
00:12 une histoire qui s'appelait "Les balais roses".
00:15 L'aide de camp du général de Gaulle
00:17 convoquait
00:18 des adolescentes dans un pavillon de chasse
00:21 et organisait des partouzes.
00:24 Ça a défrayé la chronique, mais curieusement, la presse à l'époque
00:28 n'en a pas beaucoup parlé.
00:30 On a mis tout sur le dos du recruteur, qui est un espèce de mache,
00:33 et finalement, les hommes politiques s'en sont sortis, personne n'a été
00:36 condamné.
00:37 Et quand j'ai regardé les journaux de l'époque, je me suis aperçu que personne
00:41 n'en parlait.
00:44 Aujourd'hui, nous sommes devant une reconnaissance de la pédophilie sur
00:49 les enfants.
00:50 Les balais roses, c'était des petites jeunes filles, c'était déjà pas bien.
00:53 Mais là, il s'agit d'enfants, quelquefois de 6 ans, de 3 ans,
00:58 que l'on viole
00:59 pendant des espèces de réunions,
01:02 et non pas par un sadique, un malheureux malade forcené
01:07 qui a perdu la raison, non, ce sont des gens tout à fait normaux, qui occupent
01:10 généralement
01:11 des postes très importants parce qu'ils sont obligés d'acheter ces
01:15 enfants pour une soirée, par conséquent, de leur donner de l'argent
01:19 ou aux parents ou aux recruteurs.
01:22 Et c'est souvent des enfants
01:25 de pays étrangers qui sont en France, quelquefois en clandestin,
01:29 d'autres fois, ce sont carrément des fils d'ouvriers, même quelquefois
01:34 des gens beaucoup plus importants. Et ça,
01:38 ça m'a dégueulasse.
01:41 Et je ne sais pas, j'avais vaguement traité ce sujet dans le témoin
01:45 que vous avez vu dans ma collection,
01:47 c'était Philippe Noiré qui était amoureux d'une fille de 12 ans qui l'a
01:51 assassinée, mais c'était un cas très particulier.
01:54 Ensuite, je m'en suis occupé d'un Noir comme le souvenir,
01:58 une petite fille qui avait été enlevée,
02:00 comme celle qui vient
02:02 d'être libérée, qui s'est évadée après huit ans,
02:06 où elle était séquestrée par un type qui s'est suicidée, ça s'est passé en
02:10 Autriche, elle est à la une des journaux aujourd'hui.
02:13 J'avais traité ça un petit peu comme ça, des petits cas,
02:16 mais là,
02:17 devant ces réseaux
02:18 qui comprennent des notables, des gens que nous côtoyons
02:22 tous les jours,
02:23 des gens qui logiquement ne sont pas fous.
02:26 Alors là, ça m'a vraiment dégoûté. Alors j'ai fait le film,
02:29 et je ne vous dis pas la fin, vous verrez la fin,
02:33 elle est terrible.
02:34 La fin est terrible, je crois que c'est une des fins les plus dramatiques que j'ai
02:37 pu faire dans ma vie,
02:39 et j'ai voulu stigmatiser ces réseaux pour les faire disparaître.
02:43 Et alors, évidemment, quand le film a été fini, je me suis dit,
02:46 je vais le montrer aux associations,
02:47 aux associations caritatives. Il y en a plusieurs
02:50 qui s'occupent,
02:51 justement, de récupérer ces enfants. Car,
02:54 si on découvre deux ou trois enfants assassinés par RAN,
02:58 ou disparus,
02:59 on ne parle pas des cent mille enfants
03:02 qui sont
03:03 enlevés, et trois jours après, on les retrouve soit dans un parc, soit
03:07 devant leur porte, soit dans un bois.
03:09 Et à ce moment là, ceux-là sont traumatisés, mais retrouvés.
03:13 Alors ça, on n'en parle pas de ces gens-là.
03:15 Alors c'est pour ces enfants-là que j'ai fait le film,
03:18 pour que ces réseaux soient détruits.
03:21 Car c'est comme des nids de vipères, des nids de scorpions,
03:26 il faut détruire ça. Alors, je fais le film, je le montre à des associations
03:30 caritatives qui me disent, "Mais M. Moquinon, on lutte depuis des années pour ça,
03:34 pour ce que vous venez de montrer, les photos dans les fermes où on met des
03:37 enfants nus et on leur fait faire l'amour dans des fermes, on fait des photos
03:40 qu'on vend dans le monde entier."
03:42 Alors je révèle tout ça,
03:44 et quand le film est fini,
03:46 je le montre dans une salle. Alors les mères pleurent, c'est un mélo,
03:49 c'est un grand mélo flamboyant comme on en faisait.
03:52 On ne peut pas ne pas faire un mélo avec une mère qui cherche son enfant car le
03:55 film, c'est une mère dont l'enfant a disparu
03:58 et qui le cherche. Il n'y a pas plus mélo que ça.
04:01 Mais c'est un mélo avec un fond, un fond social et un fond...
04:05 Il faut absolument arrêter ça.
04:08 Alors le film terminé, je le présente,
04:11 bon ces associations trouvent ça très bien, mais par contre je commence
04:15 à voir que des gens
04:17 se détournent du film.
04:19 Au lieu de m'aider à le sortir, et en plus
04:22 j'avais décidé une fois mes techniciens et mes artistes payés
04:25 de donner tout l'argent
04:28 à ces associations pour qu'elles s'occupent de ces enfants violés.
04:32 Car il y a maintenant des maisons avec des psychologues qui s'en occupent
04:35 après parce qu'il faut s'en occuper une fois qu'ils ont été violés à cet âge-là
04:38 et évidemment ils ne sont pas bien.
04:40 Et voilà que depuis, le film est terminé depuis 2004,
04:45 on est en 2006,
04:47 et voilà que je n'arrive pas ni à le sortir dans des salles à part la mienne
04:51 et je n'arrive pas à en faire parler dans la presse.
04:55 J'ai récemment présenté le film dans une ville de province que je ne citerai pas,
05:00 des journalistes étaient présents, il y avait du monde, le film a été applaudi.
05:04 On m'a dit "mais monsieur Mocking, ce film est tout à fait normal"
05:06 parce que moi j'ai pensé à un moment qu'il était mauvais le film
05:09 puisque tout le monde l'a refusé.
05:10 J'ai dit "tiens peut-être que j'ai fait une connerie, que le film n'est pas bon".
05:13 Or je l'ai présenté à un public qui lui a considéré ce film
05:16 comme un film normal, comme un autre film qu'il voit tous les jours, etc.
05:21 Alors aujourd'hui je suis en colère contre tout le monde
05:25 car si on empêche ce film de sortir, on rejoint le film de Stanley Kubrick,
05:32 "Les Sentiers de la Gloire" qui restait 30 ans interdit
05:35 parce qu'il racontait l'histoire des soldats français
05:38 que d'autres soldats français fusillaient parce qu'ils ne voulaient pas aller tuer des gens,
05:42 il est resté 30 ans interdit.
05:44 Je ne vous parle pas de tous les films qui n'ont jamais pu se faire
05:48 parce que déjà au départ ils étaient censurés même avant d'être faits
05:51 donc ils n'ont pas trouvé l'argent pour le faire.
05:53 Alors mon film est un exemple et ici aujourd'hui,
05:57 grâce, il faut le dire à Jérôme Sédoux qui dirige cette collection qui m'est consacrée,
06:02 il a eu le courage de sortir le film que vous allez voir là.
06:07 [SILENCE]
Commentaires