00:00 Moi j'ai souvent ce rapport aussi à mes films.
00:02 C'est pour ça que mes films sont ramassés et très courts.
00:04 Moi je considère que c'est une forme de prise d'otage,
00:06 d'enfermer les gens dans ma tête.
00:07 Et je trouve ça extrêmement prétentieux et un peu chiant
00:10 de les enfermer trop longtemps.
00:11 Bonjour, c'est Quentin Dupieux.
00:13 Je parle de mon film Yannick,
00:15 qui sort le 2 août et qui est formidable,
00:16 qui est mieux que plein d'autres films.
00:17 Ce film parle d'un spectateur mécontent
00:20 qui va révolutionner un spectacle.
00:22 C'est quoi la suite du programme ?
00:23 Tu vas m'annoncer que t'es enceinte ?
00:25 Ouais !
00:26 Ouais !
00:27 Pardon.
00:28 Je pense qu'il y a un pépin dans votre histoire.
00:30 J'ai du mal à accepter qu'un spectacle
00:32 qui est censé remonter le moral,
00:34 ça me fait l'effet inverse.
00:35 Non mais je pense que vous n'êtes pas du tout
00:37 en train de vous rendre compte monsieur,
00:38 mais en fait là, ça ne se fait pas du tout ce que vous faites.
00:40 Ce que j'aime chez ce personnage,
00:42 c'est que pour moi il est héroïque.
00:43 Il faut surtout avoir une pensée à dérouler ensuite.
00:45 C'est-à-dire que moi si je me levais
00:48 pour interrompre un spectacle ou un film,
00:50 ou je ne sais pas quoi,
00:51 je n'aurais pas cette mécanique de la pensée qui se déroule.
00:54 On pourrait penser que c'est un acte punk
00:57 d'emmerder le spectacle de quelqu'un d'autre,
00:58 mais en fait non.
00:59 Il n'y a pas moyen que ça continue,
01:01 vous voulez me torturer ou quoi ?
01:02 Moi j'ai souvent ce rapport aussi à mes films.
01:05 C'est pour ça que mes films sont ramassés et très courts.
01:07 C'est que, en vrai,
01:08 moi je considère que c'est une forme de prise d'otage
01:10 d'enfermer les gens dans ma tête.
01:11 Et je trouve ça extrêmement prétentieux
01:15 et un peu chiant de les enfermer trop longtemps.
01:17 Non mais moi je joue pas ça, c'est trop de la merde.
01:19 T'as vu les photos françaises ?
01:20 C'est illicible, on s'en fout.
01:22 On le fait et puis basta, c'est pas grave.
01:23 Si c'est grave !
01:24 On peut partir en sucette à n'importe quel moment,
01:26 cette histoire.
01:27 D'accord ?
01:28 On parlait de Kenar,
01:30 effectivement, j'ai eu l'idée
01:33 à travers lui.
01:33 C'est-à-dire que j'ai eu envie d'écrire pour lui.
01:35 C'est ça le point de départ de ce film,
01:36 c'est que j'ai eu envie de
01:38 d'écrire un film pour ce mec,
01:39 qui a déjà tourné des petits rôles dans mes films
01:41 et que j'admire beaucoup
01:43 et que j'adore pour son côté ancré,
01:45 en fait, dans n'importe quelle situation,
01:48 même dans les trucs un peu loufoques
01:50 ou tordus ou je sais pas quoi,
01:52 il est ancré.
01:54 Moi, c'est mon souci,
01:55 moi, je fais de la comédie,
01:55 moi, je considère que mes films sont des comédies,
01:57 mais on n'en fait pas des caisses
01:59 et on montre pas aux spectateurs
02:01 qu'ils doivent rire nécessairement.
02:02 C'est-à-dire que je demande toujours aux comédiens
02:04 d'être le plus réaliste possible.
02:06 Quoi ? Attends.
02:07 Je te promets,
02:08 si tu nous sors de cette merde,
02:09 tu couches avec moi, comme tu veux,
02:11 par devant, par derrière, à l'enfer,
02:13 comme tu veux, mais neutralise ce mec.
02:14 Vous avez employé le mot "légèreté"
02:17 et c'est un truc qui me va bien.
02:18 Moi, je n'arrive pas à imaginer
02:21 que faire du cinéma, c'est important.
02:23 Je sais que ça fait du bien aux gens.
02:25 Je sais qu'il y a des grands films
02:26 qui peuvent bouleverser des gens.
02:28 Je sais qu'il y a des films
02:29 qui changent les gens, même.
02:30 Super.
02:31 Mais néanmoins,
02:33 je n'arrive pas à me dire que c'est important.
02:35 C'est-à-dire qu'on ne sauve pas des vies,
02:36 on ne fait rien.
02:37 Voilà, je pense que je me la raconterais
02:39 un peu plus si j'étais pompier, par exemple.
02:41 Mon répit, c'est d'avoir des projets.
02:43 C'est-à-dire que moi, l'enfer,
02:44 c'est de ne plus rien faire.
02:46 Voilà, bon, c'est maintenant ou jamais.
02:48 Puis moi, ça m'amuse.
02:49 Donc, en fait, oui, j'ai toujours
02:51 un ou deux coups d'avance, effectivement.
02:53 Mais parce que la vie est faite comme ça.
02:55 Là, c'est parce que j'ai des contacts.
02:57 D'un seul coup, je rencontre un comédien,
02:59 on a envie de travailler ensemble.
02:59 Voilà exactement ce qui s'est passé
03:00 avec "Kenard" pour Yannick.
03:01 J'étais en train de préparer mon film d'Ali.
03:04 Puis en fait, l'envie de travailler avec "Kenard"
03:07 est venue se superposer.
03:09 Donc, j'ai rajouté ça,
03:09 je me suis rajouté ça sur mon planning.
03:12 [Musique]
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