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00:29 Chapitre 30 de Jérusalem à la maison de Zacharie
00:35 Nous sommes à Jérusalem. Je la reconnais bien désormais avec ses rues et ses portes.
00:42 Les deux époux se dirigent d'abord vers le temple.
00:45 Je reconnais l'écurie où Joseph a laissé l'âne le jour de la présentation au temple.
00:51 Maintenant encore, il laisse les deux montures après les avoir soignées
00:56 et avec Marie va adorer le Seigneur.
00:59 Puis ils sortent et Marie se rend avec Joseph dans une maison de personnes de connaissance semble-t-il.
01:06 Là, il se restaure et Marie se repose jusqu'à ce que Joseph revienne avec un petit vieux.
01:14 Cet homme va par le même chemin que toi.
01:17 Tu auras très peu de chemin à faire seul pour arriver chez la parente.
01:22 Et confiance en lui, je le connais.
01:25 Ils reprennent leurs montures et Joseph accompagne Marie jusqu'à la porte.
01:30 C'est une autre porte que celle par où ils sont arrivés.
01:34 Ils se saluent et Marie va seule avec le petit vieux qui parle,
01:38 autant que Joseph est silencieux et s'intéresse à mille choses.
01:43 Marie répond patiemment.
01:45 Maintenant, sur le devant de la salle, elle a le petit coffre que portait l'âne de Joseph
01:51 et elle n'a plus le manteau.
01:53 Elle n'a pas même son châle qui est plié sur le coffre.
01:57 Elle est toute belle avec son vêtement d'azur foncé et le voile blanc qui la protège du soleil.
02:04 Comme elle est belle !
02:06 Le petit vieux doit être un peu sourd car pour se faire entendre,
02:09 Marie doit parler très fort, elle qui parle toujours à voix basse.
02:14 Mais maintenant, il en a fini, il a épuisé tout son répertoire de questions et de nouvelles.
02:20 Maintenant, il somnole sur la selle, se laissant conduire par sa monture qui connaît bien le chemin.
02:27 Marie profite de cette trêve pour se recueillir en ses pensées et prier.
02:33 Ce doit être une prière qu'elle chante à voix basse en regardant le ciel azuré
02:38 et en tenant le bras sur son sein, son visage par l'effort d'une émotion de l'âme et lumière et béatitude.
02:47 Je ne vois pas autre chose.
02:50 Et maintenant que la vision est suspendue pour moi,
02:53 comme hier, je reste avec la maman près de moi, visible pour ma vision intérieure,
02:59 avec tant de netteté que j'en puis faire le portrait.
03:03 Le rose clair de la joue, un peu joufflu, mais d'une douceur agréable,
03:08 le rouge vif de la petite bouche et la douce splendeur de ses yeux d'azur sous le blond foncé des cils.
03:15 Je puis dire comment les cheveux qui se séparent au sommet de la tête
03:19 descendent agréablement en trois ondulations de chaque côté
03:24 jusqu'à couvrir à moitié les petites oreilles roses
03:27 et disparaissent avec leur or clair et lumineux derrière le voile qui couvre la tête.
03:33 Je la vois en effet avec le manteau sur la tête, avec son vêtement de soie paradisiaque
03:38 et son manteau léger, comme un voile, et pourtant opaque, de la même étoffe que le vêtement.
03:45 Je puis dire que le vêtement est serré au cou par une gaine ou coulisse un cordon
03:50 dont les extrémités forment une boucle par devant, à la racine du cou,
03:55 comment le vêtement est serré à la taille par un cordon plus gros,
03:59 toujours de soie blanche, qui descend avec deux pompons sur les côtés.
04:04 Je puis aller jusqu'à dire que le vêtement serré au cou et à la taille fait sur la poitrine
04:09 cette plie doucement arrondie, unique ornement de son très chaste habit.
04:15 Je peux dire l'impression de chasteté qui se dégage de l'aspect de Marie,
04:20 de ses formes si délicates et si harmonieuses, qu'il la fonte angéliquement femme.
04:26 Et plus je la regarde, et plus je souffre en pensant à quel point on l'a fait souffrir,
04:32 et je me demande comment on a pu ne pas avoir pitié d'elle, si douce et gentille,
04:38 si délicate même dans son aspect physique.
04:42 Je la regarde, et j'entends les hurlements du calvaire contre elle aussi,
04:47 toutes les railleries et les bouffonneries, toutes les malédictions qu'on lui adresse
04:52 parce qu'elle est la mère du condamné.
04:54 Je la vois belle et tranquille maintenant,
04:57 mais son aspect actuel ne peut effacer le souvenir de son visage tragique
05:02 à l'heure de l'agonie et de la désolation qu'il exprimait dans la maison de Jérusalem
05:07 après la mort de Jésus.
05:10 Et je voudrais pouvoir la caresser, baiser ses joues si délicatement rosées,
05:15 pour enlever par mon baiser le souvenir de ses larmes,
05:19 demeurer en elle comme en moi.
05:22 Je ne puis croire quelle paix cela me donne d'aller la voir tout près de moi.
05:27 Je pense que mourir en la voyant serait doux autant et plus que la plus douce heure de la vie.
05:34 En ces derniers temps, que je ne la voyais pas ainsi tout entière pour moi,
05:40 j'ai souffert de son absence comme de l'absence d'une maman.
05:45 Maintenant, je ressens l'ineffable joie qui ne me quitta pas en décembre
05:50 et dans les premiers jours de janvier.
05:53 Et je suis heureuse, heureuse malgré le voile de douleur
05:57 dont la vue des déchirements de la Passion assombrit ma félicité.
06:03 Il est difficile de dire et de faire comprendre ce que j'ai éprouvé
06:08 et ce qui est arrivé depuis le 11 février, le soir où j'ai vu souffrir Jésus dans sa Passion.
06:15 Ça a été une vue qui m'a radicalement changé.
06:19 Que je meure maintenant ou dans cent ans,
06:22 cette vision gardera toute son intensité et son influence.
06:27 Avant cela, je pensais aux douleurs du Christ, maintenant je les vis.
06:33 Car il me suffit d'un mot, d'un coup d'œil sur une image
06:36 pour souffrir de nouveau ce que j'ai souffert ce soir,
06:40 pour éprouver l'horreur de ses supplices,
06:43 pour éprouver l'angoisse de sa souffrance désolée.
06:46 Et même si rien ne me le rappelle, son souvenir m'étreint le cœur.
06:52 Marie commence à parler et je me tais.
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