00:00 Les TOCs ont eu un réel impact sur ma vie parce que je les ai eus au moment de l'adolescence.
00:05 Je me suis fait énormément harceler au collège.
00:07 J'ai des TOCs depuis 10 ans.
00:09 Ça a commencé lors de mon changement de passage en primaire au collège.
00:13 Je pense que les TOCs sont arrivés à ce moment-là parce que, au niveau familial, c'était très compliqué dans mon foyer.
00:18 Et le fait de changer d'école, ça a changé tous mes repères, toutes mes habitudes.
00:21 Et moi, ça m'a terriblement bouleversée.
00:23 Et je pense que c'est un confort que j'ai voulu mettre en place.
00:26 Mes parents ont commencé vraiment à se poser énormément de questions parce que je ne mangeais que du sous-vide.
00:30 Je refusais de manger ce que ma mère, elle préparait.
00:32 Je me lavais énormément les mains.
00:33 J'avais peur de mettre de l'eau sur mon visage.
00:35 Et après, j'ai eu un TOC qui me disait qu'il fallait absolument que je me lave le visage au savon.
00:39 Donc, c'est vraiment pour dire que c'est complètement irrationnel.
00:41 Et ils voyaient bien qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas.
00:43 Donc, ils ont consulté des psychologues, plusieurs, pour venir aux conclusions que c'était bien des TOCs que j'avais.
00:48 J'ai des phobies d'impulsion, principalement.
00:51 Les phobies d'impulsion, ce sont des pensées ou parfois même des images qu'on imagine
00:56 qui pourraient nous mettre en danger.
00:57 Donc, moi, par exemple, j'ai la phobie des bactéries.
01:00 J'ai peur de lécher ma chaussure parce que si je lèche ma chaussure, ça veut dire que je vais tomber malade.
01:04 Et si je tombe malade, ça veut dire que je vais vomir.
01:06 Et comme je suis héméthophobe, j'ai développé des sortes de barrières mentales et sécurités
01:10 qui sont complètement fausses et irrationnelles parce que jamais de la vie, je ne lécherais ma chaussure.
01:15 Mais c'est vraiment des pensées qui arrivent comme ça.
01:16 Et donc, le seul moyen de calmer toutes ces pensées, c'est de ritualiser.
01:20 Chaque rituel est propre à chacun.
01:22 Pour ma part, je filmais ce que je faisais tout le temps.
01:25 Pendant 4 ans, je filmais ma vie du matin au soir jusqu'au coucher
01:29 et je vérifiais que je ne faisais rien, que tout était propre, etc.
01:31 J'avais peur de mal me laver les mains, par exemple.
01:35 Je vérifiais que quand je me brossais les dents, je ne mettais pas ma brosse à dents dans les toilettes.
01:38 Et au final, ça ne m'a pas du tout aidée.
01:40 Ça m'a plus desservie qu'autre chose parce que j'arrivais à rien faire sans ma caméra à la fin.
01:44 Et parfois même, je dormais avec parce que j'avais peur d'être somnambule
01:47 et de faire des choses qui pourraient m'empoisonner ou mettre d'autres gens en danger.
01:50 J'utilisais une brosse à dents par jour et un dentifrice par jour.
01:53 Donc financièrement, ça revient très cher.
01:55 C'est aussi pas très écolo, je l'admets.
01:57 Je suis aussi bloquée pour manger, c'est-à-dire que je relave ma vaisselle une fois, deux fois, trois fois.
02:02 Je change d'éponge à chaque fois que je lave une vaisselle.
02:04 Donc pareil, c'est comme les brosses à dents.
02:06 J'ai énormément de mal à manger chez d'autres personnes,
02:09 énormément de mal à boire dans un verre,
02:11 énormément de mal à finir un plat qui est déjà ouvert,
02:14 voire en fait ne jamais pouvoir le finir.
02:16 Je ne peux pas reboire dans une bouteille d'eau que j'ai ouverte il y a 5 minutes.
02:19 Je fais les courses pour le jour même parce que sinon, je pense que le lendemain,
02:22 ça sera plus bon ce que j'ai acheté et en fait, c'est un tas de trucs comme ça.
02:25 Les TOCs ont eu un réel impact sur ma vie
02:27 parce que je les ai eus au moment de l'adolescence
02:30 et donc je n'avais pas du tout eu la même adolescence que les autres.
02:33 Je me suis fait énormément harceler au collège, j'ai été déscolarisée pour ça
02:37 parce qu'au bout d'un moment, les TOCs, on ne peut plus les cacher
02:39 quand ils sont aussi sévères que mon cas.
02:41 J'ai dû changer de lycée pour arrêter de me faire harceler.
02:43 On a dû mettre énormément de choses en place pour moi
02:45 parce que je n'arrivais pas à vivre comme les autres.
02:47 Je perdais énormément de temps pour me préparer le matin
02:50 parce que j'avais énormément de rituels.
02:51 J'ai eu des énormes problèmes de santé
02:53 parce que je ne m'alimentais pas correctement et je ne m'hydratais pas assez.
02:57 Je me suis isolée socialement, je n'avais aucun ami,
03:01 je n'arrivais pas à sortir.
03:02 Et le pire, ça a été au moment de mes 18-17 ans, la majorité,
03:07 là où tout le monde va faire la fête, là où tout le monde va boire un coup,
03:10 là où tout le monde sociabilise.
03:11 Je n'ai rien pu faire de tout ça.
03:12 J'ai entamé des études à Lille, je n'ai pas pu les finir.
03:16 Au bout d'un mois, j'ai été déscolarisée
03:17 et j'ai passé un an enfermée dans mon appartement
03:20 par peur de sortir dehors.
03:21 Et donc, en fait, ça m'a coupé de la vie tout court.
03:24 Je vivais dans une bulle, même ma famille, je ne pouvais plus aller chez eux
03:27 et c'était horrible.
03:28 Les toques ont eu un impact sur mes relations amoureuses
03:31 parce que j'avais tellement de toques
03:34 que je demandais à mon partenaire de faire des rituels
03:37 pour moi aussi me sentir bien.
03:38 C'est-à-dire que je lui demandais de se laver plusieurs fois,
03:40 de passer un certain temps dans la douche.
03:42 Je lui demandais de ne pas m'embrasser.
03:44 Donc, c'est arrivé que parfois pendant deux mois,
03:46 il ne puisse pas m'embrasser sans comprendre pourquoi.
03:48 Je lui demandais parfois de ne pas dormir dans le lit
03:51 parce que ce jour-là, je le trouvais plus sale que d'habitude.
03:54 Et tout ça, c'était un calvaire et ça en a fait fuir beaucoup.
03:57 Et je le comprends totalement.
03:58 Mais aujourd'hui, par rapport à ça, tout s'est amélioré
04:01 et je n'ai plus de problème avec ça.
04:02 C'est mes rituels à moi
04:04 et je ne dois pas les demander aux autres non plus.
04:06 Les toques, ce ne sont pas des choses que beaucoup de personnes comprennent
04:09 parce que pour eux, c'est tellement irrationnel et débile.
04:12 On m'a très souvent dit "arrête de faire ta princesse,
04:15 tout ça c'est faux", etc.
04:16 Mais c'est vraiment une maladie mentale, c'est reconnu.
04:19 Il y a énormément de choses qui sont en train de se développer
04:21 comme des électrodes dans le cerveau, une opération, etc.
04:24 Mais à côté de ça, il y a un énorme désert médical.
04:26 Moi, j'ai déjà eu un refus de soins, il y a deux mois à peine.
04:30 J'ai eu un refus de soins parce que mes toques ne convenaient pas à leur établissement
04:34 alors qu'ils sont spécialisés dans les toques
04:35 et c'est une des seules cliniques en France.
04:37 Donc, je ne comprends pas pourquoi moi, je n'avais pas le droit.
04:39 Et quand ils m'ont dit "bon écoutez, vous allez prendre vos affaires et partir
04:43 parce qu'on ne vous soignera pas les toques ici",
04:45 je leur ai dit "mais en fait, si vous me mettez dehors là,
04:47 moi je me suicide parce que je ne peux pas vivre,
04:50 je n'arrive à rien faire seule, même me doucher, je ne peux plus me doucher seule,
04:52 je ne peux rien faire seule en fait".
04:54 Et ils m'ont quand même mis dehors.
04:56 Je suis en attente de l'implantation.
04:59 Je pense que c'est un dispositif très très très très long,
05:02 il y a énormément de dossiers à prendre en compte,
05:04 de tests sédomédicaux, etc.
05:06 Donc pour l'instant, je n'ai pas encore eu l'implant
05:08 mais j'attends la réponse du chirurgien pour me faire implanter au niveau des toques
05:12 parce que je souffre de toques vraiment très sévères.
05:14 C'est un implant dans le cerveau avec des électrodes
05:17 qui vont passer de chaque côté des oreilles,
05:18 qui vont descendre et qui vont revenir au niveau de l'abdomen.
05:22 L'implant, il régule les pensées en envoyant des champs magnétiques
05:25 parce que c'est le préfrontal qui bosse trop chez les toqués,
05:29 c'est-à-dire qu'il est en hyperactivité tout le temps
05:31 et c'est pour ça qu'on est angoissé et qu'on a beaucoup de pensées intrusives, etc.
05:34 Et donc l'implant, il sert juste à stabiliser tout ça
05:37 parce qu'on a recours à l'implant quand les médicaments ne fonctionnent plus,
05:40 les thérapies ne fonctionnent plus, quand tout ça c'est trop douloureux.
05:42 J'ai pris l'intention de mettre l'implant
05:44 parce que c'est beaucoup trop dur au quotidien
05:47 parce que je n'arrive pas à être scolarisée,
05:48 je ne pourrais pas aller travailler,
05:50 je n'arrive pas à avoir de vie sociale,
05:52 j'arrive pas à...
05:53 En fait, je n'arrive pas à vivre tout simplement.
05:55 Depuis que je suis réellement prise en charge,
05:58 c'est-à-dire avec un traitement fixe, stable, depuis quelques semaines,
06:02 avec une psychiatre, avec un psychologue, avec une hypnotiseuse,
06:07 avec de l'EMDR, avec de la TCC, avec de la sophrogie,
06:10 ça fait beaucoup mais c'est en train de vraiment m'aider
06:13 parce que je sens que mes rituels commencent légèrement à baisser,
06:16 voire même beaucoup pour certains.
06:18 Et j'ai un peu plus de confiance en moi et d'assurance en me disant
06:21 "Ok, tu peux avoir confiance, ce que tu fais c'est bien
06:23 et tu es une personne complètement normale et confiante en toi".
06:26 On peut soigner les tocs, c'est très long
06:28 parce que c'est des choses qui sont vraiment ancrées en nous.
06:31 Plus vite les tocs sont pris en charge, plus vite ça part.
06:34 Mais on peut s'en sortir avec des thérapies,
06:35 on peut s'en sortir avec des traitements médicamenteux,
06:38 on peut s'en sortir avec des hospitalisations parfois.
06:40 On peut aussi s'en sortir avec la médecine, la chirurgie.
06:43 Comme je l'ai dit avec les implants, il y a des implants qui se font dans le cerveau.
06:47 Donc oui on peut s'en sortir, après il faut énormément de volonté et de courage pour y arriver.
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