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  • il y a 3 ans
Les chroniqueurs du Cercle débattent autour d'un film sortant en salles ou en diffusion sur CANAL+
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Transcription
00:00 Voici donc Indiana Jones et le cadran de la destinée, cinquième volet de cette saga,
00:05 quinze ans après le précédent, l'aventurier en veste de cuir a désormais 80 ans, mais
00:11 le coup de fouet est toujours alerte, Simon.
00:13 C'est toute la question en réalité, parce que le film se retrouve dans une position
00:17 qui n'est pas évidente du tout, c'est de rejouer ce qui était la problématique
00:20 du quatrième épisode.
00:21 Déjà on nous disait "Regardez, il est vieux, il va retrouver tous ses copains d'antan,
00:25 aura-t-il assez la pêche ?"
00:26 Et bien tout d'un coup le film se retrouve dans cette problématique de devoir nous rejouer
00:31 ça, mais cette fois-ci en réussissant à nous convaincre, parce que le quatrième épisode,
00:34 le royaume du crâne de cristal, était resté d'assez triste mémoire, et là il le fait,
00:38 il l'assume au point de le porter jusque dans son titre, le cadran de la destinée,
00:42 parce que cette fois Indiana Jones va être à la poursuite d'un artefact, un artefact
00:46 qui pourrait avoir une influence sur le temps, sur l'histoire, sur la chronologie, et donc
00:50 on a envie de dire presque sur la saga elle-même, très profond.
00:53 Et ça, tout de suite, ça fait du film non seulement une proposition un petit peu excitante,
00:58 et puis un commentaire sur l'histoire de la saga, qui moi me paraît très stimulant.
01:01 Et puis Phoebe Waller-Bridge, dedans, qu'est-ce qu'elle apporte en fait ?
01:06 Elle apporte quelque chose d'amusant, parce qu'elle est l'héritière des Inés, elle
01:10 est son personnage, elle est la filleule d'Indiana Jones, qui ressurgit dans sa vie, et devinez
01:17 quoi ? Elle est archéologue, dites donc, mais alors quelle surprise !
01:19 C'est chelou !
01:20 Ce qui est rigolo, c'est que c'est une archéologue à la fois intrépide et plutôt malhonnête.
01:27 Elle est plutôt du côté obscur de la force, c'est-à-dire du côté du trafic, etc., et
01:31 non pas du respect infini de l'histoire.
01:34 Et voilà, alors Phoebe Waller-Bridge, on sait que c'est la femme qu'on appelle pour
01:39 dépoussiérer les sagas, et puis pour donner un petit coup de fouet au papy.
01:43 Elle l'a fait pour James Bond à l'écriture, elle le fait là pour Indiana Jones.
01:47 Après, je trouve que son personnage est jamais aussi intéressant que ce qu'elle a pu jouer
01:51 dans sa série Fleabag, par exemple, c'est jamais aussi complexe, et que j'espère que
01:55 si jamais il y avait un flambeau à reprendre, enfin en l'occurrence un chapeau et un fouet,
02:01 j'espère qu'on se donnerait la peine de lui écrire autre chose que le personnage
02:06 de la femme, vous avez vu, comme elle est casse-cou.
02:08 C'est l'antagoniste dans la comédie, donc elle apporte malgré tout un petit supplément
02:13 d'âme à cette Indiana Jones.
02:16 Elle apporte de l'humour.
02:17 Moi, je trouve vraiment qu'il y a un prologue qui est assez incroyable, parce que ce prologue-là,
02:22 on a l'impression qu'il est totalement dans la continuité des premiers Indiana Jones,
02:26 des trois premiers, je ne parle pas du tout du quatrième dont tu parlais, de Sinistre
02:30 Mémoire.
02:31 On a l'impression qu'on a repris exactement Indiana Jones où c'était dans les années
02:35 80, et c'est quand même un effet extraordinaire.
02:38 On se dit en fait, le temps s'est arrêté, le cinéma...
02:41 - Il y a un effet de rajeunissement.
02:42 - On le rajeunit numériquement.
02:43 - Oui, bien sûr.
02:44 - En montant et en prenant des rushs, en montant des images.
02:48 - Des images.
02:49 - C'est assez bluffant.
02:50 - C'est très réussi.
02:51 - C'est beaucoup plus bluffant que ça avait été par exemple dans Irishman quand ils
02:54 avaient utilisé le diagénique.
02:55 - Non, parce que ça, c'était autre chose.
02:56 - Là, ils utilisent des images.
02:57 Et c'est surtout, on a vraiment l'impression qu'on se retrouve pour le coup vraiment dans
03:01 les années 80, et on se dit, le cinéma a trouvé le cadran de la destinée, le cinéma
03:05 a trouvé l'élixir de jouvence.
03:06 - Oui, puis le rajeunissement, je trouve que ça le rend encore plus vieux, c'est-à-dire
03:11 un peu vieux débris dans son appartement.
03:12 - En dépréciation.
03:13 - On peut le voir à tous les âges de cinéma, il n'y a pas quelque chose de plus grand,
03:14 la vie ?
03:15 - Non, parce qu'il n'y a que deux âges en fait.
03:16 - Oui.
03:17 - Parce qu'on est pendant la Deuxième Guerre mondiale, c'est là qu'il y a ce prologue,
03:22 et après on est en 69, juste au moment de la parade qu'on voit là, Apollo, c'est au
03:27 lendemain, on est au lendemain d'Apollo, de l'homme qui a marché sur la Lune.
03:32 Et le problème qu'il y a, c'est que le défi de l'âge, je le trouve pas bien relevé
03:37 avec le film.
03:38 C'est-à-dire que quand tout d'un coup on arrive, quand il est vieux, en 69, et bien
03:42 finalement on va lui faire une histoire de vieux, c'est-à-dire qu'il est d'accord,
03:47 il est intrépide, mais enfin il est à cheval, en moto, en machin.
03:50 - Mais c'est ça qui est génial, c'est justement ce qui est spectaculaire.
03:53 - C'est quand même une heure et demie de poursuite où on sent que le scénario s'est
03:57 mis bout à bout pour trouver…
03:58 - Mais justement c'est à partir des moyens du bord, enfin pour moi c'est ça aussi
04:01 une Diana Jones.
04:02 - Les moyens du bord, enfin on parle de la Suisse.
04:03 - Oui, il y a des signes de la Suisse.
04:04 - C'est ça qui est bien.
04:05 - Il a bien trouvé qu'il nous avait tort, Philippe.
04:06 - Mais justement parce que finalement, en fait, c'est pas tant le défi de nous faire
04:09 une histoire qui se passerait sur deux lignes temporelles, c'est se rappeler que le cinéma
04:13 est qu'est-ce que c'est que tricher.
04:14 Et ça, James Mangold, il est bien obligé de le faire parce que son comédien, il a
04:16 80 ans.
04:17 Moi je vous emmène à bord de deux tuktuks lancés à pleine vitesse dans les rues d'une
04:21 ville où on ne doit pas aller aussi vite.
04:23 Et donc tout d'un coup, qu'est-ce qui se passe ? On va à la fois avoir des plans
04:26 qui sont techniquement assez parfaits, assez remarquables, et puis d'autres qui doivent
04:29 nous renvoyer à la patine de la première trilogie.
04:31 Regardez, on passe de ces très belles cascades à des fonds verts qui sont à la fois relativement
04:35 voyants mais dont il est évident qu'on est là pour non pas avoir une image déficiente
04:39 mais qu'il y a une certaine chaleur, il y a une certaine vitesse de défilement.
04:42 On est en fait en train de jouer avec différentes grammaires, différentes époques.
04:45 Et par exemple, que les gens qui nous regardent se posent la question de comment ce serait
04:49 dans un Mission Impossible aujourd'hui.
04:50 Ce serait radicalement différent.
04:51 On essaierait d'annuler complètement, on va dire, la suspension des crédulités.
04:55 Là, au contraire, on est là pour réussir à nous projeter littéralement dans un film
05:00 d'aventure.
05:01 Et qu'est-ce que c'est l'aventure d'Indiana Jones ? C'est la rencontre du pulp, ces personnages
05:04 qui se tirent dessus dans des tuk-tuk lancés à pleine vitesse, et un cinéma, hop là,
05:09 une cascade encore une fois, et des effets de montage qui sont parfaitement exécutés.
05:11 C'est la rencontre du pulp et d'un cinéma qui est incroyablement maîtrisé techniquement.
05:15 Et donc, cette promesse-là, il n'y a que Gerke Mangold qui peut la réussir parce que
05:19 lui justement est quelqu'un qui travaille depuis le début comme artisan des studios
05:23 et qui est aussi à l'aise avec des technologies qui sont encore émergentes comme le rajeunissement
05:26 numérique qu'avec des effets beaucoup plus classiques.
05:29 Comment filmer une poursuite avec de vieilles bagnoles ? Comment filmer des affrontements,
05:34 encore une fois, à l'ancienne ? Et je pense qu'il est arrivé au bon endroit au bon moment.
05:37 [SILENCE]
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