00:00 En mai 1999, c'est le retour de Star Wars.
00:05 15 ans après le dernier opus, les fans se précipitent à l'avant-première de la menace
00:09 fantôme.
00:10 L'émotion est palpable, et dès les premières secondes du film, il suffit d'un accord pour
00:19 déchaîner le public.
00:20 Cette musique est indissociable du succès de la saga.
00:32 C'est la meilleure vente de l'histoire pour un disque de musique symphonique, avec
00:36 4 millions d'exemplaires.
00:38 Son compositeur, l'américain John Williams, a gagné 5 Oscars, et compte plus de 50 nominations
00:48 sur l'ensemble de sa carrière.
00:49 Et il est le premier à avoir gagné un Oscar.
00:54 Alors comment expliquer un tel succès ?
00:56 Pour le comprendre, il faut écouter les dernières secondes de cette avant-première.
01:01 A la fin du générique, le compositeur cache un message dans sa partition.
01:14 Ces trois notes peuvent paraître anodines, mais elles illustrent parfaitement la formule
01:20 utilisée par Williams pour dominer Hollywood pendant plus de 50 ans.
01:24 Quelle que soit l'époque, John Williams se sépare rarement d'une chose, un orchestre
01:36 symphonique.
01:37 Alors, faisons pareil.
01:41 Ça n'a pas été simple de rassembler tous ces musiciens sur une même scène, mais on
01:49 y est arrivé.
01:50 Bonjour, je m'appelle Daniel et j'ai l'immense honneur de diriger Curieux, un orchestre de
01:58 jeunes musiciens et musiciennes professionnels.
01:59 Grâce à cet orchestre, nous allons pouvoir décortiquer la fameuse formule John Williams
02:06 et comprendre pourquoi sa musique est si populaire.
02:09 Ça commence par ceci.
02:11 Cette musique est celle des dents de la mer.
02:26 Sur le tournage, le requin mécanique, pourtant au cœur de l'intrigue, ne fonctionnait presque
02:35 jamais.
02:36 Résultat, il n'est visible que 4 petites minutes dans le montage final.
02:41 Pourtant, dans le film, il semble omniprésent.
02:45 Et ça, c'est grâce à la musique.
02:50 Ces deux notes sont ce qu'on appelle un leitmotiv.
02:54 L'idée est d'associer une courte mélodie à un élément du scénario, ici le requin.
03:01 Chaque fois que cet élément est évoqué, on joue son leitmotiv.
03:07 A force, il devient possible de l'évoquer rien qu'avec la musique.
03:11 Cette technique n'est pas nouvelle.
03:26 Au 19e siècle, le compositeur Richard Wagner l'utilisait déjà dans ses très longs opéras,
03:32 pour identifier les nombreux personnages.
03:34 Plus tard, dans les années 30, ce sont les compositeurs d'Hollywood qui reprennent
03:39 cette idée.
03:40 Et dans les années 70, John Williams en fait sa marque de fabrique.
03:44 E.T., Indiana Jones, Jurassic Park, tous ont un thème iconique, construit autour d'un
03:59 leitmotiv.
04:00 Parfois, il y a même un motif par personnage.
04:02 Celui que vous entendez, c'est celui de la princesse Leia, dans Star Wars.
04:08 Pour que l'effet fonctionne, Williams doit imprimer durablement ces mélodies dans notre
04:13 esprit.
04:14 Et il y arrive très bien, grâce à une technique redoutable.
04:18 Ecoutez bien.
04:19 En seulement quelques secondes, ce rythme est répété trois fois.
04:34 Juste ce qu'il faut pour qu'il devienne familier.
04:36 Cette répétition incessante inscrit très vite le motif dans la tête des auditeurs.
04:42 Et une fois qu'on y est attentif, on se rend compte que cette formule est utilisée
04:46 dans absolument tous ses thèmes les plus connus.
04:49 Mais ce n'est pas tout.
05:17 À cette répétition, Williams ajoute une autre répétition.
05:21 Le thème est lui-même répété tout au long du film.
05:25 Ce motif apparaît 24 fois rien que dans le premier Harry Potter.
05:30 Et dans Star Wars, le motif de la force est évoqué au moins à 20 reprises dès le premier
05:35 épisode.
05:36 Les réalisateurs apprécient cette technique, car elle permet d'associer une musique et
06:01 un personnage à une même émotion.
06:03 Et crée un lien très fort entre le film et son public.
06:07 Dans cette scène de la chambre des secrets, le film introduit un nouveau personnage.
06:33 Gilderoy Lockhart.
06:37 Williams l'accompagne de ce motif.
06:41 A priori rien de particulier, mais si on garde les notes et qu'on en change légèrement
06:47 le rythme, ça donne ceci.
06:49 Dans Harry Potter, ce thème symbolise le courage et l'héroïsme.
07:01 En l'évoquant dans une version plus saccadée, presque déséquilibrée, John Williams nous
07:07 souffle dès sa première apparition que Gilderoy Lockhart est à l'opposé de cet héroïsme.
07:12 Une information centrale que le film lui ne révèle que deux heures plus tard.
07:17 Dans cet exemple, la variation du motif raconte une histoire parallèle à ce qui se déroule
07:32 à l'écran.
07:33 Et ça, ça fonctionne particulièrement bien avec un orchestre symphonique.
07:38 Car le motif peut alors être décliné et passer d'instrument en instrument pour évoquer
07:43 des émotions très différentes.
07:45 Prenons un exemple, que vous connaissez peut-être.
07:48 La marche impériale est le motif du célèbre Dark Vador.
08:00 Vous allez voir, c'est du grand Williams.
08:03 Tout y est.
08:04 D'abord, la répétition dans l'écriture.
08:07 Ensuite, la répétition dans le film.
08:16 J'ai compté, on l'entend au moins 30 fois dans le cinquième épisode de la saga.
08:21 C'est en moyenne une apparition toutes les 4 minutes.
08:25 Enfin, Williams utilise l'orchestre pour accompagner l'évolution du personnage.
08:29 À la fin de l'épisode 6, Dark Vador s'oppose à l'empereur et entame sa rédemption.
08:37 Dans la partition, le motif change d'instrument.
08:41 Il est d'abord joué par les violons, très haut, quand Luke ôte le masque de Vador.
08:51 Alors que père et fils échangent leurs premiers regards, le motif passe à la flûte.
08:59 Enfin, la harpe le reprend une dernière fois, alors que le personnage rend son dernier souffle.
09:14 Dark Vador est pardonné, il abandonne sa part d'obscurité et redevient Anakin Skywalker.
09:30 15 ans plus tard, quand John Williams compose la musique de la nouvelle trilogie, il poursuit
09:42 sa série de clin d'œil.
09:44 Ce morceau s'appelle "Thème d'Anakin", en référence au jeune Dark Vador.
09:49 Écoutons juste la fin.
09:51 Ces trois notes, répétées plusieurs fois par les cordes, sont directement tirées de
10:01 la marche impériale, et évoquent déjà la barre d'ombre du jeune Anakin.
10:06 À travers sa musique, Williams adresse un message aux spectateurs les plus attentifs.
10:12 Même si c'est à peine perceptible, c'est bien ce garçon qui deviendra quelques épisodes
10:18 plus tard l'un des méchants les plus célèbres de l'histoire du cinéma.
10:22 *Musique*
10:51 Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
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