00:00 Comme Leclerc entra aux Invalides avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique,
00:06 entre ici Jean Moulin avec ton terrible cortège.
00:12 Les cendres de Jean Moulin reposent désormais au Panthéon,
00:16 après avoir reçu l'hommage de la nation au cours d'une grandiose cérémonie présidée par le général de Gaulle.
00:22 Monsieur le Président de la République,
00:26 voilà donc plus de vingt ans que Jean Moulin partit,
00:31 par un temps de descente sans doute semblable à celui-ci,
00:36 pour être parachuté sur la terre de Provence et devenir le chef d'un peuple de la nuit.
00:43 Sans cette cérémonie, combien d'enfants de France sauraient son nom ?
00:49 Il ne le retrouva lui-même que pour être tué,
00:53 et depuis sont nés seize millions d'enfants.
00:58 Puissent les commémorations des deux guerres s'achever aujourd'hui
01:04 par la résurrection du peuple d'ombre que cet homme anima,
01:08 qu'il symbolise et qu'il fait entrer ici comme une humble garde solennelle autour de son corps de mort.
01:17 Comme Leclerc entra aux Invalides avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique,
01:24 entre ici Jean Moulin avec ton terrible cortège,
01:30 avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé comme toi,
01:36 et même ce qui est peut-être plus atroce en ayant parlé.
01:41 L'hommage d'aujourd'hui n'appelle que le chant qui va s'élever maintenant,
01:47 ce chant des partisans que j'ai entendu murmurer comme un chant de complicité,
01:54 puis psalmodier dans le brouillard des roges et des bois d'Alsace,
01:59 mêlé aux cris perdus des moutons des tabors,
02:03 quand les bazookas coraises avançaient à la rencontre des chars de Rundstedt lancés de nouveau contre Strasbourg.
02:12 Écoute aujourd'hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le chant du malheur,
02:20 c'est la marche funèbre des cendres que voici,
02:25 à côté de celle de Carnot avec les soldats de l'an II,
02:30 de celle de Victor Hugo avec les misérables,
02:33 de celle de Jaurès veillée par la justice,
02:38 qu'elle reposte avec leur long cortège d'ombres défigurées.
02:45 Aujourd'hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme
02:51 comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe
02:57 du dernier jour de ces lèvres qui n'avaient pas parlé.
03:03 Ce jour-là, elle était le visage de la France.
03:08 [Musique]
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