00:00 Bonjour, aujourd'hui la Lune comme personne ne l'avait encore jamais contemplée.
00:18 L'auteur de cette image est ce qu'on appelle un astrophotographe, l'américain Andrew
00:24 McCarthy.
00:25 Pour obtenir cette vue, il a assemblé des centaines de milliers de clichés.
00:29 L'astre, distante de 384 400 km, nous paraît ainsi plus proche que jamais avec un luxe
00:37 de détails qui a laissé la NASA bouche bée.
00:40 On a l'impression de pouvoir toucher la mer et les cratères lunaires.
00:44 Cette prouesse de quasi-amateurs en dit long sur notre fascination pour la Lune.
00:49 Une obsession vieille comme le monde.
00:51 Vous avez un doute ? Chassez-le ! Voici bien l'unique satellite naturel permanent
00:58 de la planète Terre, comme le disent les astronomes, la Lune.
01:02 Mais une Lune colorée, lumineuse, précise.
01:05 Cette nuit-là, elle n'est pas pleine.
01:09 Le soleil l'illumine depuis la droite de l'image, faisant ressortir ses contours, atténuant
01:15 les étoiles.
01:16 Son tiers gauche reste dans l'ombre.
01:18 Cette image inédite de la Lune contraste avec les photographies que nous avons l'habitude
01:23 de voir.
01:24 Elle a été prise le 13 novembre 2021 aux Etats-Unis, en Arizona, dans la petite ville
01:29 de Florence.
01:30 Dans l'arrière-cour de sa maison, Andrew McCarthy a installé deux télescopes et deux
01:35 caméras capables de prendre 200 images monochromes par seconde.
01:38 Il ne travaille pas seul.
01:40 En Louisiane, l'astrophysicien Connor Matern est quant à lui chargé de capter les données
01:45 des couleurs.
01:46 Depuis trois ans, les deux passionnés échangent et collaborent.
01:50 Le résultat, cette photo monstre, a un niveau de détail insensé selon Andrew.
01:56 174 mégapixels, soit plus de 80 fois la résolution d'un écran de télévision haute définition.
02:02 L'image a été partagée en août 2022 via son site personnel et les réseaux sociaux.
02:07 Succès immédiat.
02:09 Cette Lune n'est pas celle qui peuple notre imaginaire par nuit claire, ni celle qu'a
02:14 pu observer le télescope spatial Hubble.
02:16 C'est une Lune reconstituée.
02:19 Cette nuit-là, en effet, notre chasseur de Lune a capté 180 000 clichés en 30 minutes.
02:24 Pendant des mois, il va ensuite empiler sur chaque zone des paquets de 4000 photos et
02:29 les fusionner afin de gommer les distorsions dues au mouvement de la Terre.
02:34 D'où cette netteté quasi magique.
02:36 La résolution permet de zoomer sur cette rivière de lave, là où s'est posée la
02:42 mission Apollo 15 en 1971.
02:45 Plus au sud, voici Tycho, géant parmi les 300 000 cratères lunaires, 80 km de diamètre.
02:52 A l'ouest, les cratères de Kepler et Copernicus.
02:55 Les couleurs, elles, racontent l'histoire géologique de la Lune.
03:00 Le bleu, par exemple, ce sont des traces de titanes dans le magma gelé des zones plates,
03:06 ce qu'on appelle les mers.
03:08 Les astrophotographes ne sont pas des astronomes.
03:11 Leurs images ne sont pas des outils de recherche, mais une fin en soi.
03:14 Ce qui compte, c'est la bonne technique, la patience et surtout l'effet spectaculaire.
03:19 Andrew y passe toutes ses nuits.
03:21 Voici ses images de comètes, d'éclipses lunaires, d'explosions solaires ou encore
03:26 sa photo de la Station Spatiale Internationale, primée par le concours Astrophotographer
03:31 of the Year en 2022.
03:34 Dans une vidéo postée sur Twitter, on entend même sa surprise.
03:37 En effet, ses appareils viennent de capter l'ISS, passant à 25 000 km/h au-dessus de lui.
03:43 Rien ne prédisposait Andrew McCarthy à devenir un astrophotographe,
03:49 suivi par des centaines de milliers d'abonnés.
03:52 En 2017, cet ancien employé informatique s'est lancé dans la photo high-tech et l'astronomie.
03:57 Depuis, il s'est installé dans le désert de l'Arizona, où il a fait de sa passion
04:02 un métier, produire des images plus vraies que nature.
04:05 J'ai construit un observatoire dans mon jardin.
04:10 J'ai donc un télescope stationné en permanence sur un sol.
04:14 Comme ça, ça me permet de faire des photos tous les soirs.
04:17 En fait, quand j'ai pris cette photo, j'ai posté un gros plan de la Lune sur mon fil
04:21 Instagram pendant que j'étais en train de la capturer.
04:23 Et un de mes amis a répondu « Hey, moi aussi je suis en train de capturer la Lune ».
04:27 J'ai dit « Oh, c'est cool, pourquoi ne pas rassembler nos données et regarder ce
04:31 que ça donne ? ».
04:32 Les couleurs fournies par Connor m'ont permis de rehausser celles du régolithe,
04:41 la matière lunaire, et d'en révéler le contenu minéral.
04:44 L'orange, en fait, c'est de la rouille.
04:46 Oui, la Lune rouille, comme un vieux clou laissé sur un trottoir.
04:51 Ce sont des couleurs très, très subtiles.
04:54 On ne le voit pas à l'œil nu, mais sur une photo de très bonne qualité, elle commence
04:58 à ressortir.
04:59 Ce qui se passe, lorsque vous regardez quelque chose de très agrandi, qui est au-delà
05:04 de notre atmosphère, il y a de minuscules courants d'air qui déforment les choses.
05:09 Mais quand vous prenez des milliers de photos et que vous les empilez, les éléments se
05:14 superposent.
05:15 Cela gomme ces distorsions.
05:16 Donc, vous pouvez faire ressortir les détails.
05:20 À la fin, une fois que tout est compressé et empilé, j'obtiens entre 30 et 40 images
05:25 individuelles à partir de ces 180 000 images.
05:28 Et je peux travailler avec.
05:30 Je les assemble en mosaïque dans Photoshop, et ensuite, il faut choisir.
05:34 Vers quel genre de style je veux aller ? Quel type de composition retenir ?
05:38 Mon travail consiste à révéler l'invisible.
05:42 Je cherche des couleurs cachées que je n'ai jamais ressenties.
05:45 Je cherche des détails cachés que je n'avais jamais fait ressortir auparavant.
05:49 Je cherche quelle différence de composition je peux faire.
05:53 Je dirais que c'est un mélange de photographie réelle, de photographie très scientifique,
05:58 de traitement très mathématique, mais fait avec un flair artistique.
06:01 Je photographie tout.
06:04 Si c'est là-haut, je le trouverai.
06:06 J'ai fait récemment l'actualité avec une comète que j'ai passé un mois à filmer.
06:10 C'était horrible pour ma santé, car je passais toute la nuit à la filmer, et la
06:14 journée suivante, à traiter l'image.
06:16 Je ne dormais plus.
06:17 Il y a des milliers d'astrophotographes partout dans le monde.
06:21 On échange, on discute, on partage des trucs et des astuces et des exemples de réussite.
06:25 C'est vraiment une communauté géniale.
06:27 La Lune, je la photographie souvent, car franchement, entre nous, c'est ce qui intéresse le plus
06:33 les gens.
06:34 Mais ma passion, c'est plus l'espace profond.
06:36 J'adore photographier les nébuleuses et les galaxies.
06:39 Mais la Lune me permet d'intéresser plus de gens à l'astronomie, ce qui est vraiment
06:45 bénéfique pour le monde.
06:46 Moi, je n'ai pas besoin d'un vaisseau spatial pour explorer l'univers.
06:50 Je le fais déjà.
06:51 Je le fais toutes les nuits, depuis mon jardin.
06:54 Ce que je fais est vraiment excitant.
06:56 C'est une manière pour moi de poursuivre vraiment mes rêves d'enfant, de contempler
06:59 ces merveilles de notre univers.
07:01 Et tout le monde peut en faire autant.
07:03 Nick Wilding est un historien des sciences installé à Atlanta, aux Etats-Unis.
07:10 C'est un spécialiste de Galilée, le physicien italien, qui, vers 1610, a pu observer la
07:15 Lune avec un télescope pour la première fois.
07:18 Ce qui intéresse Nick Wilding dans cette photo, c'est la manière dont elle est construite
07:23 pour répondre à nos attentes, plus ou moins conscientes.
07:25 La première chose que je me suis dit en regardant cette photo, c'est que cela ne ressemblait
07:33 pas vraiment à la Lune.
07:35 J'ai cru que c'était une interprétation artistique et non pas une photo.
07:39 La très forte saturation des couleurs et les détails incroyables font qu'on regarde
07:45 cette Lune comme si c'était une sorte d'illustration de science-fiction, une couverture
07:50 de livre des années 80, retouchée à l'aérographe.
07:52 La Lune a été représentée tout au long de l'histoire de l'humanité.
08:00 Elle apparaît partout et chaque culture a sa propre mythologie de la Lune.
08:06 Très souvent, dans la tradition chrétienne, dans les scènes de crucifixion, la pleine
08:11 Lune et le Soleil sont représentés derrière la croix, sur le point de provoquer une éclipse.
08:15 Puis lorsque nous passons à la phase scientifique de l'observation, des gens comme Galilée
08:22 en 1610 et Thomas Hario dessinent les premières images de la Lune telles qu'ils l'observent
08:27 au télescope.
08:28 Et puis, avec l'apparition de la photographie, la Lune devient un sujet très largement traité.
08:36 Cette ère de la photographie va en grande partie remplacer la production manuelle d'images
08:45 artistiques et nous dire ce qu'est la réalité.
08:48 Résultat, aujourd'hui, il est devenu très difficile de faire une image nouvelle de la
08:54 Lune.
08:55 Cet hyperréalisme, c'est la Lune que nous désirons aujourd'hui.
08:59 C'est un peu comme Google Maps.
09:03 On s'attend à pouvoir zoomer dans tout, agrandir toutes les images, tout explorer
09:07 par le biais du domaine numérique.
09:09 Maintenant, ça s'applique à la Lune elle-même.
09:13 Nous ressentons le besoin de nommer chaque cratère, de coloniser la Lune, si ce n'est
09:18 littéralement, au moins épistémologiquement, par le biais des images.
09:22 Cette photo ressemble aussi aux planètes que nous avons rencontrées au cinéma, peut-être
09:28 en haute définition.
09:29 Nous avons déjà rencontré ces objets célestes.
09:32 Nous savons à quoi ils ressemblent dans nos imaginaires et dans nos vies culturelles.
09:36 De fait, il y a un dialogue entre l'industrie du cinéma, qui imagine ces nouveaux mondes,
09:41 et les technologies spatiales et l'astrophotographie, qui enregistrent les mondes qui existent réellement.
09:45 Et ce n'est pas que nous découvrons quelque chose de nouveau et qu'ensuite cela arrive
09:51 sur les écrans de cinéma.
09:52 Cela va dans les deux sens.
09:55 Nous savons ce qu'il faut chercher parce que nous avons envie de le trouver.
09:59 Le défi maintenant, c'est, je pense, de revisiter notre Lune à la lumière de toutes
10:05 ces merveilles que nous avons découvertes.
10:07 Les nébuleuses et les planètes folles tournant les unes autour des autres, les nuages de
10:12 gaz et les naines rouges, etc.
10:14 En comparaison, la Lune paraît un peu banale.
10:16 L'une des choses qui est vraiment frappante avec cette image, c'est qu'elle rend la Lune
10:23 à nouveau excitante.
10:24 Elle la fait ressembler à un de ces mondes extraterrestres tout juste découverts.
10:29 Et pourtant, nous pouvons l'observer ce soir à travers notre fenêtre.
10:33 Fidèle à la tradition américaine de la conquête spatiale, Andrew McCarthy espère qu'à leur
10:41 modeste mesure, ses photos inciteront à lancer la colonisation de l'espace par l'Homme.
10:46 La NASA a affiché l'une de ses photos sur le site de lancement de la mission Artemis
10:51 et il en est très fier.
10:52 Artemis prévoit justement d'amener à nouveau des voyageurs sur notre chère Lune d'ici
10:58 2030 et d'y maintenir une présence humaine plus ou moins continue.
11:02 Le 11 décembre 2022, la capsule Orion est revenue d'une odyssée de 25 jours autour
11:08 de la Lune avec une moisson de photos incroyables.
11:11 Des clichés qui ont laissé Andrew bouche bée et qu'il rêverait un jour de faire
11:16 depuis l'espace.
11:17 C'était une enquête de Pierre-Olivier François pour le Dessous des Images.
11:22 Salut à tous !
11:23 [Générique]