00:00 "Transformer la nature est-ce gagné en liberté ? Sujet de philo, filière techno."
00:04 Là, clairement, il y a un écho, c'est la crise écologique.
00:07 Pendant l'épreuve, vous avez peut-être privilégié les références classiques.
00:11 Les romantiques, par exemple Rousseau, pour lesquels l'homme n'est jamais aussi libre qu'à l'état nature
00:16 parce que c'est la société qu'il pervertit.
00:18 Ou alors à l'inverse Descartes, pour lequel l'homme est comme maître et possesseur de la nature.
00:25 Ou alors des philosophes et économistes des 18e et 19e siècle comme Adam Smith ou Marx,
00:31 pour lesquels c'est par le travail qui n'est jamais que la transformation de la nature
00:36 que les hommes parviennent à se défaire de leurs conditions naturelles.
00:40 Qu'ils parviennent à se défaire des déterminants qui pèsent sur eux, en gros, à bouffer,
00:45 et qu'ils accèdent ainsi à la culture et à la liberté.
00:50 Bon, ça c'est super, mais on pouvait aussi exploser les murs.
00:53 Et dans ce cas-là, on faisait plus directement référence au réchauffement climatique.
00:56 Tant à un, beaucoup de philosophes ont montré que notre conception de la liberté s'était construite hors sol,
01:02 avec l'idée que la nature est immense, qu'elle est stable, qu'elle est pleine de ressources
01:08 dans lesquelles on peut puiser indéfiniment.
01:11 Avec l'exploitation des énergies fossiles, avec la naissance des industries,
01:15 on a mis cet imaginaire sous stéroïde et on s'est mis dans la tête qu'on pourrait indéfiniment
01:22 augmenter à la fois notre bonheur et notre liberté.
01:25 Et on s'est dit qu'on allait pouvoir entièrement façonner la nature selon nos propres désirs
01:31 et accéder ainsi à plus de liberté.
01:33 Tant d'eux, le problème, c'est que ce projet moderne, il a mis en péril nos conditions de vie.
01:39 On a pollué les océans, les sols, on a rejeté du carbone dans l'atmosphère, on a rasé les forêts.
01:45 Bref, on a dépassé ce qu'on appelle les limites planétaires.
01:48 Et ça, in fine, c'est pas super pour la liberté.
01:52 Quelle liberté vous avez si vous êtes coincé tout l'été dans votre chambre
01:55 parce que dehors il fait super trop chaud ?
01:57 Et quelle liberté vous avez si les prix alimentaires sont trop élevés ?
02:00 D'où le temps 3. Que faire ? Et là, il y a deux lignes.
02:04 D'abord, on peut faire comme au poker et bam, on augmente la mise sur le projet moderne.
02:09 Ok, la nature se rebiffe, et ben on va la dompter.
02:11 C'est ceux qui pensent qu'il faut y aller à fond, qu'il faut modifier les plantes
02:16 pour qu'elles absorbent plus de CO2, qu'il faut prendre le contrôle du climat
02:20 en mettant un voile de particules autour de la Terre qui filtre un peu les rayons du soleil, etc.
02:26 On les appelle ceux-là les écomodernistes.
02:29 Une autre ligne consiste à dire "Oh là là, c'est dangereux tout ça, c'est une fuite en avant".
02:33 Plutôt que de vouloir modifier la nature dans des proportions jamais atteintes,
02:37 eh ben, modifions plutôt notre idée de la liberté.
02:40 La liberté, c'est pas forcément faire tout ce qui me plaît.
02:42 Plein de penseurs, comme par exemple Castoriadis,
02:45 ont imaginé une autre liberté qui serait plutôt l'autonomie.
02:48 Une liberté qui n'est pas au rabais, mais qui s'encastre dans les cycles de la nature,
02:54 qui apprend à se mettre au diapason des limites physiques de la planète,
02:58 qui, en gros, nous évite de scier la branche sur laquelle on est assis.
03:02 Et bonus, on peut même finir avec une phrase de Francis Bacon
03:06 qui est pourtant considérée comme un des précurseurs de cette pensée moderne.
03:10 "La nature, pour être commandée, doit être obéie."
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