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  • il y a 3 ans
Le procureur de la République de Brest, Camille Miansoni, était l'invité de BFMTV pour évoquer la mise en examen d'un Néerlandais de 70 ans, soupçonné d'avoir tué sa voisine de 11 ans dans le Finistère. 

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Transcription
00:00 Nous allons parler de cette histoire qui a eu lieu ce week-end, samedi soir dans le Finistère.
00:04 A Plône-et-Védufou, une fillette et ses parents britanniques ont été pris pour cible par un voisin
00:09 qui leur a tiré dessus à plusieurs reprises avec sa carabine.
00:12 La petite fille a été tuée, elle avait 11 ans, son père a été gravement blessé.
00:17 D'ailleurs, son pronostic vital est engagé, la mère aussi a été touchée.
00:20 Ils étaient dans le jardin au moment du drame.
00:22 Le voisin, le suspect donc, est un Irlandais âgé de 71 ans.
00:27 Il a été mis en examen pour assassinat et tentative d'assassinat.
00:30 Monsieur le procureur, rebonsoir, vous êtes avec nous en direct de Brest.
00:34 Vous avez tenu tout à l'heure une conférence de presse.
00:37 On en sait plus sur les motivations du suspect puisque vous insistez sur un conflit de voisinage.
00:43 Que s'était-il passé dans la journée ?
00:45 Bonsoir Madame.
00:48 En effet, les renseignements recueillis auprès du voisinage,
00:53 tout comme les déclarations faites par le désormais mis en examen,
00:58 tendent à indiquer qu'il y a un conflit de voisinage,
01:02 mais un conflit ancien, un conflit qui dure depuis que cette famille anglaise s'est installée dans cette commune.
01:09 Ce conflit est lié principalement aux travaux que réalisait le père de famille,
01:16 qui avait, selon le mis en examen et son épouse,
01:20 tendance à exaspérer ceci, à créer selon eux des nuisances,
01:27 des nuisances à la fois sonores, mais aussi des nuisances liées au fait qu'avant l'arrivée de cette famille,
01:35 ils étaient à l'abri et que désormais, du fait des travaux, des lagages réalisés par ce père de famille,
01:42 ils étaient désormais à découvert, même lorsqu'ils se retrouvaient sur leur terrasse.
01:48 Vous dites que le conflit est ancien. Ce qu'on peut comprendre, c'est qu'il remonte au moins à 2019,
01:54 puisque la gendarmerie avait été mise au courant, il y avait même eu une médiation.
01:57 Mais qu'est-ce qui fait que ce conflit a été réveillé ce week-end ? Que s'est-il passé le samedi, justement ?
02:06 Alors, juste une précision. En effet, à l'initiative de la famille qui est mise en cause, du couple qui est mis en cause,
02:13 une médiation avait été engagée sous l'égide d'un médiateur auprès de la mairie de la commune.
02:20 La gendarmerie en avait été avisée, mais au titre d'un conflit civil, d'un conflit de voisinage,
02:28 aucune plainte, aucune dénonciation de nature pénale n'avait été faite.
02:33 Et donc, en effet, samedi dernier, il y a eu un autre épisode de travaux qui a, semble-t-il, créé le débordement que nous connaissons.
02:44 Oui, c'est-à-dire que la victime, le père de famille qui est en ce moment entre la vie et la mort, avait commencé à couper sa haie,
02:51 et c'est ce qui aurait réveillé la colère du voisin. Justement, que dit le suspect ?
02:57 Qu'a-t-il déclaré ? Est-ce qu'il reconnaît avoir volontairement visé son voisin ?
03:03 Alors évidemment, une instruction est en cours. Tout ce qu'on peut dire à ce stade, c'est qu'effectivement,
03:09 il a reconnu être l'auteur des coups de feu, être le seul auteur de ces coups de feu.
03:15 Il a donné comme motivation l'exaspération liée aux travaux intempestifs, selon lui, à ces nuisances que j'évoquais tout à l'heure,
03:24 qui auraient perturbé la tranquillité de sa vie et celle de sa femme depuis plusieurs années.
03:31 Il a tué une fillette. Donc il reconnaît avoir visé les parents. Mais visait-il la petite fille aussi ?
03:41 Alors ces explications sont beaucoup moins explicites lorsqu'il s'agit d'évoquer le décès de cet enfant.
03:48 Selon lui, il n'aurait pas visé précisément l'enfant. Le fait est que l'enquête a établi que les enfants jouaient à proximité de leurs parents,
03:59 dans la cour de la propriété, et donc ensuite à l'instruction de déterminer très exactement, avec la reconstitution qui pourrait être réalisée,
04:10 pour déterminer exactement les circonstances précises de ce drame.
04:14 Il y a une autre fillette qui a 8 ans qui, elle, a pu s'en sortir, selon les différents récits qu'on a pu avoir.
04:19 Il est dit que la mère de famille, qui elle-même était blessée, a demandé à sa petite fille, elle lui a conseillé de s'en aller pour se sauver.
04:28 Est-ce que vous avez plus de précisions sur ce point ? Et surtout, est-ce que vous savez dans quel état de santé mentale se trouve aujourd'hui cette fillette ?
04:39 Alors cette fillette qui est âgée de 8 ans est extrêmement choquée. Elle est également hospitalisée en pédiatrie.
04:48 Elle n'a pas été victime physiquement, mais chacun comprend qu'elle a assisté à ce qui s'est passé, et qu'elle en éprouve évidemment beaucoup de souffrances.
04:57 Et donc elle est prise en charge par les services médicaux.
05:01 Vous nous parlez, pendant la conférence de presse, vous parliez du couple.
05:05 Il y a cet homme âgé de 71 ans, qui est né irlandais, sa femme qui est âgée de 70 ans, qui a été entendue d'ailleurs sous le statut de témoin assisté.
05:14 Vous dites que ce couple était sous l'emprise d'alcool et de cannabis. C'est la précision que vous apportez aujourd'hui.
05:20 Et pour autant, vous n'en déduisez pas une abolition du discernement.
05:26 Alors très exactement, la question qui était posée, c'était le fait qu'ils aient été testés positifs à l'alcool et au cannabis.
05:36 On ne sait pas alors qu'il est, si la consommation est antérieure ou postérieure au fait.
05:44 Mais ils étaient effectivement positifs au cannabis et à l'alcool.
05:48 Encore un point sur l'arme en elle-même. Il s'agit donc d'une carabine 22 long-rifle.
05:54 Vous dites qu'il était en possession de deux armes. Est-ce qu'il avait le droit d'avoir ces armes ?
05:58 L'arme utilisée est une arme de catégorie B, soumise à autorisation.
06:06 L'autre arme, une carabine de même marque, Vincent Scher, trouvée dans le domicile, est une arme de chasse, soumise à déclaration.
06:16 L'une n'a pas été, n'a pas fait l'objet d'une autorisation, l'autre n'a pas fait l'objet d'une déclaration.
06:24 Donc ces armes étaient détenues de manière totalement illégale.
06:28 Depuis combien de temps, est-ce que vous savez ?
06:31 Nous le savons grâce à l'enquête, effectivement.
06:37 Et est-ce que vous pouvez nous le dire ?
06:40 Deux.
06:43 Depuis combien de temps était-il en possession de ces armes ?
06:46 Ces armes étaient détenues depuis très longtemps, oui, nous le savons.
06:51 Selon les déclarations faites, ces armes étaient détenues, avaient été acquises,
06:56 l'une dans le sud de la France, l'autre en Normandie, depuis très longtemps, en tout cas la dernière, en 1983.
07:04 Laurent Valdiguay se demande s'il avait déjà fait usage de ces armes.
07:10 Pas à ma connaissance.
07:14 Pas à votre connaissance. Encore un autre point, Alexandra Gonzalez.
07:18 Oui, bonjour monsieur le procureur. Depuis combien de temps cette famille britannique réside là ?
07:24 Vous avez indiqué que le suspect principal habite la commune depuis 2015.
07:30 Et depuis combien de temps cette famille britannique était voisine ?
07:36 Depuis 2019.
07:40 Et donc le conflit de voisinage, à votre connaissance, a débuté très rapidement entre ces deux familles ?
07:46 C'est-à-dire qu'il existerait donc depuis quatre ans déjà ?
07:52 Très rapidement semble-t-il, dès l'installation de cette famille anglaise, le père a entrepris certains travaux,
08:00 comme je l'ai indiqué tout à l'heure, des travaux assez réguliers, qui ont occasionné, selon le mis en examen,
08:08 des nuisances qui devenaient de plus en plus insupportables.
08:14 Et est-ce qu'à votre connaissance il y a d'autres familles voisines qui elles aussi ont fait état d'un possible conflit ?
08:20 Ou est-ce que c'était uniquement entre ces deux familles ?
08:26 Je crois que le conflit est attesté puisqu'il y a cette médiation qui avait été engagée par un conciliateur de justice, semble-t-il.
08:34 Donc le conflit est attesté, cela étant, l'instruction qui est en cours permettra effectivement de faire l'environnement immédiat de ces deux familles
08:43 et d'établir avec certitude ce qui a pu se passer au cours de ces années entre ces deux familles.
08:49 Est-ce qu'il y avait d'autres signes qui vous ont été rapportés pouvant décrire ce voisin comme étant violent ?
08:59 Aucun élément à ce stade ne permet d'affirmer quoi que ce soit dans ce sens.
09:06 Et pour ceux qui nous rejoignent et qui découvrent cette histoire, je pense qu'il est aussi important de raconter comment s'est déroulée l'interpellation de ce voisin.
09:13 Est-ce qu'il se rend de lui-même ?
09:18 À l'arrivée des gendarmes, il était dans son habitation, il était reclus dans son habitation.
09:23 Cela étant, malgré le dispositif mis en place par le commandement de la gendarmerie départementale,
09:30 il est sorti de lui-même et il n'y a pas eu usage de la force pour l'appréhender.
09:35 De la même façon, son épouse, peu de temps après, à l'appel qui a été lancé, est sortie d'elle-même sans qu'il y ait eu besoin d'utiliser la force.
09:45 Les gendarmes avaient pris les précautions de mettre à l'abri les voisins, parce qu'on ne savait pas dans quelle disposition d'esprit se trouvait celui qui avait quelques temps avant fait usage de son arme.
09:57 Pourquoi vous avez retenu à ce stade la qualification d'assassinat ? Est-ce qu'il y a des éléments qui vous permettent d'ores et déjà de penser à une préméditation de cet acte ?
10:08 C'est la condition de la qualification d'assassinat. Il existe des indices graves ou concordants tentant à démontrer qu'il peut y avoir eu préméditation.
10:22 Le fait est qu'il est allé chercher son arme et qu'il a ensuite tiré, comme on le sait.
10:26 Ensuite, l'instruction déterminera si cette circonstance aggravante de la préméditation est établie ou pas.
10:33 C'est le travail de l'instruction et on verra à la fin ce qui sera retenu en définitive.
10:37 Mais est-ce que par ailleurs il avait déjà menacé de mort par le passé cette famille ? Est-ce qu'il irait dans le sens de la préméditation ?
10:47 Ou c'est le fait uniquement que ce jour-là il va chercher son arme et qu'il redescend qui vous fait aujourd'hui retenir cette qualification d'assassinat ?
10:56 L'assassinat est tentative d'assassinat. Pas d'éléments sur l'antériorité de menaces. En revanche, les circonstances des faits, telles qu'appréciées dans le dossier précis, nous laissent penser qu'on peut établir la réalité de cette préméditation.
11:14 Mais encore une fois, il y a une instruction qui est en cours. Le but de l'instruction, c'est de vérifier tous les éléments factuels, y compris la circonstance aggravante.
11:23 Et à l'échelle de l'information, il sera temps d'apprécier et de dire s'il y a eu préméditation ou pas, s'il y a eu assassinat ou pas.
11:31 Mais savez-vous s'il y a eu une dispute ? C'est-à-dire qu'on a cette scène que vous nous racontez où la victime Taï Saé, est-ce que vous savez si le voisin qui est soupçonné de l'avoir tué,
11:40 ensuite est allé le voir, lui a fait des reproches et que c'est la scène suivante, le moment où il prend son arme et où il lui tire dessus ?
11:48 Aucun échange entre la mise en examen et la victime. Et puis il faut noter que la Taï Saé se situe en fin d'après-midi, alors que les tirs surviennent aux environs de 21h40, 21h50.
12:07 Et quand la scène est terrible, évidemment, et on pense fort à cette fille qui a été tuée, vous nous dites, et ce sont ces déclarations qui lient ne pas avoir visé la petite fille,
12:19 mais il me semble quand même qu'il s'approche, il est à quelques mètres seulement des victimes ?
12:23 À 10 mètres.
12:27 À 10 mètres. Et il tire combien de fois ?
12:30 Oui. On dénombre environ 3 à 4 coups de feu, tout ceci sera précisé avec l'autopsie qui va être réalisée, mais aussi les investigations balistiques qui permettront de déterminer le nombre exact des coups qui ont été tirés.
12:49 Sa femme est âgée de 70 ans, est-ce qu'elle peut avoir joué un rôle ? Vous avez dit que vous l'avez entendue sous le statut de témoin assisté. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ?
12:59 Elle a été entendue sous le statut de témoin assisté parce qu'une qualification délictuelle avait été visée, le fait qu'elle avait déplacé l'arme et qu'elle l'avait rangée dans un carton.
13:12 Il me semblait qu'on pouvait retenir du fait de cet acte d'avoir voulu dissimuler l'arme qui avait servi au crime.
13:21 C'est la raison pour laquelle cette qualification a été visée, mais en l'état elle n'a pas été mise en examen, elle a été placée sous le statut de témoin assisté.
13:30 Cela veut dire que les indices graves ou concordants ne sont pas suffisamment étayés selon le jeu d'instruction. On attend de voir les investigations et ensuite on appréciera.
13:40 Merci beaucoup Camille Mionsoni, vous qui êtes le procureur de la République de Brest d'avoir été avec nous. Merci aussi à Élise Philips et à Nicolas Deroussi.
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