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  • il y a 3 ans

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00:00 ...
00:05 -Quand la vie bascule après un viol,
00:07 une agression ou un cambriolage,
00:09 quel parcours pour les victimes et quel soutien
00:12 pour vivre avec le traumatisme ?
00:14 Où trouver une écoute entre le dépôt de plainte et le procès ?
00:17 S'il a lieu, on fait le point avec nos invités.
00:20 Catherine Chantreuneau, bonjour. -Bonjour.
00:22 -Vous êtes ex-procureure générale de Paris,
00:25 désormais la présidente de France Victimes 37,
00:28 donc depuis un an. Marc Morin, bonjour.
00:30 -Bonjour. -Vous êtes notre consultant justice
00:32 et également avocat de notre 3e invité.
00:35 Jean-Xav', bonjour. -Bonjour.
00:36 -Vous êtes dentiste à Tours.
00:39 Et si on s'intéresse, finalement, à votre cas,
00:42 c'est parce que vous avez subi une agression grave.
00:45 C'était il y a quelques mois. Je vous remercie
00:48 de venir témoigner, comme vous l'avez fait,
00:50 quelques jours après votre agression,
00:52 au mois d'octobre dernier.
00:54 Un patient fait irruption dans votre cabinet
00:57 et il va vous asséner plusieurs coups de couteau
00:59 au thorax, au bras, sur le dos, sur les pieds également.
01:04 Votre assistante sera aussi blessée.
01:06 Elle reçoit trois coups de couteau.
01:08 La lame dont vous vous souvenez, vous venez de me le dire,
01:11 faisait 30 cm. L'agresseur était en colère,
01:14 mais content d'un soin que vous lui auriez prodigué.
01:17 Il a 41 ans, il est aujourd'hui en détention.
01:19 On a juste envie de vous demander comment vous allez, monsieur Xeb.
01:23 -Juste avant, je rectifie quelque chose.
01:25 Mon patient, il n'était pas mécontent suite à un soin.
01:28 Il a confondu un doigtier en plastique
01:30 avec un préservatif.
01:32 Donc, c'est pas du tout mécontent d'un soin.
01:34 -D'accord. -Je reviens à votre question.
01:37 Je vais plutôt bien.
01:38 Heureusement, d'ailleurs.
01:40 Voilà.
01:43 -Vous arrivez à... Vous ne travaillez...
01:45 Vous n'avez pas repris le travail,
01:47 mais c'est quelque chose que vous envisagez ?
01:50 -Tout à fait. J'ai pas encore repris le travail.
01:53 On fait un travail avec mon psychiatre.
01:55 C'est la dernière phase pour reprendre début septembre.
01:58 -D'accord. Vos patients vous attendent.
02:00 -Tout à fait. -D'accord.
02:02 -J'ai hâte de les retrouver. -De les retrouver.
02:05 La reprise du travail est pour vous quelque chose,
02:07 j'imagine, de symbolique.
02:09 C'est là que s'est passée cette agression
02:12 qui aurait pu vous coûter la vie ?
02:14 -Oui. Je l'ai échappée belle.
02:16 Il faut dire que je suis miraculé,
02:18 parce que, vu la férocité de cette agression,
02:21 et quand j'y repense, je me dis...
02:23 Je suis un miraculé.
02:25 Et puis, oui, mes patients m'attendent.
02:28 J'ai envie de reprendre le travail.
02:30 C'était au début...
02:32 Suite à l'agression, j'ai pensé tout de suite,
02:34 ou même à mes parents, à mes enfants, à ma famille, à ma femme.
02:38 Et quand je suis sorti de l'opération,
02:40 et qu'on m'a dit "vous êtes hors danger",
02:42 j'ai pensé à mes patients.
02:45 -Oui. Alors, justement, vous parliez de ce partage
02:48 avec vos proches, avec vos parents,
02:50 votre famille, vos enfants, vos amis.
02:53 On se rapproche tout de suite d'un avocat et de la police,
02:57 j'imagine, quand on a ce type d'agression.
03:00 On se met dans le statut que l'on a de victime.
03:03 Pour vous, être victime, ça voulait dire aussi gérer des choses.
03:07 -Quand je suis sorti de l'hôpital, je suis rentré à la maison
03:13 et j'avais contact avec personne.
03:15 Le premier contact que j'ai eu, c'est les policiers qui m'ont appelé
03:19 et ils sont venus prendre ma déposition chez moi à la maison.
03:23 Deuxièmement, ils m'ont expliqué
03:24 que je vais être contacté par France Victime,
03:27 ce qui a été fait très vite au téléphone.
03:29 Ils m'ont fixé un rendez-vous pour que j'aille dans leur loco,
03:33 pour m'expliquer un peu en quoi ils pouvaient m'aider
03:36 et ce que je devais faire.
03:37 -Parce que là, on est démuni, il y a le choc,
03:40 la sidération, l'opération... -Tout à fait.
03:43 Et puis on pense, voilà, l'opération,
03:46 puis après on se dit "ça y est, j'en suis sorti".
03:49 En fait, il y a toute une phase qu'on connaît pas
03:52 et on sait pas où est-ce qu'on va.
03:54 Il fallait contacter un avocat, porter plainte,
03:57 ne pas porter plainte, comment je vais être aidé,
04:00 parce qu'aussi on pense automatiquement
04:02 travail, revenus, comment ça va se passer,
04:06 voir les assurances, la prévoyance,
04:09 tout ça, c'était très compliqué.
04:11 -Justement, vous parliez de France Victime.
04:13 France Victime est une association
04:16 avec des juristes et des psychologues.
04:18 Vous êtes présidente de France Victime 37.
04:21 Vous informez et vous accompagnez toutes les personnes
04:23 victimes d'agressions, de violences,
04:26 même d'accidents de voiture, je crois,
04:28 violences sexuelles, harcèlement.
04:30 On va donner d'ailleurs tout de suite votre numéro,
04:33 c'est le 02 47 66 87 33.
04:36 C'est gratuit et puis c'est anonyme.
04:38 Donc, des juristes et des psychologues
04:41 chargés d'informer, parce qu'effectivement,
04:43 quand on est une victime, on accuse le coup,
04:46 de l'agression ou du délit,
04:49 mais à un moment, il faut aussi gérer la situation, c'est ça ?
04:52 -Absolument.
04:54 L'association a, je dirais, deux rôles.
04:57 D'une part, d'informer les personnes
04:59 qui estiment avoir subi un dommage
05:03 et donc leur donner des informations
05:05 sur leurs droits et leurs possibilités d'action,
05:08 notamment la plainte,
05:10 mais aussi, lorsque la victime a déjà déposé plainte,
05:15 effectivement, l'accompagner tout au long de la procédure.
05:19 Alors, je dirais, en complémentarité, bien sûr,
05:22 avec l'avocat de la victime,
05:24 qui a le monopole de sa défense,
05:27 mais nous sommes dans un accompagnement humain,
05:30 social et surtout au long cours,
05:33 tout le temps de la procédure.
05:35 Cet accompagnement, bien sûr,
05:38 peut être aussi doublé
05:40 par des demandes de la justice,
05:43 puisque nous travaillons en partenariat.
05:46 -Vous êtes un chénon de la justice.
05:48 -Un partenaire.
05:49 -Oui, un partenaire. C'est le bon mot.
05:52 D'ailleurs, nous sommes subventionnés majoritairement
05:55 par le ministère de la Justice
05:57 pour contribuer à l'humanisation de la justice.
06:00 -Oui, il s'agit de ça.
06:02 -Et c'est vrai que vous avez évoqué
06:04 la longueur des procédures,
06:07 parfois le parcours du combattant.
06:09 Eh bien, notre association et nos juristes
06:11 sont là aussi pour expliciter, le cas échéant,
06:14 la procédure.
06:16 Alors, au cours de la procédure, effectivement,
06:19 nous pouvons être requis
06:21 par le procureur de la République
06:23 pour évaluer la dangerosité
06:26 d'une situation
06:29 qui fait, bien sûr,
06:32 la part à l'auteur,
06:34 et ça, nous ne rencontrons pas l'auteur,
06:37 mais qui aussi mesure la vulnérabilité...
06:40 -On parle de violence intrafamiliale.
06:42 -La vulnérabilité de la victime.
06:46 Et donc, nous faisons un diagnostic
06:48 sur la vulnérabilité de la victime
06:50 qui peut, je dirais,
06:52 nous inviter à proposer
06:56 des mesures d'accompagnement,
06:58 tel le téléphone grave danger.
07:00 -Le téléphone grave danger,
07:02 c'est donc un téléphone
07:04 qui, il suffit d'appuyer dessus,
07:06 et ça envoie directement un message,
07:08 un appel à la police.
07:10 Il y a quelques téléphones comme ça
07:12 dans le département pour les victimes de violence.
07:15 -C'est une centaine de téléphones.
07:17 Et c'est vrai que ça permet,
07:19 si vous voulez, de rassurer la victime
07:21 lorsqu'elle se sent menacée
07:23 ou lorsque celui qui n'a pas le droit de l'approcher
07:26 s'approche d'elle, elle peut actionner ce bouton
07:29 qui va enclencher l'intervention des services de police.
07:32 -Marc Morin, de quoi, finalement, ont besoin vos clients,
07:36 ou ceux des différents avocats du barreau de Tours,
07:39 au-delà de...
07:41 d'une information sur leur droit
07:44 et sur la procédure ?
07:45 A un moment, vos clients ont besoin d'un accompagnement
07:49 plus personnel ? C'est quoi, être une victime
07:51 dans un bureau d'avocat ?
07:53 -L'avocat doit expliquer la procédure,
07:55 c'est-à-dire que la victime doit s'attendre
07:58 à répéter un nombre de fois considérable son histoire
08:02 devant les services de police, devant le juge d'instruction,
08:05 devant l'expert judiciaire lors du procès.
08:09 Et c'est la durée du procès aussi,
08:11 parce qu'il faut attendre.
08:13 Là, concernant le docteur Xeb,
08:16 il y a en plus une inconnue,
08:18 puisqu'il se pose la question de savoir
08:21 si le mis en cause est pénalement ou pas responsable.
08:24 Là aussi, il y aura un combat qui doit être mené.
08:27 Et puis, les préjudices sont psychologiques,
08:31 physiques et parfois économiques.
08:33 C'est des volets très techniques
08:35 où il est nécessaire d'avoir un avocat pour être aidé.
08:39 Prenons l'exemple du docteur Xeb.
08:41 Depuis des mois, il ne travaille plus,
08:44 c'est-à-dire qu'il n'a plus de revenus
08:46 en rapport avec son travail.
08:48 La deuxième difficulté, c'est qu'au mois de septembre,
08:51 ses clients seront partis ailleurs.
08:53 Ses patients ont pris peut-être un autre dentiste.
08:56 Donc, il a un préjudice chaque mois,
08:58 mais il aura aussi un préjudice au niveau de son outil de travail.
09:02 Alors, il est courageux,
09:04 il avait un cabinet dentaire qui était plein.
09:07 On a de l'espoir, mais à ce jour,
09:10 ne serait-ce que financièrement, sa situation est difficile.
09:13 -Est-ce qu'il y a des victimes qui s'ignorent un peu
09:17 et qui ne vont pas, finalement,
09:20 pouvoir être aidées et en subir les conséquences ?
09:24 Est-ce qu'il y a des gens qui disent
09:26 "Je vais très bien, psychologiquement,
09:28 "mon agression..." ?
09:30 Est-ce qu'il y a des gens qui passent à côté de quelque chose
09:33 qui pourrait les aider ?
09:34 -Je pense, puisque toutes les victimes
09:37 ne viennent pas vers nous.
09:39 Ce qui est sûr, c'est qu'il y a des victimes qui s'ignorent.
09:43 C'est-à-dire, notamment,
09:45 et on le connaît aujourd'hui bien finement,
09:50 c'est le système d'emprise.
09:53 Lorsqu'une victime est sous l'emprise
09:56 d'un conjoint qui annile chez elle...
10:00 -Le discernement. -Tout discernement
10:02 et toute capacité à se protéger, par exemple,
10:06 eh bien, elle n'ira pas forcément elle-même
10:09 vers France Victime, mais elle pourra être accompagnée,
10:13 notamment d'un ami, d'un parent,
10:16 qui aura, lui, cette clairvoyance
10:21 qu'elle a besoin d'être accompagnée, d'être aidée.
10:24 C'est ce type de victime que nous recevons
10:28 pour lui éclaircir sa propre situation.
10:31 -Et mettre des mots sur ce qu'elle subit,
10:34 parce que nous sommes compétents sur l'ensemble de la délinquance.
10:38 Toute victime d'une infraction pénale,
10:41 que ce soient les atteintes aux personnes,
10:43 qui sont les affaires les plus graves,
10:46 mais il y a aussi les atteintes aux biens,
10:48 la délinquance routière,
10:50 et donc toutes ces victimes
10:52 sont potentiellement...
10:54 vivent potentiellement un traumatisme
10:59 et méritent d'être accompagnées.
11:01 -Vous avez été accompagnée par un psychiatre,
11:04 un psychologue ?
11:05 -Au centre de psychothérapie d'Autour.
11:07 -Est-ce qu'on en a marre d'être victime ?
11:10 On n'a plus envie qu'on nous parle de l'agression ?
11:12 -C'est pas mon cas.
11:14 Moi, j'en parle facilement,
11:16 et mon psychiatre m'a dit que c'est ce qu'il faut faire,
11:19 peut-être aussi pour l'oublier.
11:21 C'est sûr qu'au début, c'était très difficile
11:24 de sortir dans la rue, des trucs comme ça,
11:26 et en fait, le trauma, il s'estompe.
11:28 -Le temps fait... -Il s'estompe.
11:30 C'est ce qu'il m'avait dit.
11:32 Le psychiatre m'a dit qu'au début, ça va être difficile,
11:35 on va croiser des gens qui ressemblent
11:37 à la personne qui m'a agressé,
11:39 on va être un petit peu sur nos gardes,
11:42 et ce trauma, ce psychotrauma, en fait,
11:44 dans la psychiatrie, il s'atténue avec le temps.
11:48 C'est pour ça qu'on prend un petit peu le temps
11:51 pour le laisser passer,
11:52 pour ne pas que je ressente la même chose
11:54 quand je vais revoir mes patients.
11:56 Il en reste une inconnue,
11:58 un jour où je vais re-rentrer au cabinet,
12:00 je vais recevoir des patients, comment ça va être ma réaction
12:04 devant mes patients, pas tous mes patients,
12:06 mais peut-être devant...
12:08 -Certains d'entre eux qui auraient peut-être
12:10 le visage qui ressemblerait à votre agresseur.
12:13 On va finir avec vous, Marc Morin.
12:15 Finalement, le temps d'attente
12:16 pour arriver jusqu'au jour du procès,
12:18 on peut dire parfois que les victimes
12:21 sont délivrées le jour du procès.
12:22 Tout dépend un petit peu de la décision, finalement,
12:25 du jury.
12:27 Des jurés, pardon,
12:28 mais est-ce qu'on a vraiment un avant et un après ?
12:31 -Le fil chronologique, la première chose,
12:33 comme vous l'indiquiez, c'est le dépôt de plainte.
12:36 J'ai l'expérience des victimes
12:39 qui ont regretté de ne pas avoir déposé plainte.
12:41 En revanche, il est très rare d'avoir des victimes
12:44 qui regrettent d'avoir déposé plainte.
12:46 Donc, il faut arriver jusqu'au procès,
12:49 il faut que le procès ait lieu,
12:51 et c'est un moment important,
12:54 la reconnaissance en tant que victime
12:56 et la possibilité de tourner une page,
12:59 pas de tourner la page,
13:00 et d'être reconnue en tant que victime,
13:03 c'est un moment primordial.
13:04 Parfois, il y a deux procès,
13:06 parce qu'il peut y avoir des appels,
13:08 mais c'est un accompagnement,
13:12 il faut prendre la parole,
13:13 il y a des gens qui n'ont pas l'habitude,
13:16 il y a des victimes qui sont parfois sidérées,
13:18 le rôle de l'avocat, c'est de les aider à parler,
13:21 le cas échéant, leur poser des questions
13:24 pour qu'elles arrivent à verbaliser les choses.
13:26 Quand vous êtes devant une cour d'assises,
13:29 il y a trois magistrats, des jurés,
13:31 parfois, il y a une salle qui est totalement pleine.
13:34 Donc, il faut préparer psychologiquement,
13:37 mais là aussi, c'est une épreuve importante,
13:40 il y a l'accompagnement de l'avocat,
13:42 de France Victime... -Vous pouvez...
13:44 L'avocat, c'est la justice,
13:48 c'est la défense, et l'association,
13:50 on a vraiment 10 secondes,
13:52 l'association peut venir tenir la main, mais presque.
13:54 -Absolument, être aux côtés de la personne victime,
13:59 si elle le souhaite.
14:00 Bien sûr, seul son avocat prendra...
14:03 -Sa défense, mais vous, vous lui prendrez la main.
14:06 -Absolument, et éventuellement,
14:08 on la réconfortera à des moments difficiles.
14:11 -On est complémentaires, en fait, on n'est pas privaux.
14:14 -On va donner le numéro de téléphone
14:16 d'SOS Victime Avocat à Tours,
14:18 c'est le 06 16 47 19 72,
14:22 et on redonne le numéro de France Victime 37,
14:24 également, le 02 47 66 87 33.
14:28 Merci, Jean-Xav' d'être venu sur notre plateau.
14:31 On vous souhaite le meilleur pour cette reprise.
14:34 Merci beaucoup, Mme Chantrenaud,
14:36 Marc Morin, à bientôt pour une nouvelle émission,
14:39 et Clément, je te retrouve à la rédac.
14:41 Merci de nous avoir suivis,
14:43 on se retrouve très vite pour un nouveau magazine.
14:46 Sous-titrage ST' 501
14:49 ---
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