00:00 - Le but ! - Ouais !
00:02 - Le but de Mathieu Poulou !
00:27 - On l'a eu ! On l'a toujours mais...
00:30 30 ans !
00:32 C'était le trophée le plus important qu'on pouvait gagner avec un club
00:36 et c'est la première victoire d'un club français.
00:39 Et ça restera.
00:41 - Ça fait 30 ans aujourd'hui, donc c'est déjà un bon bout de vie.
00:45 Alors que nous, c'était l'apogée de notre vie.
00:48 On a beaucoup de recul par rapport à l'événement, donc il n'y a plus toute l'effervescence.
00:52 Et on est encore conscients, on n'est pas encore tout à fait gaga tous.
00:55 Et donc on est encore conscients de ce qu'on fait
00:58 et on se rend compte qu'on est rentré dans l'histoire.
01:01 - C'est une fierté d'avoir été le premier club français à avoir gagné la Coupe d'Europe.
01:06 Gagner ça et rendre les gens heureux,
01:09 je crois qu'on est encore plus heureux de rendre encore les gens heureux.
01:12 - C'est vrai que dans le football français, il n'y en a pas beaucoup qui ont ça dans leur bureau.
01:19 On est les premiers.
01:23 Bernard Tapie nous l'avait dit dans les vestiaires.
01:25 À vie, on vous parlera toujours de cette victoire.
01:29 Et c'est vrai que 30 ans après, on en parle encore.
01:32 - Il y a même des gens qui me disent, un papa qui m'a dit,
01:40 même le jour où ma fille est née, c'était pas aussi beau.
01:43 On prend du recul, on se dit, c'est un match de foot.
01:47 Monsieur, c'est un match de foot.
01:49 C'était plus beau que tout ce que j'ai vécu dans ma vie.
01:53 Il n'y a rien de plus beau.
01:55 - Bernard Tapie ne voulait plus de moi.
01:58 Et je sais que son épouse Dominique avait plaidé pour moi,
02:03 mais surtout que Jeannot Fernandez a tout fait pour me garder.
02:08 - Le jour où je discute avec Bernard Tapie de Marseille,
02:12 je ressors de ce rendez-vous,
02:14 je me dis, c'est possible de gagner une Coupe d'Europe ?
02:17 Ce gars-là, il a l'ambition et surtout, il a la capacité à le transmettre.
02:21 - La Coupe d'Europe, ça ne te semble pas du ciel, il faut aller la chercher.
02:29 - Un an avant, je n'aurais pas imaginé
02:31 qu'on puisse gagner la Coupe d'Europe cette année-là.
02:34 - J'étais capitaine ou pas capitaine, quand j'avais à parler, je parlais.
02:41 J'avais un peu plus de discussions en tête à tête avec Bernard Tapie.
02:45 J'ai dû juste un peu caler les horaires de ses appels téléphoniques
02:50 parce que je me couchais plus tôt
02:52 et pour ne pas avoir des discussions nocturnes.
02:56 - Tu sais, Didier était un peu obligé de lui donner le Capitana.
03:04 Tu avais l'impression qu'il avait déjà vécu les matchs.
03:07 Tu as l'impression que sa tête tournait comme le grand-duc,
03:10 elle fait 90 degrés, où il voyait tout.
03:13 - Le match à Glasgow, on peut le présenter
03:15 comme le match, le véritable tournant de la saison pour nous.
03:18 Et enfin, la prise de conscience qu'on a un truc de particulier dans cette équipe-là,
03:26 notamment dans l'adversité.
03:28 - Depuis le moment où avec Bernard s'était décidé,
03:34 le retour de Raymond s'est fait tout à fait naturellement.
03:38 - Il a eu une chance.
03:40 - Quel rôle il joue dans le monde ?
03:47 - C'est ce rôle-là un peu de, je ne vais pas dire d'éducateur,
03:49 de manager, en connaissant ses joueurs.
03:53 Il avait quelque chose.
03:54 Quand Tapie venait gueuler, quand Tapie sortait,
03:57 il dit "j'espère que vous ne l'avez pas écouté une fois, lui".
04:00 Il écoute sans l'écouter.
04:02 Donc, il était intelligent.
04:04 Le plus intelligent, c'était lui, en fait.
04:07 Il était très malin, ce vieux.
04:09 - M. Gauthals, j'en ai les frissons,
04:12 parce que tu ne pouvais avoir que du respect.
04:15 Et puis surtout, surtout, tu gobais ses paroles.
04:20 - La préparation de Munich, c'était un club méditerranéen.
04:23 C'est-à-dire, c'était l'opposé de Paris.
04:26 - Le plus gros stress, c'est quand on arrive dans le stade,
04:32 parce que le stade, il est majestueux.
04:35 Il est moitié rouge et noir, moitié blanc et bleu.
04:38 C'est un théâtre grandiose.
04:40 Et on se dit "waouh, tous ces gens, ils sont là pour nous".
04:44 - Je me sentais tellement bien à l'échauffement et au début du match.
04:55 Et puis au bout d'un quart d'heure,
04:57 j'avais l'impression qu'on avait coupé l'électricité
04:59 et que j'avais plus de jambes.
05:02 Et je me rappelle dans ma tête, je me dis "non, pas aujourd'hui".
05:05 Pourquoi pas aujourd'hui ?
05:06 Et bien là, on part à l'essentiel.
05:08 - Le but de la finale, effectivement, c'est celui qui nous fait gagner.
05:11 Mais c'est vrai qu'en premier mi-temps, Fabien, il nous gagne le match.
05:15 Il fait deux ou trois arrêts décisifs,
05:17 que s'il n'est pas là et qu'à la mi-temps, le match est terminé.
05:21 Donc Fabien a fait une très, très grande finale de Coupe d'Europe.
05:25 - On dit souvent que les gardiens, ils sont à part.
05:27 Mais ils sont à part.
05:29 Alors le méta, il est à part, avec son caractère, avec sa façon de faire.
05:33 Fabien, c'était encore autre chose.
05:35 La veille du match, on discutait.
05:37 Il ne savait même pas contre qui on allait jouer le samedi ou le dimanche.
05:40 On a l'impression qu'il vivait dans un autre monde, une autre planète.
05:43 C'était un gamin qui aimait jouer au foot.
05:46 Je pense que ça fait beaucoup de bien à notre équipe à ce moment-là.
05:49 - Fabien était dans les buts pour la finale.
05:53 Mais moi, sur le banc, j'ai joué cette finale.
05:56 Parce que je ne radais pas le match.
05:59 Quand Fabien n'avait pas de ballon, je radais Fabien.
06:01 J'étais à sa place.
06:03 C'est pour ça que je peux dire que je l'ai gagné autant que les autres.
06:06 Le jour du match, j'ai perdu, je crois, 2 kg.
06:09 Je bougeais.
06:11 Je ne sais pas si à un moment donné, je n'ai pas failli prendre un carton.
06:14 Parce que l'arbitre me voyait tout le temps taper de partout.
06:18 Et dès que ça allait côté Fabien, tu as toujours peur.
06:22 Comme tu te sens à sa place, d'anticiper.
06:25 - Les 21 premières minutes, on est dans l'eau, sous l'eau.
06:29 Ça aurait pu tourner en naufrage total.
06:33 - Nous l'avions voulu fortement.
06:36 Et eux, peut-être encore plus.
06:39 Cette victoire.
06:41 Ils ont peut-être été remis en prix pour ça.
06:44 C'est souvent cette petite différence
06:50 qui fait que tu gagnes ou non.
06:55 La force collective sera toujours plus importante que la force individuelle.
06:59 Parce que sur le papier, il faut être réaliste.
07:02 Si on met les deux équipes, le Milan, c'était largement supérieur à nous.
07:06 Mais sur un plan collectif et force collective,
07:09 je pense qu'on avait un peu plus que.
07:13 - Eric, Mairick.
07:15 - Bon comme tout.
07:16 - Ça va, ton papulence ?
07:17 - Ça va bien et toi ?
07:18 - Forme 1 ?
07:19 - Ouais, nickel.
07:20 - Moi, j'étais l'un des seuls qui pensait qu'on pouvait perdre.
07:22 Je n'étais pas rassuré parce que je connaissais cette équipe par cœur.
07:26 J'étais inquiet.
07:28 Et quand je suis rentré, je me suis dit, c'est pas possible.
07:31 Je me suis dit, c'est pas possible.
07:33 Je me suis dit, c'est pas possible.
07:35 Je me suis dit, c'est pas possible.
07:37 Je me suis dit, c'est pas possible.
07:39 Et quand je suis rentré, je me suis dit, c'est trop tard.
07:42 - Jean-Tacky Walkie qui fait partie de l'histoire de la Coupe d'Europe.
07:46 Avec Bernard, on s'était mis d'accord avant le match,
07:48 en se disant, on va communiquer tous les deux,
07:50 pour savoir, on ne sait jamais ce qui peut se passer et tout.
07:53 Basile se plaigne du genou, presque à sortir, pas presque, à sortir.
07:56 Raymond hésitant.
07:58 Bernard me dit, dis-lui absolument, non non, il reste, il reste, il reste.
08:02 Je vais voir Basile, à un moment donné, il se rapproche.
08:05 Je lui dis, Basile, tu continues, tu restes, tu restes.
08:07 - Il avait un bon pied gauche et un bon pied droit.
08:09 Là, il a, oui.
08:10 Ça, c'est vrai.
08:11 Non, mais ça, je lui dis en rigolant.
08:13 Non, mais il avait cette capacité, voilà, dans le jeu de tête,
08:17 de très très haut niveau Basile.
08:20 Et heureusement, puisque depuis, c'est casque d'or,
08:23 même si avant, c'était juste casque, mais là, c'est casque d'or.
08:26 - Moi, je suis sur le banc de touche au moment où Basile marque.
08:29 On ne voit pas grand-chose, mais on entend, quoi.
08:35 - Après quelques secondes, le match bascule, en fait.
08:38 Et d'un seul coup, de challenger, je sens qu'on devient leader de ce match.
08:44 Le vent avait tourné.
08:46 - Au deuxième poteau, le but !
08:51 - Ouais !
08:52 - Le but ! Le but !
08:54 - En fait, le but, logique.
08:56 Deux qui sont concernés et un seul qui saute.
08:59 À la fin, c'est normal.
09:00 - D'habitude, je vais au deuxième poteau.
09:02 Mais je me dis, attends, là, tu ne vas pas aller au deuxième poteau.
09:05 Donc, viens au premier poteau, c'est plus facile.
09:08 Et quand il prend le ballon, il me jette un regard.
09:11 Donc, évidemment, le regard du mec, je te l'avais dit, va au premier.
09:17 Je ne vais même pas complètement au premier.
09:20 C'est-à-dire que je fais semblant d'aller comme ça,
09:22 et puis je repars là, parce que Richecard, il m'attendait au deuxième.
09:26 Il m'attendait au deuxième.
09:28 Donc là, quand je vais, on voit qu'ils sont un peu embêtés en plus.
09:32 Ils se disent, là, là, là, il parle en italien.
09:34 Tu le prends, tu ne le prends pas.
09:36 Et moi, je fais comme ça et je fais ça.
09:39 Donc, il me retient, mais le temps de me retenir,
09:43 je t'ai déjà, j'avais déjà anticipé.
09:45 Merci, Casoni, merci, Mauser.
09:48 C'est ces personnes qui m'ont donné le timing.
09:53 On apprend à dominer le ballon,
09:56 donner la force à la balle pour qu'elle puisse y aller.
09:59 C'est fou parce que je ne vois pas rentrer le ballon sur le but.
10:03 Donc, je suis peut-être le dernier à avoir vu qu'on avait marqué.
10:06 Là, en fait, toutes les planètes étaient alignées à l'instant T.
10:08 C'est un jeu de qui ? On fait un strike.
10:10 Voli est devenu l'héros de Marseille.
10:14 La course pour Marseille.
10:17 Vous avez entendu ? Marseille est championne d'Europe.
10:21 Nous avons la Coupe d'Europe des clubs champions.
10:26 C'est fini !
10:28 J'étais assis, la tête dans les genoux.
10:39 Et le boss est venu me relever.
10:42 Il m'a embrassé et m'a dit,
10:45 si on est là, c'est parce que c'est grâce à toi.
10:49 J'ai toujours beaucoup d'empathie et je fais en sorte de me mettre à la place des autres personnes.
10:55 Lui avait vécu l'attachement à Marseille.
10:59 Il se retrouvait l'année d'après à jouer un titre face à son équipe de cœur
11:05 où il était programmé, il était le capitaine, il était programmé pour être champion d'Europe.
11:09 Le retour à Marseille, ça a été quelque chose de hors norme.
11:18 Depuis l'aéroport jusqu'au stade, je n'ai jamais vu autant de gens au bord de route.
11:23 Autant au stade c'était beau, il n'y avait pas de partage physique, il n'y avait pas d'échange.
11:29 Autant lorsqu'on est arrivé à Marseille, là il y avait un contact, les gens étaient là,
11:33 ils nous touchaient, ils nous remerciaient, ils étaient heureux.
11:36 Pour moi, c'était...
11:38 Et lorsqu'on est rentré dans le stade Vélodrome pour présenter la Coupe, là c'était l'apothéose.
11:44 Bernard Casody qui était le capitaine aussi en début de saison, qui était titulaire
11:49 et qui a perdu sa place au moment de revenir au stade Vélodrome.
11:54 Et quand on est descendu de l'avion, je voulais qu'il soit à côté de moi à tenir les deux la Coupe
12:00 parce que pendant les six premiers mois, c'était lui le capitaine.
12:05 J'avais un rapport particulier avec le public, les anciens minots, je me suis senti grand.
12:11 Je me suis senti à l'égal de mes copains qui étaient des stars, voire même au-dessus
12:15 parce que l'accueil que j'avais reçu à ce moment-là était particulier.
12:20 Je tremblais, je chialais et Bernard Tapie, Jean-Louis Lebrou et Jean-Pierre Bernays
12:25 étaient venus me soutenir parce qu'ils avaient cru que j'allais tomber dans les pommes.
12:30 S'il n'y a pas la main de Vata, 90, 91, 92, 93, en quatre ans,
12:35 Marseille peut faire trois finales de Champions League.
12:38 Je ne sais pas si on réalise ce que c'est.
12:40 C'est le plus important d'être le point central du sport en France par rapport à Paris.
12:48 Marseille est la rebelle qui focalise finalement l'attention en France dans des compétitions européennes.
12:56 On connaît les Marseillais, c'est une fierté incroyable et une superbe réussite.
13:01 Tu t'imagines, tu devais être témoin quand tu entendais "Boli, tu pues,
13:08 va te laver le cul".
13:10 Tu t'imagines ?
13:12 Je dis que c'est un destin.
13:17 Je ne sais pas si tu te rappelles le premier match, Tapie vient m'expliquer qu'il ne voulait pas
13:22 que je fasse fuir.
13:23 Donc c'est moi qui dois aller me montrer sur le terrain.
13:25 J'aimais ce côté marseillais que j'avais perdu quand je suis arrivé en France
13:32 et étant gamin de l'Afrique.
13:34 Cette chaleur humaine que j'ai toujours recherchée.
13:37 Et ça, je me suis identifié à cette ville.
13:41 Tous les jeunes qui ont 30 ans aujourd'hui n'ont pas connu ces moments.
13:45 J'espère qu'un jour ils auront la chance de connaître ce qu'on a vécu,
13:49 ce que les gens de ma génération, les gens plus âgés ont connu.
13:53 Connaître ça à Marseille, c'est le top.
13:57 C'est une nirvana.
13:59 Il faut vivre avec son temps, mais il y a un devoir de mémoire par rapport à l'histoire.
14:05 Non pas toujours faire référence à ce qui s'est passé,
14:07 mais ça s'est passé, ce qui a permis d'avoir des lendemains plus ou moins heureux.
14:13 On s'accroche souvent à des dates les plus importantes de notre vie.
14:16 Le 26 mai fait partie des dates les plus importantes de ma vie aussi.
14:20 Moi, ce titre-là me colle à la peau chaque jour que Dieu fait,
14:26 puisque je vis dans Marseille, Sainte-Treville.
14:28 Pour exemple, récemment, au cours Julien, un matin tôt, j'avais un rendez-vous,
14:36 j'attendais sur mon scooter, il y a un petit gamin de 10 ans avec son cartable qui allait à l'école
14:41 et qui s'est arrêté et m'a dit "Vous êtes Monsieur Dimecco".
14:43 J'ai dit "Mais..." J'étais tout petit, il m'a dit "Mais mon père m'a montré tous les matchs,
14:47 et il n'y a pas longtemps, j'ai encore vu la finale".
14:50 C'est collé à nous et encore plus quand tu vis dans cette ville.
14:53 Tous les jours, on te renvoie à ça.
14:55 C'est l'histoire de ma vie.
14:57 [Musique]
15:04 [Musique]
15:09 [SILENCE]
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