00:00 La radio du cinéma depuis le festival de Cannes avec une nouvelle rencontre autour de la musique de film.
00:05 Vous savez que c'est notre crédo, la musique à l'image.
00:09 Rencontre avec Nathanaël Berges. Bonjour.
00:11 Bonjour.
00:12 Compositeur, pianiste, superviseur musical, enseignant aussi.
00:17 D'ailleurs j'ai envie de commencer par ça.
00:19 Que viennent chercher les élèves ?
00:21 Qu'ont-ils dans la tête lorsqu'ils démarrent une saison avec toi ?
00:25 J'espère qu'ils ont beaucoup d'envie de devenir compositeur, d'en vivre.
00:34 C'est le cas pour la plupart.
00:35 Et puis je crois qu'ils ont surtout envie d'apprendre.
00:37 C'est-à-dire qu'ils se disent "je l'ai fait un petit peu chez moi,
00:40 mais je sens qu'il me manque des trucs pour...
00:43 j'arrive à quelque chose mais c'est pas satisfaisant, j'ai besoin d'outils, j'ai besoin de technique".
00:47 En vrai, on ne va pas leur apprendre à avoir de l'inspiration.
00:51 Je dirais que ça c'est leur problème, chacun se débrouille avec ses méthodes.
00:54 Par contre, leur donner de la technique, du savoir-faire, de la logique, de la méthodologie,
00:59 voilà, c'est ça qu'ils viennent chercher, j'espère qu'on leur apporte.
01:02 La méthodologie qui peut être différente évidemment d'un film à l'autre,
01:05 d'un réalisateur à l'autre.
01:07 Il faut leur apprendre aussi à s'adapter quelque part ?
01:10 Oui, alors le point est crucial.
01:13 C'est-à-dire que la méthodologie, c'est presque la méthodologie de comment on communique avec le réalisateur.
01:17 C'est un point hyper important.
01:19 C'est-à-dire à quel moment on intervient, qu'est-ce qu'on va demander,
01:22 qu'est-ce qu'on va proposer aussi, à quel moment on sait qu'il faut être force de proposition,
01:26 à quel moment il faut lâcher, parce qu'il faut aussi accepter des fois de laisser le réal avoir aussi ses inspirations.
01:33 C'est quand même son film aussi à la base.
01:36 Même si c'est un travail collectif, on leur apprend à dire, le réal a besoin de vous.
01:41 Vous avez besoin de lui, mais il a besoin de vous aussi.
01:43 On n'est pas là pour se placer en dessous, mais il faut trouver cette justesse de dialogue.
01:47 Donc on fait un peu de psychologie, d'écoute, de travail d'expression.
01:52 J'en ris, mais à la fois c'est tellement vrai dans le métier.
01:55 C'est-à-dire qu'il y a un savoir-faire technique et puis un savoir-faire humain finalement qui est hyper important.
01:59 Par exemple, toi, ta façon de travailler, c'est cette adaptation avec le film, avec l'image, avec le réalisateur, avec l'équipe.
02:06 Mais tu... alors je ne sais pas, on imagine un compositeur qui a plein de bribes de mélodies dans des tiroirs,
02:12 qui ressent "Ah tiens, celle-là, il irait bien avec ce film".
02:14 C'est ta façon de travailler ou tu...
02:17 Non, moi pas du tout. Moi je suis vraiment...
02:19 À l'instinct un peu ?
02:21 Non, je dirais en prêt-à-porter, c'est-à-dire pas de surmesure...
02:24 Enfin non, que du surmesure, je veux dire pas en prêt-à-porter.
02:27 C'est-à-dire vraiment un truc où on va prendre le temps de la réflexion avant la composition.
02:33 On passe beaucoup de temps en amont, beaucoup de temps à décortiquer l'image,
02:37 et décortiquer avec le réal, qu'est-ce qu'il veut nous raconter en fait à cet endroit-là.
02:42 Et se dire "Voilà, il veut raconter ça, il y a telle émotion,
02:45 on veut que le public soit dans cet esprit-là,
02:49 est-ce que la musique va apporter quelque chose ? Oui, non ?
02:51 Et puis si oui, par quel monde, par quel outil ?"
02:54 Moi je suis très... comme ça, dans un travail, je dirais finalement peu instinctif,
02:59 mais beaucoup de réflexion en amont, puis au moment où ça sort finalement,
03:02 on a tellement mûri le truc que je dirais que c'est plus facile.
03:06 Enfin, on essaye de se faciliter le travail.
03:07 Après, ça n'engage que moi comme méthodologien.
03:10 Tu... Quand tu vois un film, tu as cette déformation professionnelle,
03:13 d'être un peu omnibulé par la musique, ou pas ?
03:16 Carrément ! Mais je pense que je ne suis pas le seul dans ce cas-là.
03:19 Non, en fait, quand je n'y pense pas, c'est que c'est en général super bien fait.
03:24 Enfin, c'est mon critère.
03:25 Après, quand c'est un peu vite, effectivement, à un moment tu te dis "Ah non, pourquoi il a fait ça ?
03:30 Oh, c'est trop dommage, oh, je n'aurais pas fait ça !"
03:32 Et là, quand c'est là, on a perdu le fil de l'émotion et du film, on n'est plus dans le film.
03:38 Tu es plus Alexandre Desplat que Neomuricone alors ?
03:41 Sans aucun doute !
03:44 Non, en plus, j'aime beaucoup la démarche de Desplat.
03:48 On a eu la chance d'échanger une fois et c'est un gars super.
03:52 Et c'est vrai que lui, c'est marrant que tu dises ça parce que lui,
03:55 il est très technique aussi dans son approche musicale.
03:59 Et puis, il aime beaucoup travailler avec des petits ensembles, cordes, etc.
04:02 Et c'est vraiment un truc, enfin moi, dans lequel je me retrouve à 100%.
04:07 Ton actualité, pourquoi es-tu à Cannes cette année ?
04:10 Eh bien, pour te voir !
04:12 C'est ce qui me fait le plus plaisir !
04:14 Non, alors, je ne suis pas là que pour vous.
04:16 Attention, j'adore !
04:18 Non, je suis là parce que j'ai un film, donc un long métrage qui s'appelle "M".
04:21 C'est un film de Vardan Tosija qui est macédonien.
04:24 Donc, c'est une coprod' Pologne, Macédoine, France.
04:28 Je dois en oublier un ou deux autres pays de l'Est, ils me pardonneront, j'espère.
04:31 Donc, ce film "M", il a été fini il y a quelques mois maintenant.
04:36 Là, il est en projection, donc, au marché du film uniquement.
04:39 Il a été en projection pareil au marché à Berlin, il y a quelques mois en arrière.
04:43 Voilà, l'idée, c'est qu'il y a eu un acquéreur international au niveau des droits du film.
04:48 Je pense qu'il cherche d'autres partenaires avant de programmer les sorties et puis les envois en festival.
04:54 On parlait de l'avenir du cinéma.
04:59 L'avenir de la musique de film, parce que c'est le débat de l'année.
05:02 Est-ce que tu as peur d'être remplacé par un robot ?
05:06 Personnellement, je dirais non. Je pense que j'aurais pris ma retraite au moment où les robots se trompent à cyber-troulements.
05:12 Ça peut aller très vite.
05:13 Oui, c'est vrai, il paraît.
05:14 Non, alors, honnêtement, je n'ai pas du tout peur de ça.
05:19 Je me dis qu'il y a sans doute une mutation à venir, un changement, mais il y a déjà eu tellement de changements.
05:24 Je veux dire, si... Alors, je vais faire un discours qui est complètement éculé, mais si on revient en arrière,
05:28 quand la télé est arrivée, on a dit que le cinéma allait disparaître.
05:31 Quand les DVD sont arrivés, on a dit la même chose.
05:34 Quand le CD est arrivé, enfin, voilà, donc, des avancées technologiques, je pense qu'il y en aura toujours.
05:39 Sans doute, des choses vont muter, c'est-à-dire qu'il y a peut-être des musiques, je vais dire,
05:44 un film institutionnel de trois minutes, dans un format très cadré, avec...
05:49 Finalement, on se rend compte qu'on fait quasiment tout le temps les mêmes musiques là-dessus.
05:52 Bon, ben, peut-être qu'on ne les fera plus, effectivement, parce qu'il n'y aura plus d'intérêt économique à le faire pour personne.
05:56 Mais je ne crois pas que sur une oeuvre de fiction, il y aura sans doute des expérimentations.
06:02 Il y a des gens qui en feront.
06:04 Ils vont faire un allié, alors, à ce moment-là.
06:05 Oui, sans doute. Enfin, je suis très... Voilà, ça va se faire. Bon, je n'ai pas très envie de travailler avec.
06:11 Parce que les scénaristes sont terrorisés, par exemple.
06:13 Ah oui ?
06:14 Oui, oui, donc...
06:15 Ils ont peu de foi en leurs moyens. Moi, j'ai assez confiance dans le travail qu'on fait.
06:22 Si on regarde en arrière et qu'on réfléchit, par exemple, à l'arrivée de tous les sons virtuels,
06:26 des instruments virtuels qu'on peut utiliser pour remplacer les vrais instrumentistes,
06:30 au final, on voit bien qu'aujourd'hui, dès qu'il y a un peu de moyens, tout le monde va enregistrer en studio sa musique.
06:35 Donc, je reste quand même assez mesuré, on va dire.
06:39 Parmi les sujets d'actualité, il y a tout simplement l'avenir du cinéma aussi.
06:42 Le cinéma en salle, j'entends.
06:44 Évidemment, on parle beaucoup de l'image, l'action, le fait d'aller au cinéma, d'en prendre plein la vue.
06:49 C'est valable pour la musique aussi.
06:51 Par exemple, tu as vu pour la première fois le film dont tu as composé la musique en salle.
06:55 Tu as vu la dimension que ça prenait ailleurs sur un petit écran.
06:59 Ça, c'est évident, mais que ce soit pour l'image, le son, la musique,
07:03 c'est évident que la sensation n'est pas la même en salle que chez soi.
07:08 On a beau avoir un super système son à la maison, ce n'est pas pareil.
07:11 Et puis, il y a aussi la dimension évidente qui est la dimension collective.
07:16 On partage le même moment, on réagit en groupe, il se passe quelque chose.
07:20 Et on voit bien, sur d'autres films dont j'ai pu faire de la musique
07:24 et j'ai pu assister à plusieurs séances dans des salles différentes,
07:27 on voit bien que des fois les réactions ne sont pas les mêmes,
07:30 que la salle a sa vie propre par rapport à l'image.
07:33 Et ça, c'est quelque chose d'irremplaçable.
07:35 Et je pense que c'est aussi irremplaçable pour les gens, finalement,
07:37 pour ceux qui en font l'expérience.
07:39 Après, tout dépend de ce qu'on va voir et de ce qu'on attend aussi de l'image.
07:43 Dernière question, c'est la radio du cinéma.
07:46 Imagine, tu as les réalisateurs qui te regardent, qui t'écoutent.
07:50 Avec qui aimerais-tu travailler ?
07:52 Il n'y a pas de limite.
07:54 Il n'y a pas de limite.
07:56 C'est moche ce que je vais dire, mais j'adorerais prendre la place d'Alexandre Desplat
07:59 pour travailler avec Del Toro.
08:03 Je pense que ça doit être un kiff monstrueux.
08:06 Il va t'appeler.
08:07 Super.
08:09 Merci beaucoup.
08:10 [Musique]
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