00:00 Armée française, les milliards sont-ils bien employés ? Je vous en parle parce que
00:08 l'Assemblée nationale a commencé lundi à discuter du projet de loi de programmation
00:13 militaire pour la période 2024-2030. C'est un texte important puisqu'il détaille les
00:17 crédits octroyés à la Défense pour les prochaines années. Et c'est donc le ministre
00:21 des Armées Sébastien Lecornu qui a ouvert les débats à l'Assemblée nationale.
00:25 Cette loi de programmation militaire doit permettre non seulement de poursuivre une
00:29 réparation d'un outil de défense, hélas abîmée dans le passé par des politiques
00:33 parfois court-termistes et une forme de déni sur la réalité du monde, mais aussi de transformer
00:38 nos forces sur des fonctions militaires concrètes avec des objectifs opérationnels précis.
00:43 Alors il y a d'abord ce qui fait consensus, c'est la hausse conséquente des moyens accordés
00:47 aux armées dans le contexte de la guerre en Ukraine et de la montée des tensions géopolitiques.
00:52 Cette loi de programmation prévoit un total de 413 milliards d'euros, c'est plus 40%
00:57 par rapport à la précédente. Emmanuel Macron n'avait pas attendu cette guerre pour rompre
01:01 avec les années de disette et renforcer les crédits aux armées, un effort historique
01:06 et le président n'avait pas manqué de le faire remarquer quand il a présenté ses
01:09 vœux aux armées, c'était en janvier.
01:12 Ces deux lois de programmation militaire auront donc conduit à un doublement des budgets
01:18 de nos armées. Je le dis avec gravité, ce sont des moyens considérables qui amplifient
01:26 un effort de défense dont la dynamique est sans précédent depuis 5 décennies.
01:30 Mais alors ces 413 milliards c'est pour quoi faire ? C'est là que commence le débat
01:35 politique et que des désaccords se font jour sur le modèle d'armée à développer
01:39 pour répondre au défi du 21ème siècle. Emmanuel Macron a choisi de conserver une
01:44 armée au format "Bonsai" comme on dit, c'est à dire une armée qui est présente
01:47 dans à peu près tous les domaines mais sans ce qu'on appelle la masse capacitaire.
01:52 Pour le dire autrement, en 2030 l'armée française ne comptera pas plus de militaires,
01:56 pas plus de chars lourds, pas plus de rafales, contrairement à des pays comme l'Allemagne
02:00 ou la Pologne qui ont choisi d'augmenter massivement leurs effectifs et leurs équipements.
02:04 On fait remarquer dans certains sacs d'état-major que cela empêcherait la France de s'engager
02:08 dans un conflit de haute intensité et c'est ce qui fait tiquer l'ERN ou les républicains
02:13 qui jugent que la hausse des crédits aurait pu aller encore plus loin.
02:16 La gauche aussi formule des critiques mais de manière éparpillée parce que les partis
02:20 de la NUP sont loin de partager la même vision des armées. Les communistes remettent en
02:25 cause la dissuasion nucléaire, la FI veut sortir du commandement intégré de l'OTAN
02:30 et tourner le dos aux alliances industrielles avec l'Allemagne, les écologistes ne veulent
02:34 pas d'un nouveau porte-avions et tout ça est un rebours des positions de leurs alliés
02:38 du PS.
02:39 Alors tout ça n'empêche pas le gouvernement de s'attendre à une adoption du texte sans
02:44 trop d'encombre. Un proche du ministre Sébastien Lecornu me disait que le sujet c'était
02:48 plutôt le nombre d'abstentions, notamment chez les républicains, mais ça risque d'être
02:53 compliqué pour ces députés de droite d'expliquer à leurs électeurs qu'ils n'ont pas validé
02:57 la hausse massive des crédits aux armées. Après les retraites, voilà donc un nouveau
03:02 piège politique tendu à la droite.
03:04 [SILENCE]
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