00:00 - Effectivement, on a l'image de la drogue qu'on met dans un verre, le GHB, la drogue du violeur,
00:05 on vous le met dans votre verre, vous êtes en train, vous êtes dans un bar, vous faites la fête,
00:07 vous vous endormez et vous ne vous souvenez plus de rien.
00:10 En réalité, ça peut aussi survenir dans la sphère intime et ça arrive d'ailleurs bien plus souvent qu'on ne le croit.
00:17 Une campagne de sensibilisation débute d'ailleurs sur ce thème aujourd'hui grâce à Caroline Darian
00:21 qui a trouvé le courage de raconter son histoire dans un livre et j'ai cessé de l'appeler "Papa".
00:26 Son père, pendant dix ans, a drogué sa mère pour abuser d'elle et la faire violer par d'autres.
00:32 Alors le phénomène est réel et il est sous-diagnostiqué parce qu'on confond ça au départ avec de simples trous de mémoire,
00:39 et d'ailleurs comme Caroline à l'époque avec sa mère.
00:44 - En disant, nous avec mes frères, on a été les témoins impuissants, on avait notre mère au téléphone
00:49 puisqu'elle habitait à l'époque à 800 km de chez nous, où elle tenait des propos incohérents,
00:54 on avait le sentiment qu'elle était dans un état de vivresse avancée alors que ma mère ne boit pas une goutte d'alcool,
00:59 elle ne se souvenait pas des conversations qu'on avait eues la veille ou même le matin même.
01:04 En fait c'est ça, si moi j'avais été alertée sur les symptômes d'alerte de la soumission chimique,
01:12 j'aurais emmené ma mère faire des analyses toxicologiques.
01:15 - 9 victimes sur 10 sont des femmes.
01:18 - Effectivement et dans 83% des cas, le but c'est l'agression sexuelle.
01:22 Alors ça c'est selon l'enquête nationale de sécurité de l'agence nationale de sécurité du médicament.
01:28 Mais pas uniquement des femmes, l'éventail est atrocement large, ça peut être des bébés,
01:33 on met ce produit là dans leur biberon, ça peut être des personnes séniles quasiment à l'EHPAD dont on abuse.
01:38 C'est très très difficile justement à quantifier.
01:42 - Le problème c'est qu'aujourd'hui il y a un vrai chiffre noir sur le nombre de cas en France,
01:47 le nombre de cas de soumission chimique en France.
01:49 Tous les ans il y a une enquête, cette enquête en fait ne recense que les cas sur réquisition judiciaire.
01:56 C'est-à-dire que s'il y a des pots de plainte, on fait partie des cas recensés
01:59 et comme la plupart des gens n'ont pas déposé plainte,
02:02 et encore moins contre quelqu'un que l'on connaît,
02:04 ça veut dire qu'aujourd'hui le nombre de personnes qui sont potentiellement soumis chimiquement,
02:10 il est beaucoup plus large qu'on ne veut bien le penser.
02:15 - Officiellement on parle de 600 cas par an mais c'est beaucoup moins que la réalité,
02:19 d'autant que ces sédatifs provoquent justement des amnésies
02:22 qui font que les flashes ne reviennent parfois que des années et des années après.
02:26 C'est très difficile de s'en souvenir et de le mettre en évidence,
02:29 d'autant que ces substances en plus disparaissent très vite de l'organisme.
02:33 Donc pour les médecins c'est compliqué, on ne peut pas faire ça dans un simple labo de ville.
02:39 C'est pour ça qu'il faut sensibiliser, il faut flécher le parcours des victimes
02:42 pour qu'elles soient mieux prises en charge.
02:44 Il y a d'ailleurs une cinquantaine de personnalités qui, à partir d'aujourd'hui,
02:47 ont promis qu'elles allaient relayer cette campagne, dont la ministre des Sports.
02:52 - Oui, ça c'est vraiment remarquable.
02:55 Plusieurs femmes de BFMTV, on peut le dire,
02:58 ont fait le choix de soutenir cette cause méconnue
03:03 et qui doit absolument être davantage médiatisée, mise en lumière.
03:09 Parce que ce qui est terrible, c'est que beaucoup de femmes ne se rendent pas compte,
03:14 ne savent pas qu'elles ont été victimes.
03:16 C'est le principe de la soumission chimique.
03:18 Nous sommes en direct avec Gada Atem,
03:20 qui est fondatrice de la Maison des Femmes de Saint-Denis.
03:22 Bonjour.
03:24 - Bonjour.
03:25 - Merci de nous rejoindre sur BFMTV.
03:27 Est-ce que ce fléau en effet méconnu a besoin d'être davantage mis en avant,
03:35 mis en lumière selon vous ?
03:37 - Absolument. Le problème de ce fléau, c'est qu'il est insidieux.
03:42 Il est insidieux pour les victimes,
03:43 parce qu'on peut tout à fait être soumis à cette soumission chimique
03:47 sans s'en apercevoir pendant des mois, des années.
03:51 Et l'expérience de Caroline Darian en est la preuve la plus éclatante.
03:56 Mais j'ai aussi des patients qui découvrent au bout de plusieurs mois
04:00 que quelqu'un de leur famille les drogue et abuse d'elles.
04:03 Mais ce phénomène est aussi méconnu des médecins.
04:05 Il provoque des symptômes que nous n'avons pas appris
04:09 et devant lesquels nous sommes très démunis.
04:11 Parce qu'avant d'imaginer que dans une famille
04:13 qui est supposée être le lieu de la sécurité,
04:16 le lieu de la bienveillance,
04:17 le lieu où on est justement loin de toute potentielle agression,
04:22 imaginer que dans sa propre famille on vous drogue,
04:25 pour un médecin c'est un peu conceptuellement difficile.
04:28 Donc il faut que nous sachions que ça existe.
04:30 Il faut que nous soyons en capacité d'y penser
04:33 chaque fois que les symptômes de nos patients nous semblent incompréhensibles.
04:37 Que ce soit de la fatigue, des pertes de mémoire, des difficultés à dormir,
04:41 énormément de symptômes très disparates
04:43 qui pour nous ne peuvent pas se réunir en une seule maladie.
04:46 Et tant qu'on n'a pas pensé à celle-là,
04:48 on ne fera pas les recherches et malheureusement il est parfois trop tard.