00:00 Je pense qu'il y a dans ce dossier une problématique qui n'est pas spécifique à cette affaire,
00:06 une problématique qui est celle selon laquelle la justice n'aime pas se déjuger.
00:10 La justice peut se tromper.
00:12 Elle a du mal à reconnaître ses erreurs.
00:13 Elle a toujours du mal à reconnaître ses erreurs.
00:16 On voit par exemple le taux d'affaires qui peuvent faire l'objet de révision,
00:20 c'est absolument ridicule et infime.
00:23 Eh bien la justice n'aime pas s'être trompée.
00:26 Elle aime encore moins dans un dossier qui est à ce point médiatisé,
00:29 dans un dossier qui concerne un homme politique que tout le monde connaît,
00:32 puisqu'il s'agit d'un ancien président de la République,
00:34 dans un dossier que je considère comme hors normes,
00:37 mais dans lequel des moyens hors normes ont été engagés.
00:40 Franchement, on a une instruction de neuf années,
00:43 on a une enquête préliminaire de six ans,
00:45 on a zéro preuve,
00:46 on a des bouts de conversation téléphonique entre un avocat et son client,
00:51 des conversations tronquées qui ont été collées
00:55 et qui, à notre avis, contreviennent à des principes fondamentaux
00:59 que sont notamment la protection du secret.
01:01 - Mais ça, ça a été validé, pardon, les écoutes téléphoniques,
01:04 elles ont été validées par la justice ?
01:05 - Alors, vous savez, elles ont été validées,
01:08 et pour répondre finalement à la question que vous me posiez tout à l'heure,
01:11 on est dans un dossier où franchement,
01:13 on a un peu eu le sentiment d'avoir eu un petit arrêt sur mesure.
01:16 Je ne suis pas la seule à l'avoir dit.
01:18 On a un arrêt, pardonnez-moi de vous dire, qui est un arrêt Sarkozy.
01:21 On a des commentateurs qui l'ont dit, et pas des moindres,
01:23 des professeurs de droit, pas des militants politiques
01:27 ni des partisans de Nicolas Sarkozy.
01:29 On a un arrêt sur mesure, il est tellement sur mesure cet arrêt
01:32 que trois mois plus tard, il y a deux décisions capitales qui ont été rendues,
01:36 l'une par la Chambre criminelle de la Cour de cassation en juin 2016,
01:39 alors que notre arrêt, nous, était de mars 2016,
01:41 qui venait finalement désavouer cette première décision,
01:44 et l'une par la Cour européenne des droits de l'homme,
01:46 dans un arrêt versinique en Bain-le-Caie,
01:48 qui vient dire qu'il est absolument impossible
01:51 de pouvoir condamner un client sur le fondement de conversation
01:55 écoutée avec son avocat.
01:56 Donc, effectivement, on a été désavoués, vous avez raison de le dire,
02:00 mais franchement, dans une juridiction...
02:01 - Mais pourquoi tout ça est balayé ?
02:02 Est-ce que, finalement, la justice veut se payer Nicolas Sarkozy ?
02:06 - Écoutez, je pense que ce qui est encore plus dangereux que cela,
02:09 c'est que la justice est probablement sincère,
02:13 finie par être sincère, finie par se convaincre qu'elle a en face d'elle
02:17 le pire des individus capables de tous les maux.
02:20 C'est ça qui est extrêmement dangereux et finit par être aveuglé.
02:23 D'ailleurs, je l'ai plaidé, ça a été la conclusion de ma plaidoirie.
02:26 Je suis demandée à la Cour de se méfier des vents contraires intérieurs,
02:31 qui peuvent peut-être parfois vous amener à avoir des décisions
02:34 qui ne sont pas tout à fait conformes aux droits,
02:36 dans lesquelles il y a un peu d'animosité.
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