00:00 Bonjour Céline Bidarco.
00:02 Bonjour Camille.
00:03 Votre invité média retrace à travers un documentaire l'histoire des lesbiennes en
00:05 Europe au XXe siècle.
00:06 Elle est présentatrice du journal Sur Arte, membre de l'association des journalistes
00:10 LGBT.
00:11 Son film Lesbiennes, quelle histoire ? diffusé ce soir sur Histoire TV à l'occasion de
00:16 la journée mondiale contre l'homophobie.
00:17 Bonjour Marie Labaurie.
00:18 Bonjour.
00:19 Vous racontez un siècle de combat des femmes homosexuelles avec des archives et des témoignages.
00:23 C'est la première fois qu'un documentaire est consacré aux lesbiennes en France ?
00:26 En France il me semble bien, on a regardé je pense qu'un documentaire réellement produit
00:31 comme ça qui passe à la télévision, oui c'est la première fois.
00:33 Souvent c'est consacré aux questions LGBT en général et quand c'est le cas on a surtout
00:39 des gays souvent.
00:40 Donc là vraiment on a fait sur les lesbiennes pour avoir que sur les lesbiennes.
00:43 Alors vous, vous avez fait votre coming out à 21 ans si je ne dis pas de bêtises.
00:47 Ce film est-il un hommage à celles grâce à qui vous avez pu le faire ? Celles qui
00:50 se sont battues pour que la société reconnaisse leur droit d'aimer des femmes ?
00:54 C'est exactement ça.
00:55 C'est tout à fait un hommage et c'était aussi de dire, moi quand j'étais plus jeune,
00:59 petite, adolescente, j'avais l'impression d'être toute seule et que j'étais la seule
01:03 à vivre ça.
01:04 Et je me suis fait plaisir à parler à celles que j'étais pour lui dire "Regarde, avant
01:09 toi il y en a eu énormément, on les a parfois oubliées, on les a parfois pas suffisamment
01:13 mises en avant mais elles ont existé".
01:15 Et on les a surtout rejetées pendant longtemps, vilipendées, condamnées, elles ont dû se
01:19 cacher.
01:20 Elles ont dû se cacher oui.
01:21 Les femmes en général de toute façon dès qu'elles font un pas de côté sont souvent
01:25 vilipendées comme vous dites et les lesbiennes encore plus.
01:29 Alors ça s'est passé comme ça jusque dans les années 70, début 80 et d'autant plus
01:34 quand elles vivaient en province.
01:35 Vous avez retrouvé l'interview d'une femme dans une boîte de nuit lesbienne à Paris
01:38 à la fin des années 70 et elle témoignait masquée.
01:40 C'est facile d'être lesbienne ? Prof et provinciale ?
01:44 Oh non, je pense que c'est doublement difficile.
01:46 Déjà c'est difficile d'être lesbienne en province parce qu'on est très isolée,
01:51 il n'y a aucun contact possible.
01:52 C'est la raison pour laquelle je viens à Paris chaque fois.
01:55 Je ne veux absolument pas vivre mon homosexualité en province et pour moi je trouve que c'est
01:59 doublement difficile étant donné que je suis enseignante.
02:02 J'ai toujours l'impression d'être repérée et j'ai la crainte perpétuelle du regard.
02:07 Vous aussi Marie Laborie, vous avez grandi en province, en région ? Vous avez vécu
02:11 ce sentiment-là ?
02:12 Alors je l'ai vécu mais pas très longtemps parce qu'en fait ce que j'ai fait et ce
02:16 que beaucoup de lesbiennes font encore aujourd'hui c'est partir en fait.
02:20 Quitter sa région, sa province pour aller à la grande ville, voir à la capitale.
02:24 C'est vraiment un parcours presque nécessaire pour rencontrer ses semblables et pour quitter
02:31 ceux qui pourraient jeter un regard qu'on imagine réprobateur en fait sur soi.
02:36 C'est vraiment un moment où on est toutes quasiment passées par là, ce besoin de rupture
02:41 qu'on peut juger un peu triste d'ailleurs mais qui a été nécessaire.
02:46 Et cette jeune femme ce qu'elle raconte c'est qu'elle est obligée de venir à Paris pour
02:49 pouvoir danser, pour pouvoir rencontrer des femmes comme elle.
02:52 Oui parce qu'il y a un sentiment de solitude terrible pour ces femmes-là.
02:56 Et il y a d'ailleurs un livre, alors j'ai oublié son nom mais il y a le mot solitude,
02:59 le Puy de Solitude je crois qui est un livre référence pour les lesbiennes.
03:02 Oui c'est un livre britannique qui a été publié dans les années 20 et qui est toujours
03:08 un livre référence mais il est souvent pas très bien apprécié parce qu'il est lu
03:12 par les lesbiennes mais pas toujours très apprécié parce que justement c'est un livre
03:17 totalement tragique en fait où cette femme a l'impression, quand elle réalise qu'elle
03:21 est homosexuelle, elle a l'impression qu'elle est damnée quelque part, que le bonheur
03:26 lui sera refusé à vie.
03:28 Et vraiment c'est ce qu'elle raconte et d'ailleurs l'autrice a subi, ce que je raconte
03:32 dans le documentaire, a subi un procès pour obscénité et qui a été très violent et
03:37 son livre a été interdit à l'époque.
03:38 Oui parce qu'elle a été condamnée pour obscénité.
03:40 Qu'avez-vous ressenti Marie Labaurie en découvrant le destin de ces femmes au fur
03:45 et à mesure de vos recherches ?
03:46 Ce que j'ai ressenti, alors j'ai été très heureuse de voir qu'il y a eu quand
03:51 même des femmes qui se sont levées, qui ne se sont pas cassées, elles justement elles
03:54 sont restées là et elles ont dit "je suis lesbienne" et ça, ça commence dès 1900,
04:00 1899 même pour être précise, avec Nathalie Clifford Barnet, avec Liane de Pougy, avec
04:05 René Vivien et là ces femmes, elles étaient très fortes.
04:07 Donc ça, ça m'a fait très plaisir.
04:09 J'ai découvert aussi qu'il y avait, comme dans l'histoire des femmes en général,
04:13 ce système de backlash, de retour de bâton, c'est-à-dire qu'il y a eu beaucoup d'avancées
04:18 et beaucoup de recul.
04:19 Et ça c'est un mouvement quasiment permanent tout au long du siècle, alors qu'ils sont
04:23 parfois liés aux événements historiques, les deux guerres mondiales, les choses comme
04:26 ça, mais aussi à des forces réactionnaires qui ont essayé de mettre le haut là, le
04:31 mouvement de libération des lesbiennes.
04:33 Qu'espérez-vous provoquer comme réaction avec ce documentaire, de la part des hétérosexuels
04:39 et aussi des homosexuels qui peut-être n'osent pas en parler ?
04:42 Alors moi voilà, ce que j'espère c'est que c'est un film qui est lucide, mais qui
04:47 est aussi joyeux, qui est aussi prometteur, qui dit justement "vous n'êtes pas damnés,
04:51 vraiment, vous avez droit au bonheur et vous y arriverez".
04:54 Et moi j'ai eu l'impression aussi d'être damné quand j'avais 14-15 ans, j'avais l'impression
04:58 que j'étais fichu, que ma vie serait terrible.
05:01 Et bien non, évidemment.
05:02 Et donc j'ai envie de montrer ça.
05:04 Et pour les hétérosexuels, parce que c'est vraiment un film qui est à destination du
05:07 grand public, qui passe sur Histoire TV, donc pour un public lambda on va dire, qui est
05:11 intéressé par l'histoire a priori, mais qui n'est pas homosexuel par définition.
05:15 Donc c'est vraiment leur donner les grandes dates, leur dire "voilà, il y en a eu, elles
05:19 ont existé, les grandes dates, les grands mouvements".
05:21 C'est vraiment faire oeuvre de pédagogie, d'explication.
05:24 C'est vraiment mon but.
05:26 Certains pensent qu'une féministe radicale est forcément une lesbienne.
05:29 Est-ce une réalité ?
05:30 Alors ça je ne peux pas vous dire exactement.
05:33 Je ne pense pas, non évidemment, je pense qu'on peut tout à fait être féministe
05:35 radicale et pas lesbienne.
05:36 Mais c'est...
05:37 Mais pourquoi il y a cette image alors ?
05:38 Il y a cette image parce que la féministe radicale menace la position de l'homme en
05:45 tant que système, le patriarcat en tant que système.
05:47 Donc forcément si une femme menace cet ordre moral-là, cet ordre établi, c'est forcément
05:53 qu'elle n'aime pas les hommes et donc c'est qu'elle est lesbienne.
05:56 Donc non, évidemment les féministes radicales ne sont pas forcément lesbiennes, mais on
06:02 a quand même le témoignage d'une de ces féministes radicales qui dit quand même
06:08 que bon, c'était un bon paquet quand même à être un petit peu lesbienne.
06:11 Voilà, quand même.
06:13 Quel combat reste-t-il à mener pour les lesbiennes ?
06:15 Alors moi je pense que le combat qui reste à mener, c'est pour les lesbiennes et pour
06:20 les homos, c'est vraiment être vigilant.
06:24 C'est-à-dire que comme je parlais du backlash, du retour de bâton, des forces réactionnaires,
06:27 c'est toujours...
06:28 Voilà, ces avancées, elles sont fragiles.
06:29 Elles ont été gagnées, ça a été très très long, enfin je veux dire le mariage
06:33 pour tous en France, c'est il n'y a pas si longtemps, c'est il y a 10 ans, mais c'est
06:35 très peu finalement.
06:36 L'APMAS est aussi très récent.
06:38 Il faut...
06:39 L'APMAS, si je peux faire une parenthèse, dont vous avez bénéficié, alors avant
06:42 son autorisation en France, mais grâce à laquelle vous avez eu deux enfants.
06:46 Voilà, exactement.
06:47 J'ai eu des jumeaux qui sont nés en 2015.
06:48 Mais voilà, c'est dire, ne nous reposons pas sur nos lauriers.
06:52 Et puis aussi moi j'ai découvert qu'en fait énormément de jeunes femmes encore aujourd'hui
06:55 ont le sentiment qu'elles sont en manque de représentation, qu'elles ne savent pas vers
06:59 qui se tourner.
07:00 Et ça c'est vraiment, voilà, c'est quand même quelque chose qui me touche beaucoup
07:03 encore.
07:04 Merci beaucoup d'être revenue ce matin Marie Laborie.
07:05 La lesbienne, quelle histoire votre documentaire ce soir 20h50 sur la chaîne Histoire TV.
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