00:00 Il est 8h12 et l'interview d'actualité avec deux invités ce matin, la réalisatrice Manon Loiseau et Ella Iqbali qui est une jeune afghane
00:07 que l'on retrouvera ce soir dans le documentaire "La vie devant elle". Bonjour et bienvenue à toutes les deux.
00:11 Bonjour à toutes les deux, merci d'avoir accepté l'invitation de Télé Matins. Alors Manon Loiseau, Thomas le disait, on vous reçoit pour le documentaire "La vie devant elle"
00:19 qui sera diffusé ce soir à 22h45 sur France 2. C'est le journal intime de ton exil Ella en tant que jeune afghane de 14 ans.
00:28 Ce documentaire met des images que vous avez captées toutes les deux, c'est vraiment un film que vous avez fait ensemble.
00:35 Manon, comment vous avez rencontré Ella ? Racontez-nous un peu votre rencontre.
00:39 Alors on a rencontré Ella dans le camp de Moria en Grèce, à Lesbos, un camp où il y a 25 000 migrants pour 3 000 places seulement
00:46 et où viennent se fracasser tous les rêves des enfants de l'exil. Et j'ai rencontré Ella grâce à Tolo qui est une association qui s'occupe d'aider à la scolarité des enfants dans les camps.
00:53 Et c'est cette association qui a donné, je crois, à Ella sa caméra qui lui a permis de co-réaliser avec vous.
00:59 Elle filmait déjà, en fait c'est ça qui était formidable, c'est qu'en fait elle m'a montré ses images et dans cet enfer elle avait filmé la vie,
01:04 la résilience des enfants, les anniversaires, les jeux et c'est là que je me suis dit il y a une possibilité de faire un film ensemble les deux.
01:09 Et on a cheminé ensuite pendant un an toutes les deux.
01:11 Alors Ella, toi et ta famille, vous avez quitté l'Afghanistan en octobre 2018, vous avez été en errance sur les routes pendant 4 ans,
01:19 vous avez parcouru avec ta famille 7000 kilomètres, vous êtes passée par le Pakistan, l'Iran, la Turquie, la Grèce.
01:26 Comment toi et ta famille vous avez tenu le coup, tout ce temps et tous ces kilomètres ?
01:30 C'était très difficile quand on est arrivé, quand on est parti et on a quitté notre pays.
01:41 J'étais très triste quand j'ai quitté ma maison, mon pays, l'Afghanistan. C'était le moment le plus difficile de ma vie et j'ai vécu un chemin très difficile.
01:55 Et je suis venue jusqu'ici, je suis très contente aujourd'hui que je sois là, je me trouve ici en tant qu'une femme et une jeune forte.
02:05 Alors dans le film, on te voit plusieurs reprises, tu prends l'initiative de créer des petites écoles là où tu te trouves.
02:12 Tu n'entends plus ce que je te dis peut-être ? Parce que je vais avoir du mal à te parler en afghan.
02:17 Tu crées des écoles, partout où tu vas, tu crées des écoles.
02:21 Exactement, pourquoi tu as voulu créer des écoles ?
02:24 Je ne suis pas allée à l'école à l'Afghanistan, il n'y avait pas de possibilité pour que je fasse mes études.
02:36 Donc là, pour moi, l'éducation avait beaucoup de valeur et c'est pour ça que j'ai décidé de créer une école.
02:44 Et quand j'ai vu les enfants dans ce camp et qu'ils n'y avaient pas, donc j'ai décidé de faire cette école.
02:50 Manon, vous avez vécu avec Ella, sa famille, pendant un an.
02:55 Racontez-nous comment ça se passait au quotidien pour eux.
02:57 Déjà, c'est une jeune fille incroyable, elle a 14 ans, elle filme et elle crée des écoles.
03:01 C'était pendant le confinement, à chaque fois qu'on la retrouvait, soit à Aucan Moria, soit ensuite,
03:07 ils ont été trimbalés de foyer en foyer dans une errance sans jamais savoir où on allait les emmener le lendemain.
03:12 Et elle recrée une école et les enfants se levaient et la suppliaient d'aller à l'école, donc c'était formidable.
03:17 Ça a été des moments, il y avait la grande force de Lara, de sa famille, de tous ses enfants,
03:23 c'est cette résilience qu'on a vu des enfants et elle filme à hauteur d'enfants.
03:26 Mais ils sont passés aussi par des moments très durs, des moments où justement,
03:29 ne sachant pas si en fait ce rêve, alors qu'ils étaient en Europe, si les enfants allaient pouvoir à l'école.
03:33 Et c'était vraiment, les parents ont pris cette décision parce qu'il y a eu des attaques de talibans sur l'école des trois filles de la famille.
03:39 Ils ont traversé 7000 kilomètres en quatre ans pour ce rêve d'école.
03:42 Et donc on est passé par tous ces moments de tristesse, de désespoir, mais aussi de l'incroyable,
03:49 ils étaient persuadés qu'ils arriveraient à leur rêve et ça, ça les poussait en avant et c'est une leçon pour tous.
03:55 Alors on voit dans le documentaire, Ella, à quel point vous êtes trimbalée.
03:59 D'ailleurs, tu dis, on a l'impression d'être des paquets.
04:01 Ils nous trimbalent d'un endroit à l'autre.
04:03 On ne sait jamais où on va.
04:05 On ne sait rien de notre destin.
04:07 Ça veut dire que tu as eu la sensation de ne plus être considérée comme un être humain pendant ton exil ?
04:12 Oui.
04:14 Tu dis qu'ils te prennent des paquets d'un endroit à l'autre et que tu ne sais pas ce qui va se passer demain.
04:20 C'était difficile pour toi parce que tout le temps, tu es emmenée à un autre endroit et tu ne sais pas quand, tu ne sais pas comment.
04:30 Pour moi, c'était très difficile.
04:36 Quand on est migrant, c'est très difficile.
04:41 J'ai vécu tous ces problèmes pendant la période où j'étais sans papier.
04:46 J'ai vécu dans le camp et le camp a été brûlé.
04:50 Il n'y avait rien et personne ne fait pas attention à nous.
04:54 Tout ça, c'est quelque chose qui est...
04:56 On dit qu'on n'a pas de valeur pour notre vie, pour nous en tant que migrant.
05:01 Tout a été détruit.
05:03 On n'avait rien dans le camp de Moria, mais il n'y avait pas de solution pour nous.
05:08 Je suis contente que je puisse aller à l'école et que j'ai une fille parfaite.
05:13 Vous avez vu Elah se transformer.
05:17 Grâce à la caméra, vraiment.
05:20 Elah dit que filmer me permet de rester en vie.
05:23 Je laisse ma tristesse dans la caméra.
05:25 C'est ce que vous avez observé ?
05:27 C'est complètement ce qu'on a observé.
05:28 On a su par sa maman qu'Elah, quand elle était en Afghanistan, c'était une petite fille totalement recluse, enfermée sur elle-même.
05:33 Sa maman l'a vue comme ça, devenir cette jeune fille incroyable et franchir les obstacles sur la route, à force de tous ces obstacles.
05:39 Et puis la caméra, elle se calmait, elle me rend forte.
05:42 La caméra l'a rendue forte.
05:43 Elle allait partout dans le camp, là où il y avait une population masculine très importante.
05:48 Son père avait un peu peur au début.
05:49 Petit à petit, il a vu.
05:50 Tout le monde dans le camp disait "the girl with the camera is on".
05:53 Tout le monde lui parlait.
05:54 Elle a ce don, en fait.
05:56 Elle recueille des témoignages, les gens vont vers elle.
05:59 Tout le monde lui parle.
06:00 Et elle est devenue une journaliste qu'elle rêve d'être et une cinéaste au fil de la route.
06:05 Et elle filmait de plus en plus avec des cadres magnifiques.
06:07 Elle s'affirmait dans son écriture, dans le film.
06:12 Et c'était merveilleux de la voir comme une chrysalide, comme ça,
06:14 devenir cette jeune fille incroyable et forte, si forte.
06:17 Justement, toi qui veux être journaliste, Elah, j'ai une question à ce sujet.
06:20 En Afghanistan, les talibans sont revenus au pouvoir en août 2021.
06:24 C'est quoi ton regard à toi sur la situation actuelle dans ton pays ?
06:27 Que penses-tu en ce moment ?
06:30 En Afghanistan, j'ai juste la chance,
06:43 mais il n'y a aucune chance pour les autres filles en Afghanistan.
06:47 Les filles ne peuvent pas faire l'éducation.
06:49 Alors moi, je veux donner un exemple.
06:52 Moi, je suis comme un oiseau et je ne peux pas voler.
06:57 Et alors là, l'Afghanistan, les filles, maintenant, c'est comme ça.
07:00 Ils sont comme ça, ils sont dans une cage.
07:03 Ils ne peuvent pas voler.
07:05 Ils sont prisonniers dans leur pays.
07:08 Et tout ça, ça me rend triste.
07:11 Mais ils ne peuvent pas réaliser leurs rêves.
07:14 Un jour, j'espère qu'elles réalisent leurs rêves et soient libres un jour.
07:20 J'imagine que quand tu nous parles de ça, tu penses notamment à ta cousine
07:23 que tu as laissée là-bas et à tes amis et ta grand-mère.
07:28 Oui, mon amie très proche, c'est des Zohra.
07:37 Quand les talibans sont arrivés, ils ont tué plein de gens.
07:41 Et je suis très triste pour Zohra.
07:44 Elle a quitté l'Afghanistan.
07:47 Maintenant, elle est en Iran.
07:49 Zohra, mon amie proche, hier, j'ai parlé avec elle.
07:53 Elle ne peut pas aller à l'école.
07:54 Elle travaille alors qu'elle a un enfant en Iran.
07:58 Et elle a les mains blessées à cause du travail.
08:02 Je suis très désolée parce qu'elle a un enfant et elle ne peut pas aller à l'école.
08:06 Elle habite en Iran sans papiers, sans faire les écoles, les études.
08:11 Donc, je suis triste.
08:13 Merci beaucoup pour ton témoignage.
08:15 Et là, il y a un témoignage très fort qui nous fait comprendre
08:17 l'exil que tu as vécu avec ta famille pendant 7000 km pendant 4 ans.
08:21 Merci à toutes les deux d'être venues sur le plateau Télématin.
08:23 Je rappelle que votre documentaire commun est diffusé ce soir à 22h45 sur France 2.
08:28 Ça s'appelle "La vie de Vorel".
08:30 Avec la musique d'Emilie Loiseau.
08:32 Avec la musique de votre soeur, qui est magnifique.
08:34 Merci beaucoup.
08:36 Merci à vous.
08:37 Quelle force dans le regard et dans le sourire d'Elara.
08:39 Merci.
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